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Miroslav Holub : poèmes

26 avril 2010

par Miroslav Holub

Traduction de Franck Miroux
LA MOUCHE
 
Elle s’assit sur l’écorce d’un saule
observant
un moment la bataille de Crécy,
les hurlements,
les gémissements,
les plaintes,
les piétinements et le tumulte.
 
Lors de la quatorzième charge
de la cavalerie française
elle copula
avec une mouche mâle aux yeux marron
venue de Vadincourt.
 
Elle se frotta les pattes
montée sur un cheval démembré
méditant
sur l’immortalité des mouches.
 
Soulagée elle mit pied à terre
sur la langue bleue
du Duc de Clervaux.
 
Le silence tombé
et le murmure de la mort
encerclant les cadavres,
 
tandis que quelques
bras et jambes
tressaillaient sous les arbres
 
elle se mit à pondre ses oeufs
sur l’œil unique
de Johann Uhr,
l’armurier Royal.
 
La suite fut brève-
elle fut gobée par un martinet
qui fuyait
les feux du Levant.
THE FLY
 
She sat on the willow bark
watching
part of the battle of Crécy,
the shrieks,
the moans,
the wails,
the trampling and tumbling.
 
During the fourteenth charge
of the French cavalry
she mated
with a brown-eyed male fly
from Vadincourt.
 
She rubbed her legs together
sitting on a disembowelled horse
meditating
on the immortality of flies.
 
Relieved she alighted
on the blue tongue
of the Duke of Clervaux.
 
When silence settled
and the whisper of decay
softly circled the bodies
 
and just
a few arms and legs
twitched under the trees
 
she began to lay her eggs
on the single eye
of Johann Uhr,
the Royal Armourer.
 
And so it came to pass-
she was eaten by a swift
fleeing
from the fires of Estrés.

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