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Maurice Couquiaud, par Michèle Duclos

1er mai 2008

par Michèle Duclos

Maurice Couquiaud, L’éveil des eaux dormantes. Paris : Le Nouvel Athanor, 2007 (3ème édition).


Maurice Couquiaud fut de 1984 à 2001 le rédacteur en chef de la très belle défunte revue Phréatique. Il collabore désormais régulièrement, avec des articles de fond, à la revue Aujourd’hui Poème. Poète, essayiste, il place sa pensée et la fonction de la poésie sous le signe de l’Etonnement.
On est frappé d’emblée par la variété de sa thématique. Les premiers poèmes sont dédiés à l’astrophysicien, aussi poète, Jean-Pierre Luminet, puis invoquent l’immense poète mystique Novalis, géologue de profession,. De même que Phréatique se présentait comme une « revue trimestrielle du groupe de recherche polypoétiques (GRP), abordant des disciplines aussi éloignées au départ que l’art, la philosophie, la science et la sémiologie, Couquiaud manifeste dans ses premiers poèmes la volonté de traduire, par le brassage des métaphores, une unité ontologique chère aux scientifiques penseurs contemporains ; l’humain et la nature se répondent, vent, eau, pierre : ce que traduit une prosodie souplement rythmée qui recourt à la rime sans s’y asservir et sait éventuellement s’en affranchir :
« La mer parle en bleu avec les mots du ciel » (p.18)
Le mariage de la pensée scientifique et de la poésie est ainsi célébré, avec une priorité accordée à l’art :
« Le chant de l’univers n’habite pas son métronome.
Il vibre avec la plume, l’archet, la corde et le pinceau.
Le poète et le musicien peuvent reconstituer l’homme
dans une résonance…. à partir du chaos. »
La nature semble narguer l’homme dont « l’ordre cubique massacre les rondeurs/ décapite les sphères et garde à vue les bulles. » (p.32)
« Abandonnées par des hommes déboussolés,
Les ruines sont cultivées par les plantes du vent,
celles qui n’ont personne pour les éduquer. » (p.30)

Plus loin dans le volume, avec une thématique plus personnelle, le ton sérieux cède à l’humour, dans des « Confidences au mur de mon jardin ». (p.25) En tout cas il y a refus de « l’idéologie de la pesanteur » (p.32)

Couquiaud retrouve sans emphase la fonction romantique de la poésie et du poète qui
« …cultive les appels soucieux/ de tout ce qui fait signe et réunit. » (p.57)
« Une visite à l’inconnu me régénère.
J’y trouve avec des mots à moudre
un levain silencieux pour des étincelles » (p.58)

Enfin nous découvrons un poète formé dans le christianisme, qui dit, « Les doigts sur la plaie », son souvenir, enfant, de la défaite qui lançait les foules de civils sur les routes mitraillées par l’envahisseur, et l’enfant sur son lit d’hôpital.
omme en conclusion, à nouveau sa vocation de poète :
« Un jour d’orage et de douleur,
Il a rêvé qu’il soldait la mer
Pour offrir à ses mots l’asile des profondeurs,
…élargir pour eux les plages de la lumière ». (p.73)


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