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Pascale Hémery

29 septembre 2007

par temporel

Pascale Hémery* – Estampes et dessins – Exposition du 7 juin au 13 juillet 2007 – Galerie Lambert Rouland – 62, rue de la Boétie 75008 Paris.

C’est grâce à l’invitation de Michael Edwards au vernissage de cette exposition que nous avons découvert la gravure de Pascale Hémery. On pouvait en effet voir, du 7 juin au 13 juillet dernier, à la galerie Lambert Rouland, les gravures sur bois, linogravures et gravures en taille douce (eau-forte, aquatinte ou pointe sèche) de cette artiste. L’ensemble de ce qui est exposé est complété par le catalogue raisonné établi par Roland Plumart. L’impression générale est celle d’une grande joie artistique.
Dans sa préface à cet ouvrage, Michael Edwards parle d’attachement au réel chez ce peintre et graveur, née en 1965. En effet, ce qui est représenté est bien réel – des immeubles, à Paris, Madrid ou New York, des « vaches sans raison », des intérieurs de cafés, des bicyclettes et des escaliers, mais ce réel suit les lignes de la vision intérieure, l’œil de l’imagination, dirait Blake, et ces lignes vibrent toutes ; elles « bougent », comme l’écrit Michael Edwards. Je pense à ces sinuosités veloutées de la pointe sèche dans Amsterdam II, mêlées à la technique du sucre dans Amsterdam I. La pointe sèche revient dans nombre d’estampes, d’ailleurs ; cette technique, si proche du crayon, donne beaucoup de liberté, pour un dessin enlevé, une saisie de l’instant. On est loin d’une certaine raideur de la gravure actuelle, parfois, rigidité défendue au nom d’une technique parfaite ne servant qu’elle-même en évitant consciencieusement le rendu de l’émotion et l’engagement existentiel de celui qui œuvre.

Les gravures de Pascale Hémery se situent dans une certaine lignée artistique. On pense aux expressionnistes allemands, mais aussi à un graveur belge comme Spillaert pour les intérieurs en linogravure. Les lignes légèrement sinueuses des immeubles évoquent Soutine ou Chagall, ainsi que l’univers merveilleux des contes. On songe aussi parfois à l’estampe japonaise, dans ces deux lithographies par exemple, Il pleut ! et L’arbre. D’ailleurs, Pascale Hémery contemple souvent d’en haut, d’un regard plongeant, intérieurs et paysages, qui suivent toujours l’élan du geste. Je pense à la linogravure en couleur intitulée Promenade à vélo.
Quant aux Petites chaussures (LG 30), elles sont très émouvantes et rappellent, outre Van Gogh, un peintre très attachant, William Nicholson, qui d’ailleurs était aussi graveur sur bois. Je ne sais si Pascale Hémery aura pensé à Miss Simpson’s Boots (1919) ou, surtout, à Miss Jekyll’s Gardening Boots (1920) en gravant son lino en 1989.
C’est en tout cas une atmosphère d’allégresse qui émane de ces gravures pleines de bonne fantaisie. On sent d’ailleurs ici ou là un certain sens de l’humour. Les portraits d’animaux, renard, ours ou hérisson, ont une allure toute disposée à entrer dans un roman médiéval.

Michael Edwards écrit, au tout début de sa préface : « La gravure est devenue la probité de l’art. » Outre que cette assertion fait grand plaisir à des graveurs, elle correspond aussi à une certaine réalité. La gravure résiste mieux que la peinture à tous les travers de l’art dit contemporain, mais elle n’est pas toujours, loin s’en faut, cette « pensée existentielle – une morale selon le sens le plus large du mot » dont parle l’auteur de la préface. Cela rassure donc de voir ainsi bien exposé un art qui vibre en son humanité plutôt que de se réfugier dans la frigide indifférence de l’objet, du concept ou de la technique pour seul horizon. Pour résumer en un mot notre propos, Pascale Hémery ne se refuse pas dans son art à l’émerveillement.


* A noter que Pascale Hémery expose au musée de Gravelines du 18 novembre 2007 au 2 février 2008.