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Le goût de vivre : Retrouver la parole perdue, par Edouard Zarifian

27 septembre 2006

par temporel

Edourad Zarifian, Le goût de vivre : Retrouver la parole perdue. Paris : Odile Jacob, 2005.


Edouard Zarifian, professeur émérite de psychiatrie et de psychologie médicale à l’université de Caen, prend, dans cet ouvrage, la défense de la parole, de l’intersubjectivité et de la créativité individuelle contre les tentations de réification, « d’objectivation », du psychisme. En un avant-propos et six chapitres (« La souffrance psychique », « Naître », « Vivre », « Donner, « Parler » et « La science s’arrête aux portes de l’intime »), l’auteur de ce livre dédié à « l’Espoir, le plus belle création du genre humain », attaque vigoureusement ce qu’il nomme le « scientisme », qui « avance des promesses » (p. 211) et séduit les médias « parce qu’il préfère le sensationnel ». Si cette attitude se distingue de la science, il convient aussi de départager deux champs d’investigation : la science étudie, selon un « protocole expérimental standardisé » (p. 208) ce qui appartient à l’espèce humaine. L’attention portée à l’individu est d’un autre ressort : « Si on écoute le récit d’une vie en essayant de saisir derrière les mots et les silences les raisons d’une souffrance psychique et le sens caché de conduites qui se répètent, on ne raisonne pas en termes de neuro-transmetteurs, de réseaux neuronaux ou d’erreur de programmation cognitive. » Il s’ensuit que se dégage, au plan humain, ce qu’Emmanuel Levinas nomme le « dire » : « Les rapports entre le cerveau et le psychisme ne peuvent se comprendre que si on introduit une troisième dimension : le rôle de la parole de l’autre avec ce qu’elle véhicule de sens et de symbolique. » (p. 209)

En cette prise en compte des éléments indissociables, parole, sens et symbolique, Edourad Zarifian, qui fait référence à Georges Gusdorf, Gilbert Durand et Pierre Bourdieu (pp. 71, 73 et 78 respectivement), montre comment se tisse, par la relation à autrui, la « réalité intime » de l’individu. La violence se fonde bien sûr sur le défaut de parole et les raffinements de celle-ci et du sens s’acquièrent par l’échange, la culture et l’éducation : « Chaque être humain a bâti son psychisme autour de mythes personnels, de symboles qui fondent la représentation qu’il a de lui-même et qu’il renvoie aux autres. C’est pourtant par la parole d’un autre que cette trame symbolique a été tissée. » (p. 103)

En cette dimension fondatrice du dire, s’ouvre à mon sens le poétique. Edouard Zarifian rejoint le linguiste (Emile Benveniste) et le poète quand il écrit : « Si la parole de l’autre façonne individuellement notre psychisme, c’est qu’elle n’existe et n’a de sens que parce qu’elle s’adresse nécessairement à quelqu’un. » (p. 175)


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