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Note de lecture de Michèle Duclos

22 septembre 2019

par Michèle Duclos

Ludmilla Podkosova, Ce qu’il faut pour aimer. Soisy-sur-Seine : Editinter poésie, 2017

Cette lente méditation-souvenir d’un amour défunt, apaisé, se déroule dans la présence intense d’un paysage tranquille, solide, de montagne, de forêt et de fleuve, qu’identifient discrètement les cigognes : « Au loin une ville (…) Certains apprécient son chant métallique / S’y lovent / Mais ici c’est silence (…) // Amour en partage ».

Rosamond Richardson :‘A Terrible Beauty’ Francis Bacon : Disorder and Reality / « Une beauté terrible » Francis Bacon : désordre et réalité ». Paris-London : Black Herald Press, 2019.

Ce mince livre de 81pages se présente comme un hommage rendu par le poète Paul Stubbs et le critique Will Stone à une amie commune, Rosamond Richardson récemment décédée, comme eux passionnée par la culture, particulièrement par l’art et surtout par la peinture de Francis Bacon comme elle l’exprime dans la première partie du livre qui donne aussi son titre au volume. Tous trois ont fait le voyage à Colmar pour contempler le retable d’Issenheim, le célèbre tableau de Grünewald, seul tableau digne à leurs yeux de rivaliser avec les tableaux de Bacon qui eux aussi montrent l’horreur de la chair pourrissante et en conséquence l’inanité de la condition humaine. Il apparait vite alors que le thème majeur du volume est la peinture et la spiritualité de l’Irlandais, particulièrement pour le texte médian du poète Paul Stubbs intitulé « L’amour et la crise religieuse » : Stubbs a placé une grande partie de son inspiration, de son écriture et de sa thématique sous l’égide de Bacon, dont un célèbre tableau, Pape Innocent X inspiré de Vélasquez illustre la couverture de son cinquième recueil de poèmes The End of the Trial of Man publié par Arc Publications en 2016. Stubbs, comme ses deux amis, s’interroge sur l’athéisme proclamé du peintre, rappelant après Simone Weil que « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l’absence ».

Une quantité impressionnante à travers les siècles de Maître Eckhart ou Maimonide et des Upanisads à Blaise Pascal, Kierkegaard, Nietzsche et Simone Weil, de penseurs à la spiritualité ouverte non kantienne, émaille son texte.

Rappelons aussi que le titre du volume « A Terrible Beauty is Born » est emprunté à l’un des plus célèbres poèmes de W.B.Yeats, tout comme la référence à la « bête unique vouée à surgir de ces tableaux » rappelle un autre poème célèbre du poète irlandais, « The Second Coming »/ Le Second Avènement » qui a inspiré plusieurs poèmes de Stubbs.