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Morceaux choisis

25 avril 2009


La montagne s’est endormie.
Dans la nuit, de grands nuages
suivent les femmes
qui donnent aux hommes
la vie
et dont les dieux vénèrent le courage.

Leurs mains portent la tendresse de la terre,
le rêve du vent.

Dans leur cœur
la musique qui soigne les blessures,
le silence,
l’amour.

Rafael Concejo

***

Sous la voile de l’aile rugissante
Paris
et ses enceintes d’eaux , ses géants
ses lumières
mille fois mille hommes et plus
réunis par la ruche
qui vit.
Dans ses trains des enfants aux yeux de tous pays
et des vierges romanes nées à Volubilis
des sahris et les tresses de l’outremer lointain

Dans le ciel je redoute
celle aile qui frémit
admirant dans le bleu ce trait blanc progressant
empli de la joie pure de l’oiseau rêvant
heureux de voir
en bas
cette terre
qui m’attend.

24 septembre 1985.

4 poèmes pour Lourmarin

Catherine vous chantiez par le chemin nous descendions la terre était belle à l’ouest dans les jardins s’écoulait l’eau la rouge fleur de courge au sol était l’écho des cieux l’hirondelle en sa joie s’ébrouhait de mille cris Lourmarin notre amour partageait son mystère à l’ombre des figuiers se conjurait la mort

vieux Salem, et ta mère devant les oliviers qui regardez sereins la lune qui décroît vous narguez sans paroles celle qui ne vient pas coupant en deux le fruit qu’ensemble nous goûtons. à Cathou, à mon voisin Salem, à sa très vieille mère.

3/8/84

Un texte bien ancien remontant aux bombardements du Vietnam par les B52 (napalm et défoliants)
Pendant les bombardements de Khe-Shan
Joan Baez s’insurge.

murmure profond des voix dans la nuit des combats

son de flûte s’élevant dans l’espace et le vide

légères araignées suspendues a leur soie

contre les bombes s’élèvent des chants aériens

a l’horreur échappés

en attendant le jour

et la paix qui viendra.

a Joan Baez et tant d’autres.

mars 1968
Charles Walker

***

Slowly était un paresseux. Entendez qu’il appartenait à l’espèce des mammifères édentés xénarthres, qu’on appelle ainsi à cause de leurs mouvements très lents. Plus précisément, c’était un aï, ou, si vous préférez, un bradype.
C’était aussi un brave type. Il était sincèrement désolé d’être aussi lent et peu productif, alors qu’autour de lui, dans la communauté d’animaux au sein de laquelle il vivait, tout le monde s’activait, s’agitait même. Il essayait bien de se rendre utile, mais les moindres tâches lui coûtaient un temps fou : bien que la communauté habitât à proximité de la fontaine du village, aller chercher de l’eau lui demandait une demi-journée. Porter une lettre à la poste lui en réclamait une autre, et on avait renoncé à lui demander d’éplucher des pommes de terre : pour qu’elles fussent prêtes pour la cuisson, il devait se mettre au travail la veille au soir et ne se coucher point.
Il arrivait certes que cette lenteur irritât l’un ou l’autre des membres de la communauté, car enfin on avait parfois l’impression que Slowly jouait à singer un personnage filmé au ralenti ; et on avait envie de lui dire : « Ca suffit maintenant ! Reprends ta vitesse normale ! ». Mais sa vitesse normale, c’était celle-là. Il n’en avait pas d’autres.
Il arrivait aussi - très rarement - que quelqu’un se laissât aller à grommeler qu’un animal comme Slowly n’avait pas sa place dans une communauté aussi active, dont tous les membres à part lui travaillaient avec zèle et ardeur à la prospérité générale. Mais dans l’ensemble ses compagnons ne lui tenaient pas rigueur de sa lenteur, de son peu d’efficacité, dont ils savaient qu’il n’était pas responsable. « Ce n’est pas sa faute s’il est incapable de vivre au même rythme que nous, disaient-ils gentiment : c’est dans ses gènes ! ». Et ils ajoutaient souvent : « Et puis, à sa façon, il est utile ».
C’était vrai. Slowly avait quelque chose d’apaisant. En le voyant évoluer aussi lentement, les plus excités se calmaient. Ils se posaient des questions sur leur perpétuelle agitation et prenaient le temps de souffler. Et quand, le soir, il dansait tout seul une valse lente, très lente, ou jouait sur son petit violon un lento particulièrement étiré, on lui savait gré de créer une atmosphère lénitive, préparant bien au sommeil.
Un matin, on trouva Slowly mort, victime d’un mal qui, lui, avait agi d’une façon foudroyante. Tout le monde pleura cet aï, que chacun avait aimé.

Michel Wallon

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