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Ory Bernstein

26 avril 2010

par Anne Mounic

Ory Bernstein, Le temps des autres. Poèmes traduits de l’hébreu par Emmanuel Mosès. Encre de Liliane Klapisch. Préface de Nissim Calderon. Paris : Caractères, 2009.

Né en 1936 à Tel-Aviv, Bernstein est « un des tout premiers poètes israéliens » (p. 9) : « Dans une culture qui a subi de nombreux traumatismes historiques et qui est irriguée par une énergie publique bruyante, nombreux sont ceux qui estiment Bernstein précisément parce qu’il veille à tourner son regard vers l’intérieur, à nous rappeler que le moment authentique et intime de l’homme moderne se trouve sans arrêt en danger. Et que c’est pour cette raison que l’authenticité et l’intimité sont des valeurs si précieuses. »
Ce lyrisme est une réflexion sur l’être, qui révèle des images à résonance à la fois épique et picturale :
« Où est gardée en nous l’image de l’enfant ?
Et ces mains d’autrefois ? Le squelette
nous porte comme un contre.
Où est le corps mince qui y pendait ?

J’ai soudain
de nombreux frères en moi. » (p. 15)

Dans les deux vers suivants, qui concluent le poème intitulé « Calendrier », les deux négations à la suite mettent en valeur les deux axes du temps, horizontal en sa linéarité de jour en jour, vertical dans le surgissement de l’inattendu et de l’émotion :

« Rien ne s’est produit
qui ne soit quotidien. » (p. 20)

« Repas avec les anges » est un titre qui fait surgir, au sein de l’ordinaire, une sorte d’émerveillement existentiel.

« celui qui vit, vit, et celui qui naît – meurt. » (p. 21)

Ce choix de poèmes comporte des passages italiens, à Sienne ou à Rome, des évocations du Mexique, dédiées à Malcolm Lowry, une méditation sur une « Peinture flamande, artiste inconnu » (p. 49) ou des « estampes japonaises » et, comme nombre de poètes, Ory Bernstein s’attarde aux « Tombeaux étrusques » (p. 65). Ce poète qui, dans le détail de chaque jour, sait voir s’esquisser le mystère de l’existence, un peu à la façon de Charles Tomlinson, est bien servi par son traducteur :

« Automne et les abeilles. Où m’emportent
ces soirs rassasiés ? Tout le jour une grande animation
et des cortèges imposants. La nuit la lune
marche. Une chère lune marche. La nuit
des cyprès sombres se massent : toute la nuit
le vent gîte en eux. » (p. 22)


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