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Martin Rodan, par Fernande Bartfeld

23 avril 2016

par Fernande Bartfeld

Martin Rodan, Camus et l’antiquité. Berne : Peter Lang, 2014.

A première vue, l’antiquité dans l’œuvre de Camus ne paraît pas constituer un aspect majeur de son œuvre, mais à lire le livre de Martin Rodan, Camus et l’antiquité (Peter Lang, 2014) [1], on est vite persuadé du contraire. Issu d’une thèse de doctorat d’Université, le livre a été mûri au cours de quelques années de réflexion. Il conserve néanmoins certains traits du travail d’origine : la division en trois parties (« Première partie : Les études, les commentaires, les inspirations » « Deuxième partie : Les essais philosophiques » « Troisième partie : La création artistique » ), mais aussi la rigueur de l’argumentation et de l’information.

Mais qu’entendre par antiquité ? On pense évidemment à l’antiquité gréco-romaine, mais Martin Rodan y adjoint le monde biblique et c’est là une originalité notoire qui se traduit par l’élargissement du champ de cette étude déjà dense. L’auteur remarque que les titres des « essais évoquent souvent les mythes grecs, on le voit avec Le Mythe de Sisyphe, ‘Le Minotaure’, ‘Prométhée aux enfers’, et ‘L’Exil d’Hélène’. Les titres de récits et de nouvelles évoquent souvent des titres bibliques comme ceux de La Chute, l’Exil et le Royaume, Le Premier homme, ‘La Femme adultère’, ou ‘Jonas’. » (p. 62)

On s’aperçoit aussi que Camus, à ses débuts, avait besoin de guides, de passeurs. On sait le rôle que joua pour lui son maître Jean Grenier. C’est lui qui lui fit connaître Nietzsche qui lui-même lui fit connaître l’Antiquité : « On peut dire avec une certitude presque absolue que le premier philosophe qui suscite l’admiration de Camus pour l’Antiquité est Nietzsche. » (p. 9) Mais ce qui étonne davantage c’est que ce soit un passeur d’origine bretonne, Jean Grenier, qui ait désigné la Méditerranée à son admiration alors que Camus la connaissait et l’aimait depuis sa naissance : « Il est indubitable que l’auteur des Iles et des Inspirations méditerranéennes a eu un rôle certain dans l’admiration qu’a développée Camus pour la Méditerranée. » (p. 16) Il n’empêche que Camus sut aussi prendre ses distances et élaborer « sa propre conception » de la Méditerranée. (ibid.)

Ajoutons que le livre ne manque pas de réflexions suggestives, comme par exemple celle-ci :

Pour lui, le sens de l’Histoire, comme celui de la vie individuelle, se résume à un combat incessant, sans issue définitive, entre d’un côté l’esprit de vérité et de fraternité, et de l’autre côté les illusions que nous dictent les idoles et les églises temporelles. (pp. 84-85)

En somme un livre qui a clairement sa place dans une bibliothèque camusienne.

1 Il convient de mentionner, sur le même sujet, le livre de Benoît Quinquis, L’Antiquité chez Albert Camus, Caligula, La Peste et La Chute. Paris : L’Harmattan, 2014.

Notes

[1[Ce qu’on sait moins, c’est que l’idée d’écrire sur St Augustin et le néoplatonisme lui vint probablement de son maître qui avait consacré une étude à]


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