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Léon Bloy, par Jean-Marie Paul

23 avril 2018

par Jean-Marie Paul

Léon Bloy : sainteté et mystique

Léon Bloy est né à Périgueux en 1846, année des apparitions de Notre-Dame-de-la Salette, année aussi de la naissance de Lautréamont. Ce sont des coïncidences pour le commun des mortels, mais Léon Bloy méprise ces figures populaires du hasard qui relèveraient pour lui plutôt de la superstition. A ses yeux, tout a un sens, une cohérence difficilement déchiffrable par les hommes de son temps qui ne savent que prendre connaissance au jour le jour avec une curiosité puérile des événements tapageurs qui font la une des journaux. Au contraire, les rapports secrets entre les événements décisifs pour notre histoire et notre salut n’intéressent pas la plupart des hommes qui se refusent à admettre qu’ils prennent place dans un plan divin auquel rien n’échappe. La cohérence, dont Bloy est constamment en quête, est symbolique, elle est comme une énigme se dévoilant à l’homme de prière appelé à connaître parce qu’il s’obstine à découvrir les signes qui, en dépit du mépris et de l’hostilité quasi universels, sont des initiations et des révélations qu’il faut savoir mériter puisqu’elles ne sont pas données à tous. Bloy est mort à Bourg-la-Reine le 3 novembre 1917 quand la guerre faisait encore rage. Il n’a donc pas connu la victoire de la France qu’il avait ardemment désirée.

Les Histoires désobligeantes, dont nous parlerons en premier lieu au mépris de la chronologie, est apparemment un des textes les plus accessibles par la brièveté de chacun des récits et la forme narrative qui rappelle souvent Barbey d’Aurevilly. Ces « histoires » sont « désobligeantes » en ceci qu’elles visent à déconcerter le lecteur, à le choquer en heurtant brutalement ses croyances ou ses idées reçues sur les hommes et les hiérarchies sociales. Elles ont donc une visée didactique inhérente à l’étonnement qu’elles veulent provoquer. Elles ont pour objet une conversion qui ne serait pas encore la conversion à la foi catholique parfois obtenue par Bloy, jusqu’après sa mort, mais une conversion critique qui changerait le regard sur le monde et permettrait de ne plus être dupe de ses artifices malins.

Dans une de ces histoires, La Fin de Don Juan, Bloy énonce cette vérité toute simple, mais qui retrouve toute sa prégnance en étant prise au pied de la lettre, comme il entend que l’on lise tout texte et, en premier lieu, les Ecritures : « On ne saura jamais le nombre des gens qui sont autre chose que ce qu’ils paraissent aux yeux des contemporains » [1]. Les Captifs de Longjumeau paraît placé sous le signe du hasard dans sa forme la plus caricaturale. On y rencontre un couple qui ne demande qu’à voyager et à rendre visite à des amis. Malheureusement une circonstance imprévisible l’en empêche chaque fois au dernier moment. L’histoire pourrait se résumer à de plaisantes anecdotes si la malheureuse fatalité était innocente, ce que Bloy ne croit évidemment pas. Ce couple ne veut pas quitter la sinistre ville de Longjumeau. Le hasard se résume à des actes manqués qui auraient réjoui Freud. Ils sont l’expression d’un choix, ridicule ou non, peu importe, mais qui engage la responsabilité de l’homme, quel que soit le terrible pouvoir de Satan. [2] Dans La Tisane, une veuve vivant dans le souvenir de son mari, n’a d’autre souci que l’éducation de son enfant auquel elle voue une affection touchante de chaque instant. Bloy accumule les notations qui font d’elle une mère idéale. Fortuitement, son fils l’entend avouer à son confesseur, car elle est aussi bonne chrétienne, qu’elle a « mis du poison dans sa tisane ». Il comprend bientôt que c’est lui la victime de cette attention. Quand il s’effondre aux pieds de sa mère, terrassé par le poison, celle-ci, enfin libre de retrouver son amant, dit son soulagement dans un « Enfin » pathétique. Bloy nous apprend encore que la maison qui fut le lieu du crime appartient à un entrepreneur de démolitions. [3] C’est un clin d’œil au lecteur. [4]

Ce sont là les ravages de Satan, car le surnaturel, dont les manifestations sont attestées, n’est pas le propre exclusif de Dieu. Jusqu’au jour du Jugement dernier, Satan règne sans partage, sauf intervention miraculeuse, sur cette terre désolée, ce qui ne disculpe pas l’homme dont Bloy concilie la liberté, sans s’attarder exagérément sur les problématiques philosophique et théologique, avec la toute-puissance satanique. Bloy rencontre et affronte Satan à chaque pas. Il ne le voit jamais mieux qu’en son absence, ou plutôt quand sa présence est très mystérieusement dissimulée. Dans La Religion de monsieur Fleur [5], le personnage principal, sinon unique, cultive avec une rigueur quasi scientifique une avarice sordide dont il est apparemment la première victime à chaque instant d’une existence misérable qui soulève le dégoût et un profond mépris puisque l’on sait bien que monsieur Fleur est riche. Par un renversement des plus radicaux dans l’œuvre de Bloy qui en est pourtant féconde, renversement dialectique, peut-être même rhétorique, diraient ses contempteurs, tandis que ses admirateurs ne retiendront que le symbolisme, l’argent devient apparemment le « Rédempteur » qui délivre son possesseur M. Fleur de tous les péchés, tentations et turpitudes inhérents à la condition humaine. Et pourtant, il le juge tellement abject que depuis trente ans il répugne à le toucher et reçoit la « monnaie » de ses locataires dans une précieuse cassette en bois d’olivier « qui a touché le tombeau du Christ ».

« Je suis, si vous voulez le savoir, un pénitent de l’Argent ». Et l’avare insurpassable poursuit sa confession à l’intention du narrateur par cette nouvelle profession de foi : « J’enfouis mon argent dans le Sein des Pauvres ». M. Fleur nourrit en effet environ deux cents familles dont chaque membre le considère comme une « canaille ». Il a fait de l’argent qu’il accumule pour mieux le prodiguer et qui donne de lui une image répugnante le médiateur scandaleux de sa rédemption.

La leçon, quel que soit le symbolisme dont elle se prévaut, n’est pas sans susciter quelques interrogations au point que Bloy, dans la posture du narrateur, ne s’en réclame pas et prend la distance qui convient au rôle qu’il joue. C’est en s’humiliant, en suscitant le dégoût jusque dans les loques, à moins que ce ne soit des oripeaux, dont il s’enveloppe ou s’affuble que M. Fleur entend faire son salut. L’innocence de Job ne le protège pas des calamités qui fondent sur lui mais Job n’a pas prémédité sa déchéance matérielle. Il lui arrive même de récriminer quelque peu. M. Fleur calcule ou pèse au poids de l’or ou de l’argent son horrible misère. Quand il prodigue son argent, ce « pénitent de l’Argent » le place et l’investit dans « le Sein des Pauvres « . Cette sotériologie, qui brusque les « Paroles Saintes », a de quoi décontenancer le narrateur apparemment navré – et tout bon chrétien, espèce dont Bloy doute, il est vrai, fortement de l’existence.

M. Fleur souhaite aussi que son secret soit un jour révélé, comme s’il en attendait une réhabilitation et l’on ne doutera pas que la démesure des humiliations qu’il s’inflige est un signe d’orgueil extrême. Les hommes qu’il faisait vivre le tenaient pour une « canaille » ; « tellement il était malin ». M. Fleur est une créature satanique monomaniaque qui s’imagine travailler à son salut en vouant à l’argent un culte idolâtre. L’histoire de M. Fleur est celle d’une tentative d’escroquerie ourdie par Satan pour se jouer du Christ. Le personnage affecte de ne pas vouloir toucher l’argent déposé dans la précieuse cassette mais, par l’origine sacrée de celle-ci, son geste est une profanation. Quand le narrateur écoute sa confession, il croit entendre galoper au-dessus de lui « toute la cavalerie des abîmes ». Si Bloy pense que la pauvreté est une marque d’élection, elle ne peut l’être que par la vertu de la souffrance injustement infligée et humblement supportée. Il ne reste au crédit de M. Fleur que cet entretien de deux cents familles, fût-ce avec de hideuses arrière-pensées.

Malgré les épreuves d’une vie tourmentée, il n’y a pas dans l’œuvre de Bloy de solution de continuité manifeste. En écho à M. Fleur, Bloy pose dans sa conclusion de Le Sang du pauvre  : « Le seul monstre de l’Avarice déconcerte la raison » [6]. De ses premières années parisiennes, où il lut des auteurs révolutionnaires, Bloy a conservé une forme de positivisme, un culte des faits dont il n’entend pas démordre, ce qui n’est nullement contraire à sa détestation du positivisme, qui ne reconnaît pas les faits dont s’enrichit la dévotion du chrétien authentique. Mais quand il s’agit de la misère dévastatrice du corps et de l’âme qui afflige, certaines catégories de la population, les ouvriers, les miséreux que le travail fuit, les prostituées, qui n’ont pas eu la chance de naître riches, les orphelins, les enfants innocents travaillant comme des esclaves, sa vision de la société n’est pas très différente de celle des écrivains révolutionnaires, bien qu’il exècre la révolution, et fait penser à Proudhon (qu’il voue aux gémonies), voire à Marx. Il va de soi cependant que les imprécations de Bloy ne sont pas sous-tendues par une doctrine économique qui se voudrait scientifique, mais nourries d’une mystique qu’il oppose à ses contemporains obsédés par les intérêts du monde. Cependant Bloy, au fil des pages, fait défiler toutes les catégories de la population, le bourgeois exécré, y compris le petit bourgeois, le riche, qui possède une meute de quatre-vingts chiens, tout comme le commerçant calculateur qui débite sa marchandise en trichant sur le poids et le prix, tout ce beau monde prétendant être chrétien, comme le prêtre propriétaire, être par définition ignominieux et qui ne saura jamais que sa seule existence insulte le Christ. Et de qualifier les « prêtres mondains » en reprenant une expression de la Vierge aux Sept Glaives, de « cloaques d’impureté » [7]. Pour choquer, Bloy n’a qu’à se laisser aller, en toute franchise : « Je me suis demandé souvent quelle pouvait être la différence entre la charité de tant de chrétiens et la méchanceté des démons  » [8].

Ses solutions ou plutôt ses appels à la conversion sont d‘une simplicité littéralement évangélique. Bloy fait partie de ces rêveurs qui pensent que « chaque homme devrait avoir un toit » et un « modeste champ ». Et de dire son mépris pour les pseudosciences qui ne sont nullement désintéressées : « Ces braves gens ne connaissent pas la science économique. Ils ignorent ce mécanisme si profitable à quelques-uns, au point de croire que tout devrait être mis en commun de même qu’aux premiers temps du christianisme » [9]. S’il fallait absolument qualifier ce type de réflexions, on serait tenté de parler d’anarchisme chrétien, en ayant garde toutefois d’oublier que Bloy quand il explique l’Histoire et en premier lieu celle de la France est un tenant de l’Ordre dont l’origine est en Dieu. Dans notre société prétendument chrétienne, nous dit Bloy en citant Job, « habite l’ombre de la mort, où il n’y a pas d’ordre, mais une éternelle horreur » [10]. Sa vision du monde est faite d’antithèses implacables.

Au spectacle des vices de la société, qui se nourrit en ses membres les plus riches des désordres sataniques qu’elle engendre, il a des illuminations, des jaillissements de la plume. Mais sa révolte est d’une violence déplacée dans les milieux littéraires, ce qui est certainement une des causes de la conspiration du silence dont il pense, non sans raison, avoir été victime. Les révolutionnaires, qu’il méprise, entre autres crimes dont il ne leur fait pas grâce, parce qu’ils sont en rupture avec l’histoire de la France, ne trouveraient rien à redire à ce cri de colère impatiente, sauf son appel à Dieu, qui en est l’explication ultime : « Ce qu’il y a de plus incompréhensible au monde, c’est la patience des pauvres, médaille sombre et miraculeuse de la Patience de Dieu dans ses palais de lumière. Quand la souffrance a été trop loin, il semble que ce serait pourtant bien simple d’assommer et d’éventrer la bête féroce » [11].

Nous retrouvons ici la détestation de l’argent : « Les avares sont des mystiques ! ». L’argent est pour l’avare « la figure visible du Christ circulant dans tous ses membres » [12]. Mais il n’est pas que la thésaurisation de l’avare qui offense Dieu. Son gaspillage à des fins indécentes ne vaut pas mieux. Compatissant pour les prostituées, qu’il brûle du désir de convertir, Bloy s’en prend à la coquette qui « attise » la convoitise des hommes en exhibant « sa blanche viande à sépulcre où frémissent des bijoux pareils à des vers » pour avoir bonne conscience dans des fêtes de charité et « se faire adorer des imbéciles » [13]. Le procès est celui d’une alchimie diabolique. Dans le « système de la sueur » le travail du Pauvre, grandi par la majuscule qui désigne le Christ, sa peine, sa douleur, littéralement son sang quand un pêcheur de perles est haché par un requin sont convertis pour un petit nombre en richesses frivoles. [14]

Bloy se délecte souvent à détailler humeurs, sanies ou autres putréfactions et matières malodorantes ou suintantes qui sont le signe extérieur de la décomposition de l’âme : « Le sang du riche est un pus fétide extravasé par les ulcères de Caïn » [15]. Même Bloy ne saurait en dire plus. Or ce sang a été nourri de celui du Pauvre, identifié à celui du Christ, par la médiation de « l’eucharistique argent qu’on boit et qu’on mange » [16]. La métamorphose qu’accomplit l’argent en transformant le sang du Pauvre en sang du riche est une transsubstantiation, mais c’est une transsubstantiation satanique, une eucharistie diabolique, une profanation extrême du sang du Christ. Elle dit pourtant la vérité de notre monde, des lois de la société et des hommes qui gouvernent les autres. La réalité, pourvu qu’on s’efforce de la déchiffrer avec l’œil du pénitent instruit par Dieu, dit le surnaturel, et le surnaturel dit la réalité. Nous ne comprenons rien à celle-ci si nous nous contentons de l’observer d’un point de vue purement phénoménologique mais nous n’accédons pas au surnaturel si nous n’observons pas la réalité sans complaisance pour dévoiler son sens caché et mystérieux. La réalité ne se révèle qu’au mystique qui accepte de la voir telle qu’elle est. La mystique de Bloy se construit dans un échange incessant entre le réel, tel qu’il le voit, et le surnaturel que lui désignent les deux Testaments et la tradition de l’Eglise, qui n’est pas celle de ses prêtres. Contre toute évidence, ont pensé nombre de ses contemporains, il se défend d’avoir noirci le spectacle du monde. En conclusion, il nous livre ce témoignage certainement authentique : « Votre livre, m’a dit un malheureux, n’est rien auprès de la réalité » [17].

Passant d’une exploitation à l’autre, Bloy s’en est pris aux guerres coloniales (qui dans le cas du Transvaal opposaient les Anglais aux descendants d’autres nations européennes). Il note à propos très vraisemblablement de la Cochinchine et du Tonkin, mais la constatation en accord avec l’observation du fait attesté s’applique à d’autres territoires ou d’autres sujets démontrant directement le mépris de l’homme pauvre ou différent : « J’ai devant moi des documents, c’est-à-dire tels ou tels cas. On pourrait en réunir des millions […]. J’ai su des histoires à faire sangloter les pierres » [18]. La mystique bloyenne est enracinée dans le Verbe mais nourrie des horreurs du monde. Par la violence des constats et des annonces, elle emprunte plus aux prophètes de l’Ancien Testament qu’aux Evangiles et au Sermon sur la Montagne. Dans l’antre des villes ou aux colonies, c’est « toujours la même espérance unique pour la même désolation infinie ». Mais c’est aux colonies « qu’il n’y a rien à espérer des hommes » [19].

A plusieurs reprises, dans Le Sang du Pauvre, Bloy donne Christophe Colomb en exemple. Il a été un chrétien admirable dont la vertu fut bafouée. En s’effaçant respectueusement derrière le Comte Roselly de Lorgues, Bloy travaille dans Le Révélateur du globe à la glorification de Christophe Colomb, appelant à la béatification de celui qu’il élève au rang d’« un des hommes les plus grands qui aient jamais existé, s’il n’est pas même le plus grand » [20]. Le titre dit déjà un des mérites incomparables du grand navigateur génois. Christophe Colomb, dont Bloy glose longuement sur le nom (mais pour lui qui ne croit pas au hasard l’association du prénom et du patronyme est à elle seule un signe d’élection), a découvert la moitié de l’univers qu’il a offerte au Christ avec l’intention ferme et désintéressée de délivrer ses habitants de leurs rites païens sanguinaires pour les élever jusqu’au christianisme. Christophe Colomb n’est donc pas un conquérant brutal mais un missionnaire, « un homme de Dieu » [21] « La Mission démontrée de Christophe Colomb, précise Bloy, humiliait en plusieurs points essentiels le dogmatisme scolastique d’une exégèse inflexible où la Lettre des Saints Livres étouffait l’Esprit du Seigneur » [22]. On s’étonne un peu, Bloy se réclamant si souvent d’une lecture littérale des Écritures en suspectant tout écart de compromission ou d’hypocrisie. Contre de nombreux hommes d’Église et exégètes, entre autres les « prêtres mondains », il n’a pas eu de mots assez durs, comme Pascal qu’il ne cite pas, pour la distinction entre préceptes et conseils. Mais ce qu’il reproche ici à l’École est d’un autre ordre. La scolastique a procédé à une construction systématique rationnelle qui a dilué le message divin et aurait ouvert la voie à une rationalisation profane. Autrement dit : les grands systèmes ou sommes qui associent la raison et la foi pour mieux protéger celle-ci des assauts de ses adversaires en les affrontant sur leur propre terrain débouchent sur une postérité exclusivement rationalisante, « jusqu’à l’infâme fumier du dix-huitième » [23]. Bloy parle souvent en adepte fervent de la théopneustie.

En Amérique, Satan « règne en patriarche sur la multitude des affreux enfants de la liberté humaine ». Bloy a été obsédé par le pouvoir de Satan qu’il a abondamment authentifié au long de son œuvre, tout en s’efforçant de l’expliquer en accord avec les illuminations de sa foi et tout autant, sans doute, les expériences de son existence : « Satan est assis sur le haut de la terre, les pieds sur les cinq parties du monde et rien d’humain ne s’accomplit sans qu’il intervienne, sans qu’il soit intervenu et sans qu’il doive intervenir […]. Satan n’a que ce que Dieu lui donne et Dieu lui donne tout … à la réserve de la liberté de l’homme » [24].

Il fallait le désert spirituel des terres d’Amérique pour que Bloy formulât sa doctrine d’une manière aussi tranchée mais en accord avec des certitudes qu’il avait maintes fois exprimées. Il y revient, dans le sillage du biographe de Christophe Colomb, en opposant « le surnaturel divin et son corollaire, le sous naturel diabolique » [25]. Ce « sous naturel » n‘en est pas moins surnaturel par sa toute-puissance dans la vie des hommes jusqu’à ce qu’il prenne fin au dernier jour, que Bloy appelle de ses vœux.

François s’est souvenu de ces pages dont le souvenir qu’il en a livré, magnifié par le prestige de la fonction pontificale, le 14 mars 2013, dans sa première homélie, a certainement contribué à un regain d’intérêt pour l’œuvre de Bloy, bientôt renforcé par la commémoration du centenaire de sa mort : « Quand nous ne parlons pas à Dieu ou pour Dieu, c’est au Diable que nous parlons et il nous écoute… dans un formidable silence » [26]. Toute sa vie, Bloy a parlé à Dieu tout en côtoyant à chaque instant le Diable, dont il avait besoin de pénétrer les mystères pour mieux se tourner vers Dieu. Le Désespéré  [27] en porte déjà témoignage. S’il est obsédé de Dieu, Bloy l’est aussi du Diable. L’un ne va pas sans l’autre. Bloy traque ses artifices aussi habiles que misérables à la manière d’un policier. [28] Sans doute, ses arguments sont-ils marqués, malgré la finesse de l’analyse psychologique, par un certain anthropomorphisme. On retiendra cependant cette synthèse impeccable : « Antagoniste perpétuellement armé du Père tout-puissant et contradicteur merveilleusement exact de tous ses conseils, il oppose sans relâche à la Miséricorde infinie qui récompense un simple verre d’eau, l’irréprochable sollicitude d’une haine qui s’efforce de déshonorer jusqu’à nos larmes » [29].

« L’Esprit du Mensonge » a été l’infatigable adversaire de la béatification de Christophe Colomb. [30] Celui-ci la mérite pour avoir apporté au Christ la moitié de l’univers que les hommes se sont empressés de rendre à Satan. Le navigateur génois voulait qu’on lui donnât pour compagnons de pieux chrétiens à vocation missionnaire. On a ouvert tout grand les portes des prisons pour libérer des serviteurs du Diable qui se sont empressés de devenir des ennemis acharnés à la perte du « révélateur du globe » et des Indiens que Christophe Colomb voulait protéger et convertir par la Parole, « vocation d’apostolat dans les enfers » [31], s’il en est. Dans le rappel de cette histoire Bloy est à peine moins sévère pour Isabelle la Catholique que pour Ferdinand. L’échec de Christophe Colomb est vite résumé : « Il s’agissait bien de conquérir des âmes, en vérité. D’ailleurs, puisqu’on était chez le Diable, il n’y fallait pas tant de façons, tout était bon à prendre et les infortunés Indiens devaient s’estimer trop heureux d’être asservis et massacrés par une race supérieure ! » [32].

Cette détestation de la colonisation en 1884 sous le gouvernement de Jules Ferry n’allait pas de soi, ce qui ne risquait pas de contrarier Léon Bloy. Elle ne faisait certainement pas l’unanimité dans l’Église. Cependant Bloy a fréquemment invoqué Pie IX [33] pour son combat en l’honneur de Christophe Colomb qui s’accorde à un rejet de la modernité que tant de grands écrivains, chrétiens ou non, ont partagé en communiant dans un pessimisme qui a envahi le XIXe siècle [34] et imprègne aussi Le Désespéré.
La célébration de grandes figures qui ont changé l’Histoire en étant les agents de la Providence, telle que Bloy la déchiffre dans ses messages et interventions miraculeux, n’est pas étrangère au zèle qu’il déploie pour faire avancer la cause de la béatification de Christophe Colomb. Les grandes figures que Bloy révère ont changé l’Histoire. Il a célébré aussi Napoléon, [35] non sans quelques remontrances, et Jeanne d’Arc, la guerrière et la sainte, en glorifiant chez elle la ferveur patriotique et l’ardeur de sa foi en Dieu, et aussi en elle-même. Jeanne a été élue par Dieu, ses voix en témoignent et ses dons de divination. Les complots ourdis par l’Eglise pour la perdre sont un autre signe de son élection. L’image de Jeanne chez Péguy est semblable, celui-ci soulignant seulement plus nettement la modestie de ses origines à laquelle s’accorde une simplicité parfaite malgré des victoires qui défient la raison et, au pire moment des épreuves, un éphémère moment de faiblesse dont elle se relève plus forte encore. Bloy et Péguy se rejoignent aussi dans une commune détestation de l’argent qu’exige leur compassion pour le simple et le déshérité. Tous deux se singularisent encore par leur méfiance envers l’Allemagne, solidement enracinée dans l’histoire contemporaine. Il s’est trouvé que Bloy déménagea 7, rue André Theuriet à Bourg-la-Reine dans une maison précédemment habitée par Péguy dont le confort modeste le changeait des nombreux galetas qu’il avait naguère hantés. Péguy, qui n’avait pas grande sympathie pour Bloy, n’y aurait pas vu une des ces « coïncidences providentielles » auxquelles celui-ci croyait fermement » [36].
Jeanne d’Arc et l’Allemagne fut publié en 1915. Cette date explique que l’Allemagne et non l’Angleterre soit la cible principale du courroux de Bloy. Mais la Première Guerre mondiale n’explique pas tout. Bloy pense que Luther, l’ennemi de Dieu par excellence – de même que pour Luther, le pape est l’Antéchrist – a imprimé sa marque à l’Allemagne qualifiée de « plus sale peuple de la terre » [37]. Jeanne est Lorraine et Bloy, tout comme Péguy, n’a nullement oublié la guerre franco-allemande de 1870-1871, à laquelle il a participé valeureusement, alors que beaucoup d’écrivains et de penseurs français avaient entretenu un véritable mythe de l’Allemagne, patrie de Goethe et de Schiller. Ce mythe n’a pas disparu totalement avant 1914, notamment chez les hommes politiques. Gustave Hervé disait préférer être gouverné par le Kronprinz que par des patrons français. Il ne tarda pas, il est vrai, à se raviser radicalement. Le nationalisme était plus virulent chez les intellectuels allemands qu’il ne l’était en France. Max Scheler, qui est resté un philosophe reconnu, écrit que si la cathédrale de Reims pouvait parler, elle dirait son bonheur d’avoir reçu des obus allemands [38]. Mais l’on pourrait citer l’exemple encore plus prestigieux de Thomas Mann et les Considérations d’un homme étranger à la politique, dont les réflexions suivent passionnément le cours des événements. [39]
Bloy a médité ce bombardement de la cathédrale de Reims qui vient lui apporter la confirmation de ses certitudes. Il en fait une lecture surnaturelle et il accuse, bien entendu, l’Allemagne, ce qui n’est guère contestable, « l’orgueilleuse et féroce Allemagne », qui a répandu des « cataractes de sang ». Il accuse tout autant « la surdité criminelle » de l’archevêque de Reims, « membre du Sacré Collège », mais surtout « contempteur et persécuteur de la Mère de Dieu, qui avait pleuré contre lui sur la montagne de La Salette ». Et il accumule les preuves historiques de sa lecture mystique. Reims est « la capitale de Jeanne d’Arc ». L’« abominable immolation » a eu lieu « le 68e jour anniversaire de la célèbre apparition, à la même heure où s’était accompli le Miracle et dans les mêmes circonstances liturgiques ». Bloy y voit « le signe d’une Colère » [40] apparaissant dès lors comme la manifestation d’un châtiment divin qui réduit le diabolique au rang de simple instrument. Mais Reims et sa cathédrale catholique, à une époque où Thomas Mann dans l’ouvrage précédemment cité justifiait et célébrait des crimes de guerre tels que le torpillage de paquebots de croisière, étaient par leur passé séculaire une illustration de la grandeur et de l’arrogance de la France, pensaient les Allemands, qui en faisaient une cible rêvée pour l’état-major et lui interdisaient tout scrupule. Rien n’empêchait Bloy d’intégrer cette lecture tristement historique à sa vision surnaturelle d’un déchaînement apocalyptique.
Le nationalisme de Bloy est indissolublement historique et mystique : « La France intégrale, homogène, la France géographique, telle qu’on la voit depuis trois cents ans, était nécessaire à Dieu, parce que, sans elle, il n’eût été et ne serait pas complètement Dieu » [41]. Mais Jeanne l’incarne d’une manière incomparable, miraculeuse : « Au sens mystique le plus profond, la vraie femme, l’unique femme est nécessairement la Vierge et la Virginité parfaite est le tabernacle du Saint-Esprit. […] La Vocation de la Pucelle apparaît alors comme le prodige des siècles, le plus haut miracle depuis l’Incarnation » [42]. Jeanne incarnait « cet élixir de longue vie et de jeunesse éternelle qui étonna les Anglais. Il fallait que cela n’existât plus et que Jeanne fût tuée de nouveau, si c’était possible encore » [43]. Jeanne est encore sainte par ses dons de prophétesse [44], la prophétie étant le signe d’élection par excellence dont il arrive parfois à Bloy de parler, avec une relative discrétion. Albert Béguin lui a reconnu en 1944 dans les Cahiers du Rhône sinon le don de prophétie, tout au moins une clairvoyance politique dont ses contemporains étaient totalement dépourvus quant au danger qu’incarnait l’Allemagne.
Bloy n’exalte pas exclusivement la gloire de la France que Dieu a élue entre toutes les nations et à laquelle il finira par pardonner ses péchés accumulés depuis des siècles, celui où il écrit étant un des pires que l’on ait connus. Il reconnaît même à Israël le mérite de l’antériorité que lui confèrent Jésus et les prophètes, tout en le plaçant un peu en-dessous d’elle par l’effet d’un effacement prolongé, mais très au-dessus des autres nations, l’Allemagne en premier lieu, dont la tradition antisémite était déjà très ancienne au moment de la Première Guerre mondiale, et l’Angleterre, qui fit de Jeanne, un martyr. La France et Israël renaîtront par la grâce de Dieu.
Le Symbolisme de l’apparition est empreint de la même spiritualité qui l’ouvrage consacré à la gloire de Jeanne. Nous y lisons cependant une description de l’expérience mystique qui en est aussi l’explication surplombant la raison et dont Jeanne ne pouvait fournir l’occasion :
« Et alors, délivré tant de ce qui est vu, que de ce qui voit, il pénètre dans la vraiment mystique obscurité de l’agnosie, où il dépouille tous les concepts gnostiques pour se trouver dans l’insaisissable et l’invisible sous tous les rapports, entièrement à l’objet au-delà de tout, nullement à lui-même ni à d’autres, uni de la manière la plus excellente à l’agnoste absolu par l’inaction de la gnose, et, par cela qu’il ne connaît rien ,connaissant au-dessus de l’intelligence » [45].

Bloy a noté scrupuleusement les références des deux Testaments qui l’ont conduit à citer, quasiment en disciple, Denis l’Aréopagite, donc à se situer dans le prolongement de la mystique dominicaine, souvent appelée « mystique rhénane » ou « mystique allemande » [46]. D’ordinaire, Bloy n’a pas grande tendresse pour les Dominicains, – ceux-ci ne lui en ayant pas tous tenu rigueur –, qu’il ne mentionne pas ici, tout en se situant dans leur tradition. Nombre de mystiques, notamment féminines, pourraient se réclamer de la citation de Denys. Bloy est familier de cette littérature qui est pour lui une source spirituelle exemplaire. Mais il n’est pas invraisemblable non plus que Bloy, sans s’identifier à Denys et encore moins à Moïse, retrouve dans cette vision, le souvenir d’expériences et d’élans, où se mêlent mystérieusement l’érudition et l’émotion, au cœur de sa relation avec Anne-Marie Roulé, à l’aube de sa carrière d’écrivain, quand tous deux partageaient intimement la même ferveur lors d’un pèlerinage initiatique à La Salette en 1880, porté par l’espérance d’une expérience mystique en un lieu consacré.
Bloy croit, sans l’ombre d’un doute, à la vérité historique de l’apparition de la Vierge sur la montagne de La Salette, où elle a délivré à deux pauvres enfants et enfants pauvres, Mélanie et Maximin, sans instruction et à la pratique religieuse intermittente un message universel qui engage l’avenir : « Le front abaissé vers les deux enfants chargés de représenter tout Son peuple, la Mère de Dieu leur parle dans le langage simple et familier qu’ils peuvent comprendre » [47]. Ce qu’elle leur confie est évidemment bien loin de Denys, des Noms divins et de La Théologie mystique.
C’est exactement ce que Bloy veut entendre. La Vierge est là pour conter «  une grande nouvelle  ». Celle-ci ne saurait être autre que l’Évangile, ce qui implique qu’il a été oublié et considéré comme une « vieillerie archéologique », sacrifiée au « délire d’une bousculade universelle » [48]. La Vierge met en garde contre un terrible châtiment : « Si Mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de Mon Fils » [49]. Le peuple, dont parle la Vierge, n’est pas l’humanité tout entière, Bloy n’en doute pas - pourquoi la Vierge, s’il en était ainsi, serait-elle apparue à La Salette – c’est la France, vautrée dans le péché et l’athéisme, mais encore et toujours chère à Dieu entre toutes les nations. Jeanne d’Arc et La Salette, c’est la mystique d’une certaine tradition catholique et la mystique nationaliste indissolublement unies. La parole qui suit sonne comme une menace ; « Il est si lourd et si pesant que je ne puis plus le retenir  » [50]. Toutes les références évangéliques et surtout vétérotestamentaires que Bloy convoque n’ont pour but que d’aboutir à cette conclusion de son commentaire. Le Bras du Fils est « si lourd et si pesant, qu’il va faire éclater en passant les constellations infidèles qui ne racontent plus sa gloire et que la race humaine épouvantée n’aura même plus le temps de mourir de son étonnement et de sa terreur » [51].
C’est l’annonce de l’Apocalypse, de la disparition de l’humanité. Bloy prophétise appuyé sur le texte des paroles de la Vierge, caution sacrée dont il ne doute pas qu’il la transmet fidèlement. Le regard sans complaisance et torturé qu’il porte depuis si longtemps sur le monde ne lui permet pas d’autre conclusion. Une autre parole de la Vierge le touche au plus profond du cœur, comme une révélation divine de ses certitudes : « Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! » [52].
Dans toute l’œuvre de Bloy, la souffrance est une élection. Elle est celle du pauvre dans Le Sang du pauvre et dans La Femme pauvre. Le Pauvre est le Christ dont jamais créature créée n’atteindra le degré de souffrance. Elle est celle des Indiens persécutés et exterminés par les colonisateurs. Elle est celle de Christophe Colomb, de Jeanne trahis par ceux qui auraient dû être leurs plus fidèles soutiens, la trahison depuis la Passion du Christ s’acharnant sur l’innocence, comme l’attestent encore de nos jours les larmes de Notre-Dame de la Salette. La souffrance est le foyer de toutes les mystiques de Bloy, religieuse, morale, nationaliste, celle du faible comme celle du héros, la puissance même conquise honorablement n’étant jamais le seul critère de l’exception. L’exaltation de la souffrance s’exprime littéralement sous la forme d’un dogme : « La simple vérité catholique est qu’il faut absolument souffrir pour être sauvé et ce dernier mot implique une nécessité telle que toute la logique mise au service de la métaphysique la plus transcendante ne saurait en fournir l’idée » [53]. L’eschatologie bloyenne, malgré les fulgurances occasionnelles de l’espérance, reste fondamentalement tragique. L’apparition de La Salette est l’expression insurpassable de la mystique de Bloy. L’exposition dans une lumière surnaturelle de la souffrance sacrificielle y est totalement étrangère à un dolorisme romantique attardé.
Profondément affecté dans le dernier temps de sa vie par la monstruosité de la guerre, les exactions de l’envahisseur et leur cortège de victimes innocentes dont d’innombrables enfants, encore et toujours, et quelques-uns de ses rares amis, Bloy paraît douter non pas de sa foi mais de lui-même. Il n’a de compassion que pour « les pauvres soldats qui agonisent » [54].
Méditations d’un solitaire en 1916 est l’un des textes les plus émouvants de Bloy. Il y est confronté à la mort des autres, innombrables, à celle de la France, qui ne veut toujours rien comprendre, même pas le sacrifice de ceux qui meurent pour elle, mais aussi à la sienne sur laquelle il s’interroge : « Mais toi-même, Léon Bloy, qui te moques des chrétiens les plus honorables, où en es-tu ? » [55]. Et Bloy poursuit en blasphémant contre lui-même avec sa véhémence coutumière censée atteindre le sacré par l’éradication des lâchetés humaines. Il ne respecte que la sainteté dont il n’ose se réclamer, bien qu’il y pense toujours. On croirait qu’il a peur de se condamner lui-même par ce qu’il a écrit : « Dieu n’a fait la race humaine que pour qu’elle lui donnât des Saints et, quand cette race n’en aura plus à lui donner, l’univers se dissipera comme une pincée de poussière » [56]. La vocation de l’homme, bien que les exemples soient rares, est d’être un saint : « Nous sommes faits cependant pour être des saints. Si quelque chose est écrit, c’est certainement cela » [57]. L’homme qui n’est pas un saint était fait à l’image de Dieu et a trahi son origine.
Misérable et bienheureuse, Clotilde, figure exemplaire de La Femme pauvre, reçoit comme dernier cadeau de Dieu la rencontre d’un vrai prêtre, antithèse parfaite du prêtre mondain. Elle a pour ami et confident un vrai artiste, Lazare Druide, antithèse parfaite de l’artiste de salon et du commerçant charognard. Ce prêtre, l’artiste et la femme pauvre sont dans leur accomplissement parfait les trois figures héroïques et glorieuses de la spiritualité de Léon Bloy.
Celui-ci conclut par cette parole que Clotilde adresse à Lazare Druide : « Il n’y a qu’une tristesse, lui a-t-elle dit la dernière fois, C’EST DE N’ETRE PAS DES SAINTS » [58]. Ces dernières lignes de La Femme pauvre, écrites vingt ans avant sa mort, sont comme le testament spirituel de Léon Bloy.

Notes

[1Léon Bloy, Histoires désobligeantes (1892), Paris : Mercure de France, 2017, p. 141.

[2Léon Bloy, Les Captifs de Longjumeau, in Histoires désobligeantes, op.cit., pp. 68-83.

[3Léon Bloy, La Tisane, in Histoires désobligeantes, op.cit., pp. 29-34.

[4Léon Bloy, Propos d’un entrepreneur de démolitions (1884), in Essais et Pamphlets (Ed. Maxence Caron). Paris : Robert Laffont Bouquins, 2017, pp. 11- 126.

[5Léon Bloy, La Religion de Monsieur Fleur, in Histoires désobligeantes, op.cit., pp. 43-53.

[6Léon Bloy, Le Sang du pauvre (1909), in Essais et Pamphlets, op. cit., p. 494.

[7Ibid., p.458.

[8Ibid., p. 458.

[9Ibid., p. 470 sq.

[10Ibid., p. 442.

[11Ibid., p. 480.

[12Ibid., p. 494.

[13Ibid., p..443.

[14Ibid., p. 462.

[15Ibid., p. 437.

[16Ibid., p. 437.

[17Ibid., p. 494.

[18Ibid., p. 467.

[19Ibid., p. 467.

[20Léon Bloy, Le Révélateur du globe. Christophe Colomb et sa béatification future (1884), in Essais et Pamphlets, op. cit., p. 767.

[21Ibid., p. 775.

[22Ibid., p. 776 sq.

[23Ibid., p. 889.

[24Ibid., p. 780.

[25Ibid., p. 818.

[26Ibid., p. 780.

[27Léon Bloy, Le Désespéré ( 1887). Présentation de Pierre Glaudes. Paris : GF Flammarion, 2010. On doit également à Pierre Glaudes, entre autres, Léon Bloy La littérature et la Bible. Paris : Les Belles Lettres, 2017.

[28Léon Bloy, Le Révélateur du Globe, in Essais et Pamphlets, op.cit., pp. 884 sq.

[29Ibid., p. 884.

[30Ibid., p. 883.

[31Ibid., p. 809.

[32Ibid., p. 809.

[33Ibid., p. 910. Bloy célèbre ici le « testament mystique de ce Pape prédestiné ». Dans les pages précédentes, il s’est attardé longuement sur les intrigues de prêtres et de prélats hostiles à la béatification de Christophe Colomb.

[34Cf. Jean-Marie Paul, Du pessimisme. Paris : Les Belles Lettres (collection encre marine), 2013.

[35Voir Léon Bloy, L’Ame de Napoléon, in Essais et Pamphlets, op.cit., pp. 1102-1157.

[36Léon Bloy, Le Révélateur du Globe, in ibid., p. 903.

[37Léon Bloy, Jeanne d’Arc et l’Allemagne in ibid., p. 1169.

[38Xavier Tilliette, La Guerre juste de Fichte à Max Scheler in La Guerre Nature et Figures (Dir. Jean-Marie Paul). Nancy  : Le Texte et l’Idée 14/1999-15/2000, pp.330 sq.

[39Thomas Mann, Betrachtungen eines Unpolitischen (1918), habituellement traduit par Considérations d’un apolitique. Paris : Grasset, 2002.

[40Léon Bloy, Jeanne d’Arc et l’Allemagne, in Essais et Pamphlets, op.cit., p. 1174.

[41Ibid., p.1169.

[42Ibid., p. 1171.

[43Ibid., p. 1186.

[44Ibid., p. 1196-2000.

[45Léon Bloy, Le Symbolisme de l’apparition (écrit en 1879-1880, publié en 1925) in ibid., pp. 1374 sq. On pourrait croire si l’on n’était autrement renseigné que ce texte, tout frémissant d’avertissements terribles, a été écrit immédiatement avant ou pendant la Grande Guerre.

[46Maître Eckhart est né en Thuringe. Il a conquis, tout comme Albert, né à Lauingen (aujourd’hui en Bavière), au cœur des forêts souabes, premier Allemand à l’obtenir, son grade de « Magister » à l’Université de Paris. Il est à peine besoin de préciser que Thomas d’Aquin et Denys ne sont pas d’origine germanique. Cf. Jean-Marie Paul, L’Homme face à Dieu, Mystique Réforme Piétisme. Arras : Artois Presses Université, 2004.

[47Léon Bloy, Le Symbolisme de l’apparition, in Essais et Pamphlets, op. cit., p. 1361.

[48Ibid., pp. 1384 sq.

[49Ibid., p. 1391.

[50Ibid., p. 1396.

[51Ibid., p. 1402.

[52Ibid., p. 1402.

[53Ibid., p. 1353 sq.

[54Léon Bloy, Méditations d’un solitaire en 1916, in ibid., p. 1261.

[55Ibid., p. 1272.

[56Léon Bloy, Le Révélateur du globe, in ibid., pp.855 sq.

[57Léo Bloy, Méditations d’un solitaire en 1916, in ibid., p 1273.

[58La Femme pauvre (1897). Paris : G..Crès, 1924, p. 388. Le soulignement typographique est de Bloy.