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Martine Blanché, poèmes

26 septembre 2011

par Martine Blanché

Deux poèmes

La muse de Brancusi

Le masque de bronze
Incliné comme la lune
Sous l’arcade de l’œil
A la fois clos et ouvert
La douceur souriante
D’un paysage coquillage
Galet étiré au poli infini
Le front ratissé jusqu’au nœud de la nuque
Les fines narines humant l’air de la mer
Sirène assoupie au visage vénusien
Au vague sourire esquissé de doutes
Sereine jusqu’à l’avènement du temps
La joue tournée vers un nouveau souffle
L’accueil d’un baiser de rosée au réveil
Les caresses d’une nuit d’été vermeille
Danseuse au repos détachée de son corps
Sur le point d’affronter tout le feu stellaire
Le cheveu tiré
Le menton fier
Pierre angulaire
Abandonnée
Emergente
Contre vents et marées
Envers et contre tous.
13/7/2011

***

Hoi An ou le fil de soie

A la lueur du lampion s’ouvre la pénombre de la cour intérieure d’une maison-tube
Sous la charpente de bois parfumé par les envoûtants effluves d’herbes médicinales
Comme une jonque échouée près du pont couvert gardé par ses deux chiens de pierre
La pâte de riz rosit sur l’étendoir de bambou dans la nostalgie d’une terrasse coloniale
Devant le portique un cyclo-pousse prend un reflet de papillon de soie et de céramique
Mué en fragile insecte sous le fardeau des offrandes destinées à la Déesse de la mer
Dont les boucles dragon s’entortillent en spirales d’encens autour d’un pilier d’antan
Dans le mugissement impétueux des flots et l’écho désespéré des marins disparus
Près de l’urne incinératrice des vœux pieux de papier dédiés à l’esprit des ancêtres
A l’heure où se replient les éventaires comme la feuille de bananier sur le riz gluant
L’échoppe du barbier referme ses miroirs sur la rivière d’argent
La fête s’empare de la rue quand s’assombrit l’ocre des façades
Pour battre son plein après la riche récolte des derniers grains.
20/08/2011


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