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Nicolas Class, poèmes

22 avril 2011

par Nicolas Class

Poèmes et traductions

Opus magnum
ou Le grand-œuvre

Vous dire en peu de mots un mystère ineffable,
Porter à la parole un sanglot ou un pleur,
Distiller par notre âme une essence de fleur,
Et de ce monde vrai deviser une fable ;

Puis vous rendre vivant, sensible, indubitable,
Ce qui passe en nos cœurs, passions et douleurs,
Et le parer tantôt des plus pures couleurs,
C’est faire œuvre pour sûr, et œuvre véritable :

Dès lors que nous saurons polir tel diamant,
Signifier sans fard les profondeurs du rêve,
De nos vies exprimant et le sang et la sève,

Cette marche à l’étoile et la force d’aimant,
Tel esprit avenant à nos pensées écloses,
Nous auront fait garder la mémoire des roses.

Nicolas Class

Der Sänger
Johann Wolfgang Gœthe

Was hör’ ich draußen vor dem Tor,
Was auf der Brücke schallen ?
Laßt den Gesang vor unserm Ohr
Im Saale widerhallen !
Der König sprach’s, der Page lief,
Der Knabe kam, der König rief :
Laßt mir herein den Alten !

Gegrüßet seid mir, edle Herrn,
Gegrüßt ihr, schöne Damen !
Welch reicher Himmel ! Stern bei Stern !
Wer kennet ihre Namen ?
Im Saal voll Pracht und Herrlichkeit
Schließt, Augen, euch ; hier ist nicht Zeit,
Sich staunend zu ergetzen.

Der Sänger drückt die Augen ein
Und schlug in vollen Tönen ;
Die Ritter schauten mutig drein,
Und in den Schoß die Schönen.
Der König, dem das Lied gefiel,
Ließ, ihn zu ehren für sein Spiel,
Eine goldne Kette holen.

Die goldne Kette gib mir nicht,
Die Kette gib den Rittern,
Vor deren kühnem Angesicht
Der Feinde Lanzen splittern ;
Gib sie dem Kanzler, den du hast,
Und laß ihn noch die goldne Last
Zu andern Lasten tragen.

Ich singe, wie der Vogel singt,
Der in den Zweigen wohnet ;
Das Lied, das aus der Kehle dringt,
Ist Lohn, der reichlich lohnet.
Doch darf ich bitten, bitt ich eins :
Laß mir den besten Becher Weins
In purem Golde reichen.

Er setzt ihn an, er trank ihn aus :
O Trank voll süßer Labe !
O wohl dem hochbeglückten Haus,
Wo das ist kleine Gabe !
Ergeht’s euch wohl, so denkt an mich,
Und danket Gott so warm, als ich
Für diesen Trunk euch danke.

Traductions de Nicolas Class

Le chantre
Johann Wolfgang Gœthe

Quel est ce bruit en bas devant nos portes ?
Qui sur le pont fait sonner ses chansons ?
Qui donc s’en vient sur la voie sans escorte ?
Va le quérir, ô mon jeune échanson !
Et que sa harpe enchante nos oreilles !
Le roi a dit et son page s’en court ;
Quand il revient : Que ta voix sans pareille,
Noble vieillard, retentisse à ma cour !

Bien le bonjour, gents seigneurs, gentes dames !
Bien le bonjour, qui aimez la beauté !
Quel vaste ciel ! Qu’il étonne mon âme !
Qu’est un humain devant sa majesté ?
Qui donc saurait dénombrer ses étoiles ?
Le contempler, qui voudrait s’en lasser ?
Ô mes regards, que vous recouvre un voile !
Il n’est pas temps de vouloir rêvasser !

Et le vieux chantre a clos ses deux paupières,
A pris sa harpe, égrène ses accords ;
Les chevaliers, la contenance altière,
Et les beautés, bien timides encor,
Dorénavant l’écoutent, s’émerveillent ;
Et le bon roi, à qui le chant a plu,
Voudrait enfin, d’une chaîne vermeille
Récompenser son hôte tant et plus.

Non pas pour moi cette chaîne vermeille !
Mais donne-la à un preux chevalier,
Dont la valeur n’aura pas sa pareille !
Mais donne-la à ton bon chancelier !
Que le premier les lances ennemies
Brise au combat des actions d’éclat !
Que le second ignore l’infamie
Pour la porter autour de son cou las !

Car ma chanson naît libre de la crainte,
Elle est semblable au doux chant des oiseaux,
Dans les rameaux qui volent sans contrainte ;
De ces présents elle est bien le plus beau !
Mais si je puis formuler ma requête,
Solliciter ta faveur en féal,
Accorde-moi de goûter à ta fête
Du plus bon vin dans le plus pur cristal !

Il le reçoit et le boit en la place :
Quel réconfort vient de cette boisson !
Où un tel don est fait de bonne grâce,
Bénie trois fois soit l’heureuse maison !
Que désormais elle croisse et prospère,
Tout comme moi remerciant le ciel,
Sans s’épargner le los qui va au père,
Auquel enfin l’on doit l’essentiel !

Wenn nicht mehr Zahlen und Figuren…
Novalis

Wenn nicht mehr Zahlen und Figuren
Sind Schlüssel aller Kreaturen,
Wenn die so singen oder küssen,
Mehr als die Tiefgelehrten wissen,
Wenn sich die Welt ins freie Leben,
Und in die Welt wird zurück begeben,
Wenn dann sich wieder Licht und Schatten
Zu echter Klarheit werden gatten,
Und man in Märchen und Gedichten
Erkennt die ewgen Weltgeschichten,
Dann fliegt vor Einem geheimen Wort
Das ganze verkehrte Wesen sofort.

Que plus ne soient nombres et figures…
Novalis

Que plus ne soient nombres et figures
Le chiffre de toutes créatures,
Mais que ceux-là qui chantant s’embrassent
En sachent plus que sages sagaces,
Le monde advienne à plus libre vie
Puis dans le monde encor se ravie,
Que l’ombre alors et que la lumière
S’unissent dans leur clarté première,
Oh ! que dans les poèmes l’on conte
Les éternels récits de ce monde,
Et porté par un seul mot secret
S’envolera tout l’être égaré.

Traduction de Nicolas Class


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