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Note de lecture de Bernard Grasset

22 septembre 2019

par Bernard Grasset

Dominique Lemaître, Quatuors à cordes, String quartets, Forlane, 2019 (distributeur Dom disques) (Quatuor Stanislas, Kaoli Isshiki, soprano).

L’œuvre de Dominique Lemaître, ce musicien ami des poètes, s’inscrit notamment dans l’héritage du courant spectral français (Tristan Murail, Gérard Grisey…) et dans celui d’Henri Dutilleux qui alliait clarté et mystère. Il y a dans sa musique un mouvement ascensionnel, une recherche de suspension du temps, un silence habité de lumière. S’il aime privilégier les instruments à vent (flûte, clarinette…), l’art du quatuor à cordes lui permet d’explorer les richesses cachées du violon et du violoncelle. Son écriture, qui témoigne d’un sens de l’infini, du sacré, est à la fois contenue, poignante et scintillante.

Trois quatuors, constitués d’un seul mouvement, nous sont donné à écouter ici : Sur l’île ovale de couleur bleue (2015), Lignes fugitives (2009) et Pour voir la nuit fléchir (1991). Dans le premier quatuor, la voix, qui joue le rôle d’un véritable instrument, se situe au centre d’un voyage dans l’espace, entre cri et silence, clarté et angoisse. L’auditeur se trouve plongé dans l’intériorité comme aimanté par l’infinité. Le second quatuor invite à un nouveau voyage sidéral. Une cascade de lumière ruisselle à la fenêtre. De l’infime surgit l’essentiel. Dans le dernier quatuor, un monde nocturne nous est dépeint. À travers le récit comme d’années lointaines, alto, violons et violoncelle nous dévoilent un horizon secret, des cimes tourbillonnantes de neige.

Brefs, denses, intenses, mêmes et différents apparaissent ces trois quatuors qui sont autant de variations sur l’indicible. Il y a un souffle serein et tragique qui les parcourt. Des étincelles surgissent au seuil de l’énigme du cosmos. La musique stellaire de Dominique Lemaître, litanie de l’âme, arpèges du corps, nous invite à rêver d’un autre pays qui murmure au cœur de nos silences. Un disque de quatuors vraiment à découvrir.

23 juin 2019.

Dominique Lemaître

Passage de lumière dans les gouffres. Espaces lointains. Laboureur ou pêcheur. Clarinette et clairière. Le sablier s’est renversé. Y avait-il un secret derrière le mur de la ville ? Éclats purs du poème. Arc-en-ciel.

Livre d’heures posé sur la table voisine. Harpe de l’univers. Orient et orante. Des gouttes bleues tombent sur le carrefour où tu es revenu. Voile d’étoiles. Clarté sans lieu.

Et une voix chante près de la source. La balançoire oscille dans les rayons du soleil. Toujours ces sphères qui roulent dans les regards des hommes. Plumage du Levant. Cristal et guitare. Scintillement. Sur le sable tu déchiffres les lettres du mystère.
Attente irisée. Un battement d’ailes dans le temps. Guetteur d’aurore. Le souffle qui rend libre l’aventure. Langue inconnue sur les chemins du soleil. Flûte et hutte. Et tu cherches ce jardin dans l’espace, ce jardin dans le ciel. Éclats du poème.

Extrait de Coda, de Bernard Grasset.


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