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Musique : Noël Lee

29 septembre 2007

par temporel

Ces deux pièces font partie du cycle intitulé Quatre ballades, composé en 1956 par Noël Lee, sur des poèmes de Catherine Pozzi. Il comprend « Ave », « Maya », « Nova » et « Vale ». Nous écouterons « Ave » et « Vale ». « Ave » parut en 1929 dans la Nouvelle revue Française. Ce fut le seul poème qui parut du vivant de son auteur.

MP3 - 4 Mo

AVE

Très haut amour, s’il se peut que je meure
Sans avoir su d’où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,

Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
O mon séjour..

Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,

Par l’univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l’esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.

MP3 - 4.7 Mo

VALE

La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons –
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu. –

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandit d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de coeur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.

Catherine Pozzi, Très haut amour : Poèmes et autres textes. Edition de Claire Paulhan et Lawrence Joseph. Paris : Poésie/Gallimard, 2002.

Noël Lee, Chants ballades. Marie-Thérèse Keller, mezzo-soprano ; Jeff Cohen et Noël Lee, piano. Rem (France), 1997.
20, avenue Paul Doumer 69160 Tassin La demi-Lune.

Pour en savoir plus sur Catherine Pozzi :

Catherine Pozzi, Agnès. Paris : La Différence, Minos, 2002. Première publication, 1927.
Catherine Pozzi, Journal de jeunesse 1893-1906. Paris : Editions Claire Paulhan, 1997.
Catherine Pozzi, Journal 1913-1934. Préface de Lawrence Joseph. Edition établie et annotée par Claire Paulhan. Paris : Ramsay, 1987.
Catherine Pozzi, Peau d’Ame. Préface et notes de Lawrence Joseph. Paris : Edition de la Différence, 1990.
Catherine Pozzi, Très haut amour, Poèmes et autres textes. Edition de Claire Paulhan et Lawrence Joseph. Paris : Poésie Gallimard, 2002.
Catherine Pozzi et Jean Paulhan, Correspondance 1926-1934. Edition établie, introduite et annotée par Françoise Simonet-Tenant. Paris : Editions Claire Paulhan, 1999.
Catherine Pozzi et Rainer Maria Rilke, Correspondance 1924-1925. Edition établie et présentée par Lawrence Joseph. Paris : La Différence, 1990.

Pierre Boutang, Karin Pozzi et la Quête d’immortalité. Paris : La Différence, 1991.
Lawrence Joseph, Catherine Pozzi, Une robe couleur du temps. Paris : La Différence, 1988.
Hélène M. Julien, Le roman de Karin et Paul : Le Journal de Catherine Pozzi et les Cahiers de Paul Valéry. Paris : L’Harmattan, 2000.
Anne Malaprade, Catherine Pozzi, architecte d’un univers. Préface de Claude Debon. Paris : Larousse, 1994.
Anne Mounic, Psyché et le secret de Perséphone : prose en métamorphose, mémoire et création (Katherine Mansfied, Catherine Pozzi, Anna Kavan, Djuna Barnes). L’Harmattan.


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