Temporel.fr

Accueil > à l’oeuvre > Martine Blanché, poèmes

Martine Blanché, poèmes

24 septembre 2017

par Martine Blanché

Le jardin piétiné

La fleur de pomme de terre dans l’allée craquelée
La tige rougissante de la grasse rhubarbe
L’épine luisante du rosier de velours
Le clapotis de la tonne mousseuse
L’arrosoir en fer-blanc dégorgeant l’eau de pluie
Le buis odoriférant au coin du parterre de pierre
La fraise sauvage tapie à l’ombre du groseiller
Le chat tigré aux yeux de braise jouant entre les jambes
L’oreille chatouillée par les bourdonnements d’insectes
La paille piquante pour la caresse du lapin au clapier
Le balancement du perroquet bigarré au cœur des giroflées
La fringante cigogne en guise d’épouvantail et de girouette
La binette accrochée tête-bêche au trident de la fourche
Les étaux endormis dans l’odeur du cambouis de l’établi
La vigne vierge longeant la palissade rongée par la rouille
Les voluptueux bégonias de la véranda au verre dépoli
Le nid de poule sous l’escalier menant à la grange poussiéreuse
La cigarette dérobée au pied du muret dans le chemin creux
Un bref coup de feu dans la frondaison du vieux haut poirier
Rien ne saurait altérer la patine dorée de ces vertes années.

E.

Le clapotis de la fontaine bouillonne de fraîcheur
La rouille gonfle le tuyau jusqu’à l’embout
Un rideau se détache dans l’opacité de la vitre
Un encorbellement clame les devises d’antan
Le figuier coupé ne fait plus d’ombre
L’inclinaison de la cave écorche le genou
L’arête du pavé fait souffrir la cheville
Une odeur sablée de poussière accompagne le pas
Un banc regarde passer le temps
Les vierges aux yeux creux découvrent désabusées
La lampe à huile retournée sur leurs rêves de parure
La madone montre ses entrailles au passant intrigué
Un dernier tour de ronde toujours recommencé
Comme l’aiguille de montre balaie les contours d’une vie
Pleine de surprises.


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page