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Michel Wallon : poèmes

26 avril 2010

par Michel Wallon

La Mort et le Puceron

Ce puceron avait conscience que depuis quelque temps
Il vieillissait beaucoup et déclinait sérieusement.
Il fut cependant un peu surpris
Quand un jour une voix lui dit :

« Désolée, Puceron, il faut que je t’emmène,
Que je t’emporte dans un autre domaine,
Où tu ne seras plus considéré comme un parasite,
Et où tu auras pour l’éternité le meilleur des gîtes ».

Bien qu’il sût depuis qu’il était au monde
Qu’il devrait un jour quitter la machine ronde,
Le puceron eut le réflexe de demander un sursis
A celle qui venait de s’adresser à lui.

« Madame la Mort, dit-il, car - cela va de soi -
Il avait compris à qui appartenait la voix,
Je me permets de vous faire remarquer
Une chose à laquelle vous n’avez peut-être pas pensé :

Je suis un insecte si petit, si insignifiant
Que si vous me laissiez encore un peu de temps,
Si mon nom ne figurait pas sur vos registres ce soir
Personne, à coup sûr, ne pourrait s’en apercevoir »

- « Détrompe-toi, puceron, lui dit gentiment la Mort,
Je suis étroitement contrôlée. Certes, il me plairait fort
De t’accorder le sursis que tu sollicites habilement,
Mais cela m’est impossible, tu le comprends certainement.

Et puis, ajouta-t-elle, je puis t’assurer que de l’autre côté
Les derniers sont vraiment les premiers,
Que les pucerons honnêtes et sérieux comme tu le fus
Ont une meilleure place que les lions et les bêtes cornues ».

Le puceron n’eut pas le temps de répliquer :
Le jardinier qui traitait le rosier sur lequel il se tenait
Vaporisa soudain un puissant insecticide
Qui de notre puceron provoqua la mort rapide.

Instantanément, celui-ci se trouva revêtu d’un long manteau
Dont les pans étaient tenus par de grands animaux.
Un orchestre invisible entama une musique royale
Et dans le paradis le puceron fit une entrée triomphale.


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