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Nicolas Go

26 septembre 2010

par Anne Mounic

Nicolas Go, Pratiquer la philosophie dès l’école primaire : Pourquoi ? Comment ? Paris : Hachette Education, 2010.


Cet ouvrage se présente tout d’abord comme une défense et justification de la philosophie qui permet à tout un chacun de trouver une « bonne raison de vivre » (p. 12), qu’il faut « créer » et « inventer » en créant un sens : « Pour que la vie devienne une valeur et qu’elle prenne un sens, il faut donc qu’elle soit désirée » (p. 12), nous dit Nicolas Go, qui ajoute : « Les tyrans de tout poil s’y entendent dans l’assujettissement du désir. Les techniques d’incitation, comme celles des campagnes publicitaires, de séduction et de persuasion, comme celles des discours politiques idéologiques, de séduction et d’imposition, comme celles des discours médiatiques, concourent toutes à assujettir le désir, en le contraignant à se porter sur des sources de bénéfices (marchands, idéologiques, etc.) Le sens commun, qui infléchit considérablement les pratiques éducatives, n’y résiste pas. » (p. 13) La philosophie permettra de déjouer les conformismes induits par ces pouvoirs. « Entrer en philosophie, » nous affirme l’auteur de cet ouvrage, « c’est entrer en résistance. » (p. 15) C’est aussi, nous dit encore ce spécialiste de Spinoza, se « mettre à l’écoute et au service de la puissance créatrice du désir » (p. 15) et trouver, à l’égard des déterminismes et des séductions, une forme de liberté. Là prend en effet tout son sens la démarche éducative : « La relation d’enseignement, lorsqu’elle se fait éducation, implique pour l’élève (ou le disciple) une sorte de métamorphose, en quoi consiste le fait de devenir, en communauté et par la culture, auteur de soi-même. » (p. 16) La connaissance participe alors de l’art de vivre. « Faire de la philosophie à l’école, c’est contribuer à donner aux élèves les moyens pertinents de mettre en chantier, sous l’exigence de vérité, l’effort de connaissance et de sagesse. » (p. 18)

Et Nicolas Go nous décrit cet apprentissage comme une « initiation » (p. 16), éducation du désir et franchissement d’un « seuil » (p. 68), qui a ses règles : « Les conditions, c’est avant tout le sérieux et l’exposition de soi-même. » (p. 69) Le philosophe insiste particulièrement sur la visée éthique d’un tel enseignement (p. 78), éthique qui se distingue fermement de la morale : « Donner un sens personnel à notre vie, pour qu’elle vaille, à nos yeux, d’être vécue, telle est la signification de l’éthique. » (p. 78) L’éthique se fonde sur le singulier et sur la coopération : « Parce qu’il n’y a d’éthique que personnelle (nul n’est autorisé à définir le sens de ma propre vie), et que nous sommes inéluctablement attachés à vivre ensemble, il convient d’élaborer les conditions favorables au déploiement des singularités créatives au cœur d’un art de vivre ensemble. Telle est la fonction éminente, à l’école, de la coopération. » (p. 78)

Nicolas Go décrit ensuite cette technique coopérative et retranscrit pour exemple une discussion menée en classe sur le thème du bonheur. Celle-ci révèle l’acuité de l’observation des enfants, et leur conscience du monde. Un exemple, pour conclure, de réflexion : « Par exemple ceux qui vivent dans la rue, des fois ils achètent un chien ou un chat à la place de s’acheter à manger parce que c’est mieux d’être à deux ou à trois. » (p. 161) Lisant ceci, je ne peux m’empêcher de penser à ce verset de l’Ecclésiaste (IV, 10) : « Car s’ils tombent l’un relèvera l’autre Et malheur à qui est seul qui tombera et pas de second pour le relever » (Traduction d’Henri Meschonnic).
Ce livre, en plus de défendre de façon convaincante l’idée d’un enseignement de la philosophie dès le plus jeune âge, nous invite à une réflexion sur le sens, humain et non utilitariste, de l’enseignement. La question est terriblement d’actualité.


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