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Poèmes M.Edwards

Michael Edwards : Poèmes

28 septembre 2008

par Michael Edwards

To Kindle the Starling
1972
 
First and Last Things
 
I
 
Into the dull
air about
the tree just at
my window and
out of nowhere
starlings
 
to
take over
the place
scatter
jerk
juggle and
at a stray wing-flick
mass
together
but for
seconds only as
each
makes for a
spot to
comfortably
hook each
toe
to a twig
 
and shuffle
preen itself
by fits of
concentration
or just
glance round at the day
or simply
stand
in the cold
and let out galores of
squeaks and clucks and gobbles and rasps.
 
II
 
A black
starling
swayed on a winter branch
 
at a sudden
sun-shot
 
flaring
green and red.
 
III
 
Pecking the cold
snow for hard
food the quick
black bird
against
the sparkling crystals
turns
– its feathers ruffling
suddenly
purple and green –
for sun
and wind
to come
to
kindle the starling.
 
IV
 
In a cold hearth
a forest
flourishes
fruits
and creaks
and goes
down to coal.
 
A night in the earth
to warm our bodies
light our faces
here
in the flickering walls.
 
Outside
starlings asleep.
(A starling :
compact grain
a volatile coal.)
 
Above our talk
in the high cold
miracle
brilliants
the blazing stars
the night makes
visible.
Tout flamme l’étourneau
 
 
Créatures premières, et dernières
 
I
 
Pénétrant l’air éteint
aux alentours de
l’arbre tout près
de ma fenêtre et
surgissant de nulle part
les étourneaux
 
pour
prendre possession
des lieux
se disperser
jaillir, par saccades,
jongler, puis
d’un menu coup d’aile épars
se fondre
ensemble
rien
que quelques secondes
car chacun
vise
à jucher
confortablement accrocher
chaque doigt
à la ramille
 
et remuer
se pomponner
par à-coups se concentrant
ou se contentant
de contempler le jour
d’être là
dans le froid
et de proférer
à satiété
couinements
gloussements
glouglous et grincements.
 
II
 
Noir
le sansonnet
qui se balançait sur la branche en l’hiver
 
sous un rayon
soudain
 
devint flamme
rouge et vert.
 
III
 
Picorant la froide
neige en quête
d’une rare pitance
le vif oiseau noir
silhouette profilée
sur les cristaux étincelants
se tourne
– en un subit frou-frou de plumes
vert et violet –
au soleil,
au vent, offert,
tout flamme l’étourneau.

 

 

 

 
IV
 
Dans l’âtre froid
la forêt
fleurit
fructifie
puis crisse
et se réduit
au charbon.
 
Nuit dans la terre
pour réchauffer notre corps
éclairer notre visage
ici
en ces murs qui vacillent.
 
Au-dehors
sommeillent les sansonnets.
(Chacun :
grain serré
boulet de charbon ailé.)
 
En surplomb de nos paroles
dans l’éther glacé
miracle
diamants
le brasier des étoiles
que la nuit
manifeste

***

The Tree
 
When I was a boy, I killed a tree.
The uncanny branches, up overhead, were full of sky ; I surged up the trunk ; they were full of me.
 
I leapt and hung, lithe as an ape in the sun, possessing the boughs.
The joints of my body bent with the knuckles of the wood ; and the coarse bark teased my toes.
 
I straddled a branch and shook with the shaking leaves.
Our bodies relaxed ; house and lawn and flowerbed steadied like dying waves.

 

 
The pocket-knife, big in my fist, was scraping along the branch.
I thought of Jimmy, and moor-hens, grasshoppers, and lunch.
 
I eased in the blade ; it trembled and leapt up my arm.
The bark in my grip was a scaly snake, threshing and warm.
 
I drew back the blade, absorbed, and the bark peeled out.
The flesh of the lovely wood was green then white
 
And soft, and moist. The tender thin heart
Drew down my eyes, discovering, so cool amid such heat.
 
Should I strip all round ? The knife was at its task.
The work was perfect almost before I could ask.

 

 

 
Perfect the feathered white, the new lean touch of the wood.
I tore off the husk to find the pulp, there, here, below, above, wherever by stretching and twisting I could.
 
My muscles tired, my mind swam back ; I perched uneasy under the sky.
The sudden neighbour – "You’ll kill it !" – more scared than I.
 
I put away the knife, and awkwardly clambered to the ground.
I walked away over the lawn, and once or twice looked round.
 
When I was a boy, I killed a tree.
Be careful of me.
L’arbre
 
Quand j’étais enfant, j’ai tué un arbre.
L’étrange ramure, au-dessus de nous, était emplie de ciel. D’un seul élan, me voici en haut du tronc ; elle s’emplit de moi.
 
Je bondis et m’accrochai, agile comme un singe au soleil, en pleine possession de la ramée.
Les jointures de mon corps se courbaient aux articulations du bois, et la rugueuse écorce me griffait les orteils.
 
A califourchon sur une branche, je frissonnai du frisson des feuilles.
Nos corps s’apaisèrent ; maison, pelouse et massifs de fleurs retombèrent comme vagues mourantes.
 
Le canif, aussi gros que mon poing, s’était mis à gratter le rameau.
Je songeai à Jimmy, aux poules d’eau, aux sauterelles, et au repas de midi.
 
J’enfonçai la lame, qui vibra et rebondit sur mon bras.
L’écorce dans mes mains était un serpent à écailles, chaud et palpitant.
 
Je retirai la lame, absorbé, et l’écorce se détacha.
La chair du bois joli était verte, puis blanche,
 
Moelleuse et humide. Ce tendre cœur fluet
Attira mon regard de pionnier, tant de fraîcheur par une telle chaleur.

 

 
Allais-je tout dénuder ? Le couteau accomplissait sa besogne.
L’œuvre avait atteint sa perfection avant, presque, que je me pose la question.
 
Parfaite, cette duveteuse blancheur, la neuve caresse du bois dépouillé.
J’arrachais l’enveloppe pour trouver la pulpe, là, ici, par-dessous, par-dessus, partout où je le pouvais, en tirant, ou bien par torsion.
 
Puis mes muscles se fatiguèrent ; je sortis du rêve. Sous le ciel je juchais mal à l’aise.
Un voisin de lancer tout à coup : « Tu vas le tuer ! » Il avait plus peur que moi.
 
Je rangeai le couteau et, maladroit, descendis péniblement de l’arbre.
Sur la pelouse je m’éloignai, et une ou deux fois, jetai un coup d’œil en arrière.
 
Quand j’étais enfant, j’ai tué un arbre.
Prenez garde à moi.

***

Standing Stones
 
There is a hot alertness of stone,
And a mat imperviousness of stone withdrawn
 
Into itself. This menhir, dominating neutrally
The heath that descends to loose shingle and the sea,
Proves another measure, an other weight, in reality.
 
The god is thought to inhabit this.
He has no form, except bigness,
But at midday his hard sides ring
To the touch with his inheld heat.
 
Stone circles, magnetic on high plains,
Separate from lesser tall objects, like pines,
Stand in their absolute shadows, and call the sun.

 

 

 

 
Their sense is beyond
Beauty, and their nature somewhere beyond
What one could know by hewing and chiselling.

 

 
There is more truth in these unknown gods
Than in precise Greek deities with delicate human bodies.
 
When shadows bewilder and sink the mind,
One stone, with the sun
Splendouring from its back, draws you inside,
Into the circle, the centre of the god.

 

 
But when you leave the gods, the gods remain.
Only their silence, local silence, follows into the brain.
Pierres levées
 
Pierre sur le qui-vive dans la chaleur,
Indifférente aussi, sans éclat, dans son repli
 
Sur soi. Ce menhir, qui surplombe en sa neutralité
La lande en pente douce jusqu’aux galets épars, puis la mer,
Témoigne d’une autre dimension, d’une autre pondération, au sein de la réalité.
 
On pense qu’un dieu y a établi sa demeure.
Il est dépourvu de forme, si ce n’est sa stature,
Mais à midi ses flancs sans tendresse résonnent
 
Au toucher de toute sa chaleur accumulée.
 
Les cercles de pierre, magnétiques sur les hautes plaines,
Distincts des moindres objets de haute taille, comme les pins,
Se dressent dans l’absolu de leur ombre, appelant le soleil.
 
Ils vont s’ancrer plus loin
Que la beauté, et leur nature outrepasse
Ce qu’on en pourrait connaître en taillant, en ciselant.
 
Il se trouve plus de vérité en ces dieux inconnus
Qu’en la précision des divinités grecques, l’humaine délicatesse de leur corps.
 
Quand les ombres déconcertent et submergent l’esprit,
Une pierre, en son auréole solaire,
Vous invite à pénétrer le cercle,
Le centre du divin.
 
Mais quand vous quittez les dieux, les dieux demeurent.
Seul leur silence, le silence du lieu, vous poursuit en l’esprit.

***

Traduction d’Anne Mounic

Michael Edwards, To Kindle the Starling. Solihull, Warwickshire : Aquila, 1972.
Where. Breakish, Isle of Skye : Aquila, 1975.
The Magic, Unquiet Body. Breakish, Isle of Skye : Aquila, 1985.


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