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Gilles Bizien | Martine Blanché | David Eric Bres| Henri Chevignard | Thierry-Pierre Clément | Denis Heudré | Jacqueline Persini Panorias


Gilles Bizien

1.

tu étires les ligaments du vent
pourtant
le choix du ciel n’est plus valide

comme une légende un sentier
tu cherches à conjurer
un peu de ce qui tombe des tournesols

épine noire semblable
comme le croissant au coin de l’oeil
maintenant

le ciel aux pupilles bleues
regarde
vers où s’aquarelle les écorchures.

2.

neige, la souplesse
du tigre
sur le sentier rivage

marche lumière vers montagne
c’est tout ce que tu vois

ta main est si petite
qu’une larme y déborde

il y a ces paumes neuves
qui cherchent toujours une ascèse

proche de la vérité et du soleil exact.

3.

devenir jour quelque part
lorsque tu dis le sourire

les lumières la peine aussi
le pus qui dégorge des yeux

et la part des ténèbres
contre un été précieux
dérisoirement immobile

permanence comme rafale d’écume
sur la même corde humaine
de chair de sang de rêves.

***

Martine Blanché

Travestie

Réincarne-toi en un tour de potier
Main protectrice et charitable
Tête renversée de sauterelle
Dans la nuit vibrante de sable
Au déhanchement libérateur
Sous le sari ondulant
Incarne-toi déesse en l’homme
Avant que ne se fige dans le grès
L’éclat jaune de ton œil de Jina
Au firmament d’une coupole hindoue
Deviens celle qui à la force du poignet
Au seul fil d’un ongle strié
Transmet l’énergie incontournable
Incrustant dans la terre rouge sang
La spirale d’une vie accomplie.

(inédit)

Ils sont tous là
Aussi seuls qu’ils s’imaginaient avoir été aimés
Sur la colline de leurs rêves
Tournés vers l’immensité de l’espoir
En attente…
Figés dans l’obscure perplexité des corps
Dont l’esprit est déjà ailleurs

Ils sont tous loin
Mais si proches que je les imagine m’aimer
Sur la colline des rêves
Tournée vers l’immensité de l’espoir
En attente…
Touchée par la lumineuse promesse
De leur âme omniprésente.

Extrait de Sentes et sens, chez Jérôme Do Bentzinger Editeur (Colmar)

***

David Eric Bres


A 2 mains à demain

Poésies à trois pieds ou deux fois trois pieds


24 DECEMBRE 2007

A deux mains
A demain

La main noire

La main forte
Celle qu’on prête au vaurien

De la main à la main

Et Francfort sur le Main
Qui offre au voyageur
Non loin du Rhin le Main
Non loin du rein la main.

Le Rhin romain jadis
Où vint le romarin
de Rome transplanté.

Histoire sans raison
de sons ineptes, aimés,
mais qui ne riment à rien,
de musique animés.

Ô main, mon bel outil
Caressant les jardins
L’encolure du cheval
Et tant de croupes aimées
Visitant de la nymphe
Le secret séjour
Main brûlée de Muscius
Et main de Berlichingen.

Nymphes ne remettez à deux mains
Ce qu’une seule peut faire.

Samain, prénom Albert,
Dans sa culotte tremblait
De trouille la nuit
Lorsqu’il était enfant.
Adulte, plume en main,
Il pondit ses poèmes
Aux riches rimes
En - in –
Qui ne rimaient à rien.

Mais cessons ces folies !
Prenons nous par la main
De l’esprit qui divague
Re-retenons le train.
Arrière-pensées absurdes !
En des mains policées
Déposons nos refrains,
Polissons nos propos
Qui souvent l’ont été.

Et d’une main experte
Dirigeons, mon aimée
Nos pas vers votre lit
Où la main dans la main
Dormirons réunis,
Puisqu’en ce lieu charmant
La main
Trouve son pied.

***

Henri Chevignard

L’EXAMEN DE MIDI

Inféconde lueur
de mes paumes vers ma face

Oublieuse des sources
la grisaille des confluents
toute verdeur bue
dérive vers des estuaires incertains

Tant de lenteur m’échevelle
quand j’observe étourdi
l’étrange géographie
des fleuves anonymes de mes mains

***

Thierry-Pierre Clément

OCCIDIA

j’ai vu

j’ai vu dans le ciel
les griffes d’une grande main
une main de squelette
le squelette de dieu

il se tient devant son ombre
debout
&
avec un grand cri infini
jette sur le sol des perles de nuit

avion des morts reconnaissants
renaissants
reconnaissants

*

l’enfant

l’enfant court
– il court au milieu des prés
entre les herbes hautes & vertes
entre les marguerites blanches & les iris violets
& les boutons d’or jaunes
– il saute par-dessus les pierres grises & blanches
– il court
il court & il agite les bras en courant
– il joue oiseau

à travers les vitres de l’autobus
la ville défile
le long des trottoirs il y a des arbres
en plastic plantés là par le maire
à cause des espaces verts & des prochaines élections
il y a beaucoup de monde sur les trottoirs
il y a des hommes & il y a des femmes
ils courent les uns derrière les autres
& se bousculent sans dire un mot
& sans se regarder
ils ont le regard fixé sur quelque chose
qu’ils ne voient pas à cause du brouillard noir
ou qui n’existe pas

l’enfant rit
– il rit & son rire est porté par le vent
son rire cascade dessus les cimes des pins
il joue avec le chant du ruisseau
l’enfant rit & son rire est le rire
des fleurs & des arbres
de l’eau
du ciel & du soleil
des papillons & des oiseaux
il est le rire du monde

il n’y a pas d’enfants
à 8 h du matin on les entasse dans
des autorails à télécommande électronique
on les emmène à de grands bâtiments
très grands & très gris & très carrés
avec une grande grille grise devant
on les conduit alors dans de grandes salles
où ils défilent en file
devant des ordinateurs &
des écrans s’allument devant leurs yeux éteints

l’enfant s’est allongé
dans l’herbe sur la berge
il joue avec des bouts de broutilles
& des brins d’herbe
il regarde
filer dans l’eau claire les poissons
entre les cailloux ronds où
cliquettent les reflets du soleil

les gens quand ils se lèvent le matin
– à 6 h 40 tous les matins à cause de
la pilule régulatrice de sommeil –
ils prennent avant toute chose une pilule
tonifiante afin de rester éveillés durant la
journée de travail au bureau ou à l’usine
ils en prennent ainsi plusieurs fois par jour
c’est endormant de rester assis toute la journée
devant un ordinateur

l’enfant s’est levé
il marche le long de la berge
une branche à la main une plume dans les cheveux
il suit une piste qu’il a inventée
l’enfant grimpe dans un grand arbre
pour voir où va la piste

avec leurs ordinateurs ils vendent
des potagers portatifs à autoculture chimique
des aliments prédigérés en tubes d’un décilitre
un mois de soleil garanti livrable à domicile
des carrés de neige pour skier en appartement
des flacons d’air pur obtenu par procédés synthétiques

maintenant
il marche en riant dans la prairie
il rit très fort & il tient
à bout de bras un soleil énorme

des pilules pour avoir des enfants
contenant des chromosomes de différentes sortes
selon le type d’enfant que l’on désire

qui se balance
tout jaune
dans le ciel bleu

des machines à faire la pluie le soleil le
vent le chaud le froid le bonheur l’amour

l’enfant court
l’enfant rit

des machines à faire des machines

il saute
à faire de la musique
il joue oiseau
à faire des poèmes
cascade
du beau
rire du monde
du vrai
il joue
du pur
joie
machine
rire
machine
rire
machine
meurtre
meurtre
MEURTRE

(Extrait de Fragments d’un cercle – en préparation)

***

Denis Heudré

on n’est riche
que de nos pas

on n’est riche
que de nos mains

on n’est riche
de rien
pas même du lendemain

*

deux mains
sur le bâton

dans la poche
un couteau

fidélité
de l’homme d’ici

*

je te vois
convoquer les floraisons
et nommer
chaque pétale

s’échappe entre les pierres
un signe du soir

un éclat de terre
cherche ta main

***

Jacqueline Persini Panorias

L’instant vaste

Qui mieux qu’un bulbe de fleur change d’appartement, s’accommode de son mieux d’un espace inexploité ?
Habite un obscur désir, remonte à toute allure un silence ?
De temps en temps approche une blessure
Là dans la coulée d’une jointure, une blessure de cent ans.

Mais une nuit se quittent la griffe, le froid, le bec, et la rancune
et la rage s’éteint car la main en attente
en attente d’un feu précieux

Laisse faire

La main capte l’armure verte de la turbulence
braque le voltage du sang
ne résiste au dévalement des caresses
abandon du loup, de la panthère
à chaque minute fouille, joue avec l’imprévu,
étrangle la paix, refaçonne le monde,
dérobe un savoir obscur que n’installe aucun mot
brûle tous les édifices dans un voyage de mille ans
crache volcans, perd le nord et le sud
survole toutes les saisons
regarde l’instant vaste se confiner dans le plus petit, le plus secret du corps
tire sur toutes les tétines où roulent les flots
sans que le vide envoie ses pouliches

Laisse faire

C’est la première fois, la toute première fois que dans les zones sombres
un feuillage s’allume de promesses de papillons
C’est la première fois que fusent des pollens qui relancent la terre
sans que ne s’écroule le paysage
sans que ne désertent les ailes d’enfance
toute une nuit, ignorant ton adresse exacte,
dans le scandale de l’oubli des gardes
toute une nuit s’éloignent les sangsues du désastre
et sortant de la gadoue des racines
ta main trouve sa juste demeure

***


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