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Maya Béjerano : poèmes

30 septembre 2009

par Maya Béjerano

Poème d’enfance

Maya Béjérano

Traduction : Esther Orner

1

Par l’image ou le son j’essaierai de toucher à mon nombril j’ai neuf ans
à la chaleur du soleil appuyer légèrement écouter le clapotis de l’eau dans la cuvette en tôle
et dans la cour ses parois réchauffées.
Vraiment je souriais alors et ne pensais qu’à moi,
au grenadier et ses coupures délicieuses d’ombre et de lumière
qui inscrivent en moi les commencements de l’histoire de mon enfance.
Quelle histoire, toute une histoire eau et lumière j’ai mangé
les matins d’un été à Jaffa chemisette blanche
culotte, elle aussi, en coton jetées de côté
dans le jardin sur le sol de ciment devant l’évier et son vieux robinet
des concombres et une tartine à la margarine, du sucre et du lait
et dedans déjà tout se mélange et dans l’oreille le cliquetis des gogoims*
et les billes du jeu d’hier
et de côté sept pierres attendent le petit robinet et son évier
comme les enfants du quartier qui m’attendaient car à moi la corde et le ballon.

Au pied de l’évier, le chat se pourlèche
j’ai aperçu son regard effrayé tourné vers le bord du haut mur de brique au dessus de nous
et entre les branches du grenadier, le fils du voisin débraillé
un instant figé s’enfuit parmi les gendarmes et les voleurs
et le soleil au zénith
un héros, genre Samson, m’a vu. Des fils d’or froissés
s’enroulent autour de mon nombril et l’eau dans mes longs cheveux stagne, alourdie
et mon menton émerge de l’eau fascinante.
Pain de glace pain de glace j’ai bien entendu mais
je n’y arriverai pas les enfants me devanceront
la charrette ne m’attendra pas une autrefois, alors ;
brisures de glace jetées par dessus le mur
fondent dans la baignoire entre mes doigts et ma grand mère et son panier en D.M.C
solide, elle court acheter un grand pain de glace

elle est encore forte et en bonne santé, elle a réussi
la glacière froide froide au bout du couloir et de l’autre côté
les deux filles Berty et leur grande sœur Levanika.

“Wallah, elle a deux yeux, deux amandes en chocolat et si tu
regardes deux fois, elle est Julie et moi Joël, elle est Roumia et moi Romi...”
Qui est Joël et qui est Roumia ?

La chanson de la radio géante résonne dans notre jardin
ainsi que la radio des voisins, elle ne s’adresse pas forcément à moi
serais-je un jour Roumia ? Serais-je Julie ?
on m’appelait fleurs d’Ida et un peu plus tard
Annette Rivière, et puis Tatiana et encore Tinker Bell et Alice.
Alice au pays des sons
et puis Alice sera dans la mouise.

*

2

Si j’arrive à te décrire ou te dater
toucherai-je à la source du sens à la source de l’amour ?
l’image de ton crâne chauve étonnante ta chevelure noire clairsemée
tes cheveux tristes autour de tes yeux écarquillés
regard de ceux qui savent leur mort proche regard affolé par de grandes souffrances
qui retournent à leur source dans ton âme et ton corps dont je suis sortie, moi qui ai neuf ans, lieu caché du corps grouillant de vie
une cuvette infinie de rêve et d’espoir sans fond
des feuilles de grenades et de citrons verdâtres fins et parfumés
recouvraient les cieux, par dessus le mur de pierre se répandaient
en parfum de rose, de chrysanthème et de géranium
dans le petit jardin.

j’étais entre tes mains comme un petit agneau sacrifié dans un pré caché près d’une orangeraie dans le Scharon
tous croyaient alors en la vertu d’un soleil guérisseur des corps dénudés
couchée sur tes genoux courbés par un matin hiver
et tes mains caressent, caressent comme les mains de mon père qui frappaient, frappaient
et les coups comme la caresse étaient vérité et enseignement d’amour
(comme dit le roi Daphu à Anderson, roi de la pluie) et peut-être
la trouverai-je dans ce dos nu et mince d’une enfant de neuf ans, le dos à l’état brut
je ne peux le voir, seulement le toucher, en palper la surface
et cela signifie -
ressentir sans jamais arriver à voir ce dos.

*gogoïm - jeu fait de cinq noyaux d’abricots

*

3

Lève-toi M Lève-toi déjà ! On part
en ville, peut-être, je me suis levée
et sans me faire attraper je retourne me plonger dans les eaux infinies de la baignoire
et longtemps encore longtemps
être en elles.

La voix impérative de mon père le visage souriant de ma mère
le regard doux et critique de ma grand mère, celle qui m’accompagnait chez Tarzan et Sisi
qui serrait ma main dans la sienne fatiguée par les ans
lorsque nous marchions dans les rues tumultueuses de Jaffa-Tel Aviv à nous amuser et consommer

les notes de musique brillaient et resplendissaient face à moi et le violon
glissait sur mon bras, je voyais à peine l’archet de ton violon
mon père posée sur ma tête qui se trompait et les doigts en sueur
et des reproches intenses raisonnaient dans la petite pièce spacieuse dans la maison achetée
à un Arabe riche de Jaffa.

Car vraiment j’avais du talent j’étais prédestinée
prédestinée à créer une oeuvre, pour la gloire
douleurs et larmes de honte, de fierté humiliée
et en larmes je corrigeais clarté prodigieuse et lucidité
et après, tout était effacé par notre jeux à deux violons
sur les épaules d’une fillette de huit-neuf ans et de son père.
Et le matin, musclé et immense tu conduisais un tracteur
qui creusaient des sillons longs et lointains
des miettes de poussière jaunâtre accompagnaient la respiration
se mêlaient aux cheveux emmêlés et sombres qui faisaient de ton corps
un empire obscure imprévisible et la colère montait
de même le rire qui se raréfiait de plus en plus et la main qui s’agitait
pour ceci ou cela
porter un sac d’oranges parfumées cueillie dans le verger
qui ploie sous les fruits à côté de notre maison à la lisière du champ de l’autre côté de la colline de sable
Moledeth petit village inexistant
jusqu’à lever le doigt pour montrer un livre sur l’étagère haute
des années plus tard dans cette maison ici
où la petite baignoire remplie d’eau chaude et le soleil au zénith
c’est mon lieu
maintenant exactement.

*

4

A quoi vous comparer ? À un couple d’anges gardiens que vous étiez pour moi
à combler mes désirs, mes caprices vous mes parents
qui donc avait besoin de moi ? Une enfant agaçante et rêveuse
ma mère était là, belle et jeune elle travaillait et travaillait
ces piqûres qu’elles administrait avec adresse comme les baisers d’une guérison
sur les fesses des grandes personnes, des enfants et des bébés de sa main
main d’une fille juive de famille riche de l’Europe de l’est gâtée
travaillant jour et nuit pour sa famille
qui donc avait besoin de moi parmi vous
une enfant mince et maladive
malgré les quatre grands-mères et grands-pères elle ne permettait pas
elle refusait leurs câlins elle tenait bon
tendue et ferme comme une sentinelle sur le toit d’un château
sérieuse Marrane rebelle elle acquiesçait en apparence
obéissait, élevait et nourrissait un aigle dans sa matrice
pourvu qu’elle ne rencontre pas d’obstacle, trouer de son petit doigt les feuilles d’un fucus, regarder à travers eux le soleil et rêver les légendes d’Andersen
à la suite du livre Gan Gani* jaune et carré posé sur l’étagère
pour les enfants qui naîtront
dans la famille

*nom d’un livre célèbre des années 50 - jardin, mon jardin d’enfants

*

5

Me suis-je attardée ou ai-je retardé mon retour ? Je me suis perdue
pour vous j’étais perdue je ne suis pas revenue pour vous,
mais pour moi car je me trouvais ici au milieu d’un jeu,
j’insistais par tout mes actes et mes pensées : des poupées, leurs vêtements
sur le toit de la maison d’une enfant nommée Sabina.
après un concentration d’eau de pluie des flots d’eau
sur le chemin du retour de l’école au milieu d’un champ à l’ombre d’un chêne de galle
des mains barbouillées de jus de figue de barbarie rouge, plein de petites épines sur la langue
une longue langue repliée et mensongère
d’une part une langue répétitive et polie
d’autre part réfractaire, silencieuse et cachottière
une langue avec en profondeur des épines de cactus. D’elle des mots fleurissaient
rêves de royauté
et pour finir j’étais toujours près de vous
et par votre brûlante inquiétude les coup pleuvaient autour de moi
m’atteignaient presque, me faisait trembler.
Je retournais trôner dans l’eau toujours chaude de ma baignoire
une baignoire simplement chauffée au soleil

*

6

Combien de temps est passé
et mon visage s’éloignait du petit triangle de ma nudité et devenait plus sérieux
les baisers et les coups diminuaient, les livres les tâches se multipliaient me pesaient
on commanda une grande bibliothèque des étagères des tiroirs des portes
à rainures des espaces pour des bouteilles, des albums des sucreries.
Maintenant cette bibliothèque
tous ces beaux livres dans lesquels blanchissaient
des feuilles lisses et blanches des livres chers aimés
passés au chlore de la mort cheveux gris
tournoiement de couleurs délavées dans une danse vertigineuse blanche et toi mon père tu as été sauvé
comme un chiot doux et naïf qui ne comprend pas
pourquoi on le bat coups du sort
on frappe on arrache on crie on fait mal et pour finir
sa destinée rester parmi nous il ne comprend pas
une autre langue étrangère langue d’un homme apprivoisé
tu es resté et il est resté visage de douceur sans but
d’une joie de vivre innocente et résignée
nous allons tous à quatre pattes personne ne nous voit puis on renonce
et toi ma mère tu n’as pas été sauvée
j’ai vu la fente d’où je suis sortie et entrée dans le monde
j’ai touché et su nettoyer fermer désinfecter
avec peur et respect devant la souffrance
d’un lieu de plaisir brûlé par le feu de la maladie
et je suis devenue femme de l’homme

*

7

Je suis allée frapper à ma maison de Jaffa à mon beau jardin de Jaffa
resté seul au milieu des dunes au milieu des ronces et des fleurs sauvages
au milieu des monceaux d’ordure et des cours à l’abandon
et des chiens errants heureux d’avoir trouvé un abri
dans les ruines de la maison de Mary, la loucheuse aux yeux bleus, fille du policier
et près d’elle Saluchah et Zalman, le petit et la famille de harédims* hongrois
aux femmes à la tête rasée sous des fichus de coton et de mousseline
et Tovah la grosse blonde qui regarde du haut de son toit
vers mon propre toit, échange de sifflements et de morse
pour s’asseoir dans les arbres et se préparer
à l’industrie du parfum du mimosas doré
dans de petites bouteilles de verres remplies d’eau et de soleil

Resplendissante sur le château de mon enfance de mes anniversaires au printemps
entourée des miséreux de mon quartier déguisés en animaux et en reines
des clowns des acteurs sympathiques qui chantent en mon honneur
jouer sur le toit de ma maison et les petits jumeaux aux poches pleines
de grenouilles et des billes. Je savais que je ne pouvais les diriger
en avoir pitié et les gracier la reine et sa cours ses serviteurs et le prince-kidnappeur
le roi furieux, la reine cachée et sa fille rebelle
tout sur le haut de l’escalier qui s’élève
vers ce toit sans parapet.
Et il faisait sombre et les chatons mes petits frères
que je caressais, embrassais jusqu’au jour où ma grand -mère les jeta à la poubelle

Harédim- ultra religieux

*

8

Et entre les branches des marguerites et des boules de chrysanthèmes
nous nous sommes reposés dans l’île, en blanc et jaune
et sur le réchaud à pétrole une grande marmite pleine de sucre
des épluchures d’orange, de citron et de pamplemousse bouillonnaient
comme des escargots pliés et repliés, enfilés sur des colliers de ficelles marron
pendant son temps libre sans fin ma grand-mère cuisinait
censurait, inspectait, elle venue ici la grande dame émérite
jamais elle ne serait abaissée jusqu’au sort malheureux de la vieille folle
qui soulevait sa robe nous montrer
sa culotte rose et nouvelle
ils exultaient et couraient derrière elle en hurlant
t’as pas de culotte, t’as pas
pour qu’elle soulève encore sa robe la pauvre
qu’elle montre à tous sa simple vérité
c’est alors que j’ai appris que la vérité vraie ne durait que par un acte comme soulever sa robe, dehors et en plein jour montrer ce
qu’il y a .

*

9

Pas seulement la mémoire, pas seulement l’émotion – si nécessaires
mais pas suffisants
pour jouer du violon écrire un poème
faire une rédaction se souvenir
être capable de se rappeler rédiger et diffuser.
Et quoi encore ?
Déclencher des volutes de sables mouvants au loin sur le sol de l’âme cachée
quelque chose quoi ?
La capacité de changer des volutes de sable en rocher -
une couronne de fleurs une jupe à carreaux en coton rouge noir blanc avec une ceinture en élastique
des souliers laqués noirs et du massepain blanc
des amandes épluchées et tendres sur des plateaux d’ardoise et d’ambre
des cornets en papier et une chemisette de laine blanche
une robe en nylon bleue frémissante
une robe rayée drapeau de l’état naissant
une grappe de raisin face à mon visage
devant le photographe qui passait sur le seuil de notre maison un ange professionnel en train de répertorier en noir et blanc
comment une enfant de neuf ans mange des raisins des concombres comment
elle pose le combiné contre l’oreille en attendant un vrai téléphone et elle sourit
sourit descend et monte aux cieux
jouer

fixer au rocher le détail qui s’échappe - au moi qui désire
très fort. A la matière qui reste que je puisse élever et garder
comme un gentil animal de compagnie - être soi cette accalmie qui habite la clarté de l’esprit
qui se souvient, explique, ordonne les photos - émet un son il regarde s’émeut
de quoi au juste ? Sans que cela signifie, alors qu’est-ce
qui manque
le mouvement du pendule d’une horloge comme celui de mes jambes sur la balançoire
dans le patio carré ; nous l’avions attachée au linteau de la porte
sur elle je m’appuyais en tenant les cordes serrées contre mon épaule et je m’envolais
“attention, attention, ne pas tomber.”
Je me disais en murmurant ce que ma grand mère criait dans sa langue :
“Pourquoi ici, pourquoi ici, ne pas se balancer les soldats risquent d’arriver en rang ils te verraient, te prendraient et t’emmèneraient au delà des mers.”

C’était à peu près comme mes petits soldats de plomb britanniques casqués
de petits bonshommes ajustaient les volets en bois vert écaillé
contre le grand mur épais de la maison

Sois précise dans ta marche
M sois précise,
rentre dans les rangs des soldats qui marchent au pas
en Palestine vers la Palestine
les soldats dans ton théâtre personnel - toi

qui invente toute une armée,
sois précise dans ta marche
M
par les heures des jours
par les semaines et les années
on m’a préparé une ligne de conduite
mon père, mon chef
des actes qui se mesurent et se vérifient - et d’autres pas.

Comment mesurer les caresses sur le visage
les bras des filles entre elles
enlacées elles chuchotaient, se caressaient le cou
à la recherche de leur féminité, ses signes
de l’or entre les plis de l’avenir
Quand A, entend ma demande qu’il caresse mon visage
ses paumes se déploient comme le mouchoir miraculeux de la servante chinoise
de la légende, qui la rendait plus belle
que son visage de guenon la pauvre
on peut toujours faire mieux.

Comment mesurer la hauteur de l’immense cerf volant
et l’aspiration des enfants vers lui
et l’intensité de la chaleur qui brûle la plante des pieds
sur des sables de margarine molle
traverser au pas de course le mini-désert
se brûler fort dans un soupir de plaisir
dans des chambres sombres froides aux plafonds hauts
quand la peau pèle et sous elle une nouvelle s’épanouit
et sous elle encore une peau belle pleine de courage
se dévoile entièrement réalisation de l’avenir
et c’est le bonheur


*

10

Et après l’été l’hiver
la plage “Sea Palace”
cachée chaque année comme un berceau dont l’enfant a encore grandi
des roues noires - les pneus du taxi de Youssef, le père de Berty
ces pneus sur lesquels nous flottions, flottions sur les vagues
comment cacher les raies de lumière qui nous enveloppaient
passages de lumière entre cieux et mer et retour jusqu’au coucher du soleil
nous jubilions et plongions dedans enfants du quartier “Divré Haïm” de Jaffa
riches et bronzés de promesse
prêts à affronter l’hiver dans leurs capes caoutchoutées
avec ouvertures pour les mains un magnifique capuchon à pointe et des bottes
sans confort avec des couches de chaussettes et du simple coton
j’étais parée pour prendre la route comme tout le monde
nous étudions alors Samson le héros Manoach c’était le nom de l’enfant
aux cheveux blonds platines, assise à côté de lui
j’arrivais à peine à cacher mon tremblement, mon admiration
son talent pour les rédaction et sa pensée claire
Manoach Manoach !
libère les mouches emprisonnées dans ton plumier elles étouffent
je l’implorais pour elles
et quand je soulevais le couvercle de bois en laque sans qu’il ne le voie
les mouches affaiblies s’envolaient vers leur pauvre liberté
et le beau Manoach était en colère et me pinçait le bras.
Et de toutes les filles j’étais Rebecca
avec mes coupons repas pliés dans la main pour l’épicerie
je m’exerçais à chanter juste devant le bon serviteur envoyé à la recherche d’une femme
pour le fils de son maître Isaac. Et dans le panier des bouteilles de yaourt quelques oeufs
Halvah du pain une boisson brune je chantais exactement ce que j’allais chanter en classe
sur ma tête un bandeau en coton blanc brodé de rouge sur les bords
une jarre dans la main : “Buvez monsieur, ma jarre est devant vous,
vous et vos chameaux”

gentille
fille
Rebecca

*

11

Pomme d’api
pomme d’api
pomme d’api
un shekel
un shekel
un shekel

aujourd’hui
aujourd’hui aujourd’hui
doux si doux rouge
rouge pour la pâque
et deux sous seulement chez nous
pomme d’api pomme d’api
deux sous deux sous
toute l’année et non pas un jour.

Des tréteaux de pommes d’api devant une base militaire à Tel Aviv
comme un parterre de pavots humide lisse
pour la fête de la Mimouna - presque
pour ces pommes d’api enrobées de rouge sang
prête à sortir le coeur joyeux nos enfants
de leur quotidien. S’arrêter, acheter et lécher
mais combien terminaient leur pomme d’api
jusqu’au dernier pépin de la pomme momifiée
combien s’obstinaient à continuer et atteindre
à travers la pulpe douce qui trompe
la partie aigre parfois pourrissante mais
réelle dont le goût reste dans la bouche
la capacité d’enquêter et vraiment je demande si l’homme
près des tréteaux a tout vendu aux soldats et aux soldates
et que veut dire pomme d’api ?
un mot resté fidèle à son rôle
à son monde - petit et si bien défini

et pour moi c’était son examen de passage
il a réussi le mot
po-m-me d’api

et tout cela je tiens à vous le dédicacer

maintenant je m’immergerai et l’eau
me couvrira et mon visage tourné vers le fond de la baignoire
et l’eau froide assombrie

*

Le palais de mon enfance se désagrège
entre cactus, ronces et ordures ;
Le palais de mon enfance se désagrège aujourd’hui
au soleil brûlant et à l’abandon
Le palais de mon enfance qui se désagrège
n’a déjà plus son importance.
Dans les chambres de mon palais qui se désagrège
une femme, ses filles et sa vie
au portail du palais de mon enfance qui se désagrège
elle est sortie vers moi et a ouvert devant moi
le palais de mon enfance qui se désagrège
je ne suis pas elle et elle n’est pas ma mère
et son chien aboyait comme si j’étais une étrangère
le grenadier a été déraciné
aux confins du palais de mon enfance qui se désagrège,
ma nudité nubile dans la baignoire du jardin dans des eaux ensoleillées
et le fils des voisins tout à fait par hasard
sur le mur du palais de mon enfance a regardé et a disparu.
Dans le palais de mon enfance qui se désagrège
une femme-miette face a elle - une femme-palais
et la mémoire du palais de son enfance qui se désagrège
pâlit et s’éteint
face à elle une femme-miette
et les murs du palais de l’enfance qui se désagrège


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