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Michel Cosem, poèmes

22 avril 2011

par Michel Cosem

Ecrire être au monde

Ecrire être au monde
comme un carré de terre
semé d’orchidées mauves
et de plumes d’oiseaux
Etre dans la sève
pour revenir chaque saison
dans les lumières dans les mémoires
Ecrire les soleils et les océans
écrire sous l’écorce
l’histoire et l’imaginaire
les voyages dans les hautes dunes d’or
et les crépuscules du cœur

*

A la limite
presque bleue presque blanche
l’eau parle des lointains
Elle a la couleur des pailles
des briques et du sang
Elle a le charme des brumes
et les frontières de l’horizon
Elle prononce la vie à voix basse
et malgré les ombres noires
elle laisse venir à elle la feuille rousse
Seul le rossignol lui dispute son territoire
et le fil d’araignée en quête d’ancrage
Là à la limite presque blanche, presque bleue

*

La petite route bleue
serpente dans le printemps
Le feuillage déborde
La luxuriance est sans égale
Une orchidée mauve garde la tête haute
Une goutte de sève brille au doigt de la vigne.
Entendrai-je encore longtemps
le chant des tourterelles
dans les platanes verts semés de ciel et d’hirondelles
et de tranquilles idées ayant les habits du matin.
Entendrai-je encore longtemps parler la langue verte du fleuve
portant des myriades de nouvelles d’aval ?

*

Vint un bref éclat
sur ce chemin entre les ombres
dans le ciel cinglant
de pluie et de brûlures
sur cette terre séchée le cœur battant
au milieu de toutes les voix perdues
Point n’est besoin de revenir
chercher ici la trace des symboles
tout est inscrit bien au-delà des mots
Je parle à la fenêtre ouverte
à l’intérieur des braises et des fruits mûrs
sur un ciel chargé de grains
et piqueté d’étoiles
silhouettes vives et fluides
qui habitent les confins
et attendent un signe de moi
Je parle à la fenêtre ouverte vint un bref éclat.

*

La terre sèche se craquelle
au vent
au sel
et garde
en creux la carcasse d’une mouette

Du large viennent
des oiseaux migrateurs
et la falaise ocre de la colline
sourit aux pins noirs

La sérénité d’un seul instant
là au-dessus des vagues
alors que l’on voit
l’île voisine
telle une baleine
venir brouter le jardin d’embruns

*

Nous avancions dans l’épaisseur du monde
et ce monde nous tenait
dans sa chaleur et son désir
Nul ne songeait à s’enfuir
et nous étions pourtant dans l’ombre
comme plombés dans les mêmes doutes
Nous étions soudés
liés pour écouter les cendres
Parfois partait du cœur
un vol d’oiseaux au fort ramage

*
Ciel gris sur Paris mouillé ciel gris sur les platanes nus qui remuent leurs graines rondes semblables à des oiseaux prisonniers ciel gris sur les façades qui ne peuvent plus s’envoler
et tout autour remue l’urgence l’énergie l’audace tout se confond et la beauté soudain se fait vieille
une chanson interrompue perce le coeur et l’on assemble je ne sais où quelques joyaux comme des braises pour se réchauffer encore

*

Sous l’eau claire
de l’abat-jour
passent des femmes bleues
des femmes rouges
avec des sourires jusqu’au bout des mains
des écritures multiples sur leur peau
et des chansons de désert
Elles ont la liberté des routes infinies
le goût du miel et de l’orange
ce qu’elles disent
n’est pas compréhensible
mais c’est bonheur de les interpréter

*

La vigne est abandonnée
dans la pierraille et le vent de tourmente
Un vieux château près d’elle
se réveille encore plus vieux
avec dans son museau des pierres ensauvagées
à la bouche avide
aux yeux brisés
surveillant la vallée et ses résilles crépusculaires
Il brûle pour elle quelques passereaux
et dépouille les caravelles
Puis encore
au plus noir
essaie le pire

*

Où vas tu ?
La nuit est noire tu sais
Il y a des pièges
Il y a des meurtres
Il y a ce que tu ne sais pas
Où vas-tu ?
je sais que tu avances
tu as envie d’aller très loin
et je te dis main dans la main
de continuer ton chemin
Je ne sais si je serai toujours près de toi
mais j’y serai longtemps

et je te demande de ne pas l’oublier .

*

L’arbre ignore la nostalgie. Dès l’aube il éparpille sagement son pollen dans le silence et les écorces qui s’entrouvrent. Il goûte l’humidité de la brume qui traîne ici et là avant de se disperser. Il a grandi sans regret ignorant les grandes forêts, les steppes immenses et les collines du bord de mer. Il ne jalouse pas le cerisier blanc et le pommier aux fleurs délicates. Il peut être témoin des pires avanies, rien ne pourra le changer et il ira au bout de son chemin.

*

Juste un petit goût de fumée
ce que le végétal offre à l’imaginaire
au rêve à la légende
un léger goût de terre et de lumière
qui emplit le lieu natal
et offre l’éternel
On n’entend ni bruit d’aile ni de pas
c’est simple et cela occupe tout le corps
le bout des doigts jusqu’au sourire
On passe et on emporte
et c’est très bien ainsi

*

La fleur blanche au milieu du pré
est-ce moi qui la couperai ?
ou une quelconque chimère
sortie de la forêt ?
N’est-elle pas la naissance éternelle
avec ses joues fragiles de grande neige
et son cœur de laine rouge ?
Qui donc pourrait atteindre tant de beauté
et emporter un rêve ?

Je veille mais le temps guette aussi
qui de nous sera vainqueur ?

*

Au bout d’une allée blanche
comme perdue
entourée de forêts à l’échine rase
et de quelques pommiers jetés au vent
un tout petit morceau d’abbaye
aux arches frêles, serrées
décidée au silence
à la contemplation
Seuls les chants d’oiseaux peuplent les murs vides
plus de prières
la nature pleine d’aube est désormais déesse
Dans la boue de la rivière
quelques empreintes de chevreuils disent le culte

Extrait de Ainsi se parlent le ciel et la terre


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