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Maurice Mourier

26 avril 2010

par Anne Mounic

Maurice Mourier, On se sent moins jeune par temps pluvieux. Images de Pascaline Mourier-Casile. Préface de François Lescun. Paris : Caractères, 2009.

« Oui, » écrit François Lescun dans sa préface, « ce livre grave et désenchanté est aussi un livre d’humeurs et d’humour. » (p. 10) Il se compose de six parties, aux titres plus ou moins graves : « Mzuh meuh est mort », « Les morts voyagent », « Monde », « Décompte les gouttes », « Ombres », « Ombre », et d’un Post-scriptum, où l’on apprend, dans un joyeux dialogue du poète avec une petite fille de douze ans que : « je scie la branche sur laquelle je suis en train de pleurer les, oui les dames que j’ai perdues, la branche casse, je tombe les quatre fers en l’air, tout le monde rit et moi aussi, ça m’empêche de me noyer dans mes larmes comme Alice, que tu connais. » (p. 76) Et la gamine de rétorquer, désappointée : « On n’a jamais de réponse nette avec toi. » Et Maurice Mourier, à ce point, exagère vraiment quand il insiste, pour définir la poésie, sur une absence de définition : « pas de réponse est la seule bonne réponse », mais il offre à la petite fille un dessert. « Faux jeton ! » pense-t-elle.

« A son âge, est-ce que je savais qu’il n’y a aucune vérité, sinon la mort ? » (p. 77)

Mais il y a, auparavant, tout le recueil et si « Tout depuis toujours perdu » (p. 13), il se prépare tout de même une « aube pure ».

« Il y a un mystère encore à jaillir sous la nacre
Une réserve de volupté toute lisse sous le doigt
Sous le terreau pensif une pousse qui s’évertue
Une future feuillaison enfermée sous la glace » (p. 15)

Et s’ouvre un chant épique, entre rire et larmes, une sorte de danse au rythme endiablé à l’ombre de la « couturière sans visage » (p. 59). On entend un cri, une plainte, l’écho d’une plaisanterie, mais « l’autrefois » entre ces lignes, comme un phénix prend son essor :

« Mais déjà l’autrefois ouvre ses ailes de pourpre
Jaillit en flammes et monte et se renverse
Rafales vous qui souriez
Jeu immobile de souffrances
Et de gel » (p. 59)

Dans un souffle unique et continu, Maurice Mourier se montre à la fois joyeux dans son empressement à dire, « paniqué » (p. 27) face à l’éphémère, et romantique quand il se confie à la « nuit obscure » (p. 51) :
« Puissances de la nuit je ne vous ai pas en vain évoquées
O vous qui me donnez la petite solitaire certitude
D’avoir place parmi vous
Qui me porte » (p. 50)

La dernière partie, « Ombre », se compose d’un seul poème, sorte d’apothéose du renoncement et de la « mélopée » :

« Quand trop tard fut venu pour toujours
Et que les portes formidables se mirent formidablement à trembler
J’entendais la vapeur de bronze
Il n’y avait plus de courage
Connerie
Seulement la trépidation bronzée des portes
S’ouvrant devant moi toutes seules
Tout seul devant moi dans ma maison vide » (p. 73)

La « souveraine » s’avance au même rythme que le chant dans une dernière résonance, un dernier appel à une subjectivité partagée :

« La souveraine s’avance à travers ton corps »

« Hélas ! blessure » s’écrie auparavant le poète (p. 50).


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