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Miroslav Holub, poèmes

26 septembre 2010

par Miroslav Holub

The Sea
Miroslav Holub
 
Someone
just climbed on the top of the cliffs
and began to curse the sea.
 
Dumb water, stupid pregnant water,
slow, slimy copy of the sky,
you peddler between sun and moon,
pettifogging, pawnbroker of shells,
soluble, loud-mouthed bull,
fertilizing the rocks with your blood,
suicidal sword
dashed to bits on the headland,
hydra, hydrolysing the night,
breathing salty clouds of silence,
spreading jelly wings
in vain, in vain,
gorgon, devouring its own body,
 
water, you absurd flat skull of water –
 
And so he cursed the sea for a spell,
it licked his footprints in the sand
like a wounded dog.
 
And then he came down
and patted
the tiny immense mirror of the sea.
 
There you go, water, he said,
and went his way.
 
 
La mer
Traduction de Franck Miroux
 
Quelqu’un monta
au sommet de la falaise
et se mit à maudire la mer.
 
Eau muette, matrice stupide,
lente, reflet visqueux du ciel,
négociant entre lune et soleil,
futile, marchande de coquillages,
soluble, taureau beuglant,
fertilisant les rochers de ton sang,
épée suicidaire
pulvérisée sur la falaise,
hydre, hydratant la nuit,
expirant des nuages de silence salés,
étendant tes ailes gluantes
en vain, en vain,
gorgone, dévorant son propre corps,
 
oui, toi, eau, crane plat et absurde –
 
Ainsi il maudit la mer un moment,
elle lécha ses empreintes sur le sable
comme un chien blessé.
 
Ensuite il descendit
et tapota
le miroir immense et minuscule de la mer.
 
Va, mon eau, dit-il,
et il reprit sa route.

Photographie de Guy Braun.


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