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La vraie joie, par Robert Misrahi

29 septembre 2007

par Robert Misrahi

Rome, Musée nationalSOMMAIRE
1 Etat des lieux
2 La question
3 Le sujet et son Désir
4 La joie
5 La spontanéité malheureuse
6 La conversion
7 La joie véritable
Conclusion : Désormais la joie

1 L’état des lieux.

Que se passe-t-il donc vraiment aujourd’hui, dans ce pays qui vient d’élire son président au terme d’une véritable crise de la conscience politique ? Pour le comprendre suffît-il d’évoquer le vide doctrinal du parti socialiste ou l’intelligence pragmatique de la majorité ? Il ne le semble pas. Ce double constat ne rend pas compte de la crise profonde qui concerne la population ; cette crise est vécue comme souffrance, angoisse ou manque par chacun des citoyens formant la majeure partie de cette population, et l’insatisfaction des esprits, le tourment des individus ne sont pas éclairés ou annulés par le désarroi d’une gauche obsolète ou l’activisme d’une droite pragmatique. Les médias et les responsables politiques continuent d’estimer qu’une politique et une économie sont suffisamment définies lorsqu’on a déterminé les moyens de la relance économique et les modalités de la distribution des richesses. Tous semblent croire que l’individu concret n’est rien d’autre qu’une machine à consommer.
D’autre part, à entendre certains de nos contemporains, l’état de guerre entre les consciences serait la norme, les conflits de toutes sortes seraient en fait indépassables. Certes, des voix s’élèvent contre ce qui apparaît enfin comme un catastrophisme tendancieux, les critiques contre les « déclinologues » se multiplient. Mais ce léger sursaut ne s’accompagne d’aucune remise en cause fondamentale des dogmes idéologiques traditionnels puisque à côté de l’économisme règnent en maîtres les doctrines de l’inconscient et les références à 1’ « instinct de mort », à « l’ambivalence des passions » et à la nécessité des « processus, psychologiques ». L’écologie elle-même ne formule pas d’autre idéal que la maîtrise de la consommation d’énergie et la sauvegarde de la santé.
Dans le même temps la crise existentielle s’exprime cruellement : on constate un accroissement de la consommation de médicaments « antistress ». De même va croissant la proportion des suicides d’adolescents, des suicides « professionnels », des comportements délinquants ou psychotiques. On doit le reconnaître : les individus concrets, source et terme de toute réflexion, origine et but de tout idéal et de tout programme, ne souffrent pas seulement de leur condition matérielle, ils souffrent de leur propre vie.

2 La question.

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Ma réflexion préliminaire ne signifie pas que je souhaite ignorer les questions économiques. Les socialistes ont raison de revendiquer une répartition des richesses toujours plus juste, et la droite a raison de travailler à l’accroissement de l’offre et à l’amélioration de la production de ces richesses.
Je dis autre chose. J’affirme non pas l’inadéquation de ces démarches mais leur insuffisance. Après avoir résolu la question du plein emploi, il faudra bien résoudre la question du sens. Quelles valeurs, quel horizon, quelles finalités faudra-t-il définir pour atteindre les deux objectifs suivants : compréhension et dépassement du pessimisme, justification et valorisation de l’existence ?
Cette nouvelle réflexion ne saurait se borner à l’invocation des « valeurs démocratiques ». Celles-ci devraient d’abord être précisées, définies et justifiées. En fait ces valeurs sont déjà à l’œuvre en occident, et à la fois justifiées, mal fondées et insuffisantes. La vérité est qu’elles sont dérivées d’une source plus profonde, et c’est cette source que nous devons faire apparaître et exploiter.
Dans cette perspective fondatrice qui est la mienne je suis frappé par une évidence pourtant passée inaperçue dans la culture et les médias. On ne sait pas, on ne dit pas pourquoi il est préférable de choisir la justice contre l’injustice, on ne sait pas pourquoi il est préférable de combattre le malheur, le mal et la misère plutôt que d’en favoriser le développement. Si l’on renonce à la doctrine religieuse de « l’injonction », à la théorie naïve de « l’instinct moral », au dogme de la « loi morale » ou enfin à la simple recherche sensuelle du plaisir, on est bien contraint de rechercher un nouveau fondement éthique qui s’appuie à la fois sur la liberté et sur l’universalité de l’esprit humain. Seul un tel fondement nous permettra de définir des contenus et des visées pour la vie concrète, pour l’existence justifiée et, comme conséquence, pour une politique pleinement satisfaisante.
Pour définir ce fondement et remplir ces tâches, nous devons auparavant esquisser une rapide analyse de ce qu’est un individu. Quel est donc cet être pour qui l’on combat aveuglément et dont on souhaite ardemment qu’il accède à la fois à l’émancipation de la souffrance et à la jouissance d’un bien-être ?

3 Le sujet et son Désir.

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Cet individu est un sujet.
Je soulignerai brièvement trois aspects ou contenus entrant dans la nature d’un sujet : la conscience de soi, la conscience de l’autre, le désir de jouissance.
Il faut insister sur cette conscience de soi. Elle est constitutive du sujet, c’est pourquoi les doctrines de l’inconscient sont hésitantes et ambiguës. Disons simplement que l’individu ordinaire, conscient de soi, de son identité et de sa liberté, n’est pas pour autant immédiatement rationnel, raisonnable et « maître de lui-même ». Ce que les psychanalystes décrivent est l’ambivalence, l’angoisse, le mimétisme et la passivité d’une conscience en effet passionnelle. Mais il faut insister sur le fait que cette conscience, qui est parfois ou souvent passionnelle, est précisément une conscience. La haine, la mort, l’irresponsabilité, la violence et l’aveuglement peuvent en effet l’habiter, mais il reste que cette conscience obscure est consciente de soi et par conséquent libre : seule une conscience libre peut ainsi être « aliénée » ou dépendante.
Si j’appelle « réflexivité » cette première structure, c’est pour l’opposer à la réflexion, sans lui retirer son statut de conscience. C’est par le travail de cette conscience que l’individu pourra passer à la réflexion et c’est par celle-ci qu’il atteindra l’émancipation, l’autonomie et la maîtrise de soi. Seule une conscience ordinaire déjà libre peut entreprendre le travail de réflexion qui la conduira vers son autonomie véritable.
Si je souhaite opposer nettement la spontanéité ordinaire et consciente à la réflexion consciente et élaborée, c’est pour mettre en évidence la capacité de toute conscience ordinaire à se « libérer » et à se reconstruire par son propre pouvoir. L’affirmation de l’inconscient radical rend difficilement compréhensible ce passage de la conscience à un second niveau, le niveau réflexif qui permettra le travail d’émancipation. Seule une conscience libre, fût-elle d’abord obscure et confuse, peut efficacement travailler à l’instauration d’une liberté plus cohérente et par conséquent plus heureuse.
Nous rencontrons maintenant le deuxième aspect de la conscience : celle-ci n’est pas seulement conscience de soi, identité et liberté, elle est aussi, substantiellement, Désir.
Le Désir (je désigne ainsi le mouvement dynamique qui porte tous les désirs et s’exprime par eux) n’est pas la pulsion aveugle et mécanique à laquelle font allusion les psychologies scientistes, pulsion qui serait bien incapable de se penser elle-même et de se restructurer. Le Désir est en réalité le mouvement global et conscient de l’individu vers des objectifs concrets. Ces buts sont posés comme devant combler le Désir et lui apporter une jouissance.
Avant de réfléchir sur ces buts et par conséquent sur la joie, je voudrais mieux décrire le Désir pour mieux comprendre cette joie.
Je n’oppose pas le Désir et la conscience de soi, c’est-à-dire l’affectivité et la conscience. Les buts du Désir, plus ou moins clairs, sont cependant toujours conscients. Le Désir est aussi réflexivité et c’est à ce titre qu’il sera en mesure de se penser, de s’éclairer et de se modifier. S’il est conscient il est libre, fût-ce d’une première liberté encore confuse et maladroite. Les passions et les passivités sont toujours complices : ce sont de libres mouvements déclenchés par le Désir lui-même, Désir qui est le sujet. Lui seul, Désir-sujet, pourra se transformer si le Désir lui en vient. Le Désir est toujours éducable, transformable et « perfectible », et cela parce qu’il n’est pas un instinct ou une « machine à désirer », mais l’acte d’une conscience concrète et libre.
En effet, désirer n’est pas être poussé par derrière (vis a tergo), par le passé, vers un lointain obscur, mais poursuivre par soi-même, par son propre effort, un but a-venir, but qui, en outre, est choisi et donc préféré. Désirer, c’est poursuivre avec plaisir un but plus ou moins clairement défini, mais énergiquement choisi et préféré à tout autre but. Mais seule une conscience libre peut « préférer ». Et la préférence, ici, est l’anticipation d’une jouissance. Le Désir est la poursuite intuitive, relativement libre et intelligente, d’une certaine jouissance concrète.
Le Désir se plaît et se complaît à sa poursuite. Par son seul mouvement le Désir se donne déjà comme une joie, il déploie d’abord la joie de désirer. Mais il ne peut être défini par cette seule joie, il ne peut être réduit à n’être qu’un manque, comme le voudrait la culture psychologique dominante. Loin d’être « impossible » il est au contraire réalisable. L’anticipation du but et l’anticipation d’une jouissance concrète et réalisable sont parties intégrantes du Désir et de son mouvement. Si, au contraire, on affirme du Désir qu’il est insatiable et impossible, alors on s’interdit de comprendre et son sens et son existence même. Le manque, comme expérience vécue et réelle, ne se comprend que comme moment initial d’un mouvement qui englobera forcément l’accès au but et à la joie qu’il produira. L’anticipation d’une jouissance réelle (plaisir, contentement, joie) fait partie intégrante de la poursuite dynamique d’une plénitude à venir. S’il était avéré que personne, jamais, nulle part, n’a atteint la moindre part de ce qu’il désirait, alors la conscience se mettrait en sommeil et l’humanité disparaîtrait par autisme ou par inanition. Il est intéressant de se souvenir que Schopenhauer (pour qui le désir serait la source de toutes nos souffrances) prônait à la fois l’extinction du désir, la disparition de l’humanité et l’inutilité du suicide, bien sûr... Il était un « bon vivant » !
En fait, l’expérience de la jouissance est une réalité incontournable. C’est l’essence de la conscience qui est ainsi définie : l’être humain est un être de Désir, c’est-à-dire un mouvement de poursuite et d’accomplissement de la joie.

4 La joie.

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Attardons nous un peu sur le sens et le contenu de cette joie.
Elle est saisie directement, immédiatement, comme un accroissement de l’intensité intérieure. Elle est un nouveau sentiment de soi qui se démarque de la simple conscience perceptive par une affirmation intense et exaltée de sa propre existence. Si l’on prend l’expression « ex-sistence » en son sens rigoureux comme instauration de soi hors de soi, alors la joie est la meilleure expression de l’existence, ou l’existence ne s’exprime pleinement que dans et par la joie, et en tant qu’elle est la joie même. Le terme d’allégresse indique peut-être bien ce mouvement de danse joyeuse hors de soi, pourvu qu’on ne pense pas cette allégresse comme légèreté superficielle. Mais le terme « joie » implique par lui-même une vibration, une densité profondes et substantielles.
C’est que la joie, dans son intensité et son exaltation, enveloppe une affirmation significative : elle affirme, elle exprime l’accord profond et neuf de l’individu avec lui-même et avec le monde. Elle est l’admiration de l’existence pour l’existant, ou bien l’existence se louant elle-même d’être ce qu’elle est et de rencontrer un monde qui s’accorde à elle et auquel elle s’accorde.
C’est que l’intensité du sentiment de joie exprime un rapport à la personnalité entière du sujet. Par ce sentiment, qui est une jouissance de soi pleinement affirmative et une entière estime de soi, le sujet rassemble et exprime tout son passé, tous ses choix, toutes ses valeurs. Tous ces éléments sont réactivés, synthétisés et justifiés par la joie comme affirmation joyeuse de soi-même et du monde. Songeons par exemple à la joie de retrouver un être aimé après une longue absence. Par leur sentiment partagé les sujets affirment et confirment le prix qu’ils ont toujours attaché à leur relation (justifiant ainsi le passé) et le plaisir spirituel qu’ils prennent, par toute leur personnalité, à la présence actuelle et à l’existence même de l’autre. Ou bien songeons à la joie éprouvée lorsque est entendue la déclaration de la fin d’une guerre, ou l’annonce d’une libération nationale. La joie exprime clairement la reprise de tout un passé dans un présent qui devient à neuf l’annonce d’un nouveau monde longtemps désiré et pensé à bon droit comme réalisable et possible.
C’est dire que, reliée au passé et à l’attente, reliée à l’histoire et à la personnalité, la joie est le sentiment intense d’un accomplissement. Le Désir et l’attente ouvrent brusquement sur un présent qui les accomplit.
Il ne s’agit pas de l’accomplissement d’une pulsion ou de son aboutissement. Il s’agit à la fois de l’accomplissement d’une attente et d’un désir précis, et de la joie d’une expérience neuve. Bien qu’elle soit le comblement d’une attente donnée, d’un manque précis, la joie est toujours en même temps le surgissement d’une nouveauté. Le présent qui comble l’attente passée est toujours neuf et singulier, la forme de l’affirmation existentielle de l’événement est toujours neuve et imprévisible. L’exaltation se nourrit de cette nouveauté du monde, célébrée par la joie.
Qu’il s’agisse de la découverte ou de la confirmation d’une réciprocité, ou bien de la contemplation réitérée d’une œuvre d’art aimée et admirée, ou bien de la lecture d’un texte encore inconnu qui comble et dépasse une longue attente, ou bien de la considération du bel achèvement d’une œuvre ou d’une action longtemps en travail, ou bien encore de la contemplation poétique d’un paysage inépuisable, toujours la joie est un accomplissement qui, en même temps, porte le sujet au-delà de lui-même et le réalise effectivement dans sa plénitude.
On le voit : en tant que conscience d’un accomplissement, et jouissance actuelle de cet accomplissement, la joie est un acte. Elle est un acte de l’esprit. L’acte, ici, est plénitude de la jouissance en même temps qu’opération implicite de l’intelligence et de la mémoire. Elle est même peut-être l’acte le plus haut qui soit puisque par elle et en elle le sujet se réjouit de sa propre existence en même temps que du monde où elle s’inscrit.

Parce que le sujet est à la fois Désir et conscience, la joie en est l’expression la plus exacte, la plus « adéquate », puisqu’elle est précisément l’adhésion de cette conscience à sa propre existence passée et présente et donc l’adhésion de l’existant au nouveau monde réel et à celui qu’il annonce : la relation retrouvée se déploiera, la libération portera ses fruits, l’œuvre s’inscrira dans le temps, la beauté du monde nous comblera. Bref, la vie sera justifiée par son propre pouvoir et par le dynamisme de sa plénitude créatrice.
En réfléchissant sur les joies les plus hautes je n’oublie pas les autres possibilités, les autres formes de la jouissance qui, toutes, sont définies et justifiées par le Désir nourrissant les désirs. Les plaisirs du goût et des parfums, ceux de la sensualité et de la volupté sont aussi des formes de la jouissance qui expriment légitimement les structures du Désir comme essence de la conscience. C’est que le plaisir, quel qu’il soit, implique toujours une conscience de soi, un manque dynamique appelé à être comblé et une jouissance présente mobilisant le corps et l’esprit. La distinction désormais traditionnelle entre désir et besoin me paraît inutile dès lors qu’on a compris que tout plaisir implique conscience, choix et adhésion, et que tout désir implique la vie entière du sujet comme corps et comme esprit. Le plaisir, aussi sensuel qu’on voudra, n’est donc pas une déchéance ou un simple mécanisme aveugle ; il est une forme de la joie.
Reconnaissons cependant qu’il existe une différence entre le plaisir du goût et la joie musicale, la jouissance d’un concerto ou d’une sonate par exemple. Cette différence n’est pas de l’ordre de la dignité morale, elle réside dans la richesse du sens et l’intensité de l’attention créatrice. Elle réside dans ce qui est requis du sujet, et donc dans l’opposition entre activité et passivité, entre écoute active et perception passive. Quoi qu’il en soit la « morale » n’est pas concernée : les plaisirs ne sont pas indignes, et les joies ne sont pas exclusivement spirituelles.
L’essentiel est donc acquis : comme être de Désir la conscience humaine a pour vocation la recherche de la joie et pour justification l’accès réel à cette joie.
Cependant on ne comprendrait pas pleinement le sens de cette jouissance exaltée appelée « joie » si l’on ne se référait pas à une troisième dimension de la conscience humaine. Outre la réflexivité et le Désir il faut évoquer la spécularité pour rendre entièrement compte de l’être humain.
J’appelle spécularité cette structure en miroir qui rend chaque conscience capable de reconnaître l’autre comme un autre lui-même, un autre que soi semblable à soi, c’est-à-dire une conscience humaine faite, elle aussi, de réflexivité, de Désir et de conscience d’autrui.
C’est précisément cette conscience d’autrui qui, comme désir de l’autre, rendra compte de l’indispensable présence d’autrui dans l’élaboration de la joie du sujet. Seule une relation humaine peut justifier l’existence d’un sujet et par conséquent seule une relation réciproque à l’autre peut donner à la joie de l’accomplissement sa pleine justification et donc sa solidité.
C’est dire que la joie est l’œuvre simultanée de la réflexivité (conscience de soi), du Désir (jouissance de l’accomplissement) et de la spécularité (conscience de la réciprocité). La justification de l’existence provient de cette triple activité : jouissance de l’intelligence active, jouissance de l’accomplissement personnel, jouissance de la reconnaissance réciproque.

5 La spontanéité malheureuse

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II pourrait sembler que nous disposons maintenant de tous les éléments permettant de constituer une éthique. Celle-ci serait une éthique de la simple joie puisque nous avons reconnu que la conscience humaine a pour vocation la recherche de la joie et pour justification l’accomplissement de soi. Cette éthique de la joie serait laïque puisque son fondement serait exclusivement humain, constitué par la seule nature de la conscience et du Désir.
On sait que la situation de fait est en réalité plus compliquée. La mise en œuvre de ces éléments et donc la « faisabilité » et l’efficacité d’une telle éthique spontanée s’avèrent problématiques si l’on se réfère à l’état de la conscience publique que nous évoquions au début de cette réflexion. La joie concrète du bien-être matériel ou celle de la jouissance esthétique par exemple n’est pas le lot du plus grand nombre, la souffrance personnelle et le malaise existentiel sont bien souvent le contenu vécu de la vie quotidienne. Face à l’idéal légitime de la joie, c’est plutôt le spectacle inquiétant de la violence, de l’injustice et de la douleur qui est offert à l’observateur.
Qu’il y ait là un problème d’ordre économique et politique c’est l’évidence et nous l’avons reconnu en commençant. Mais lorsque les questions sociales sont en voie progressive de règlement par des politiques et des législations toujours mieux adaptées, il apparaît très vite que les problèmes existentiels demeurent, pouvant remettre en cause les progrès sociaux : angoisses,conflits, souffrances subsistent et manifestent leur autonomie. Et les mêmes tensions réapparaissent, créant de nouveaux conflits sociaux et idéologiques.
D’où proviennent cette insuffisance du politique et ce primat de l’existentiel ? Plus précisément, d’où provient le fait que les individus, tout en poursuivant légitimement leur joie et leur bonheur ne parviennent à créer que des régimes politiques toujours dépassés par la souffrance concrète, et des styles d’existence toujours envahis par la banalité, l’insatisfaction et le conflit ?
Sans pouvoir apporter de réponse suffisante, je propose au moins l’hypothèse suivante : c’est la spontanéité immédiate de l’individu (sa réflexivité de premier niveau) qui, se déployant selon des voies maladroites, erronées ou faciles, est l’origine principale de toutes les difficultés existentielles. C’est une sorte de pesanteur et de paresse existentielle qui est à l’origine des choix nocifs ou destructeurs. Les guerres de la jalousie et de l’envie, les ravages de l’ambition et de la convoitise, les conflits de la méconnaissance, l’égocentrisme, la volonté de puissance, le délire de la présomption, la recherche du pouvoir et de la gloire, toutes ces passions néfastes proviennent d’une spontanéité obscure, maladroite et angoissée. L’individu immédiat, avec son Désir et sa réflexivité, tente de combler son vide, de calmer son angoisse et de pallier sa précarité en se laissant conduire par son désir immédiat sans distinguer l’imaginaire et le réel, la cohérence et l’incohérence. La paresse existentielle consiste précisément dans cette passivité du sujet devant les sollicitations de son « imaginaire » et la polysémie de son Désir. Il va à ce qu’il croit être le plus pressé : acquérir un pouvoir qu’il pense être la source de tout bien, combattre un concurrent qu’il voit comme le seul obstacle à son propre accomplissement.
Ainsi la voie facile adoptée par la conscience immédiate est celle de l’ignorance et de l’imagination qui trahissent les buts véritables du Désir. Croyant acquérir une joie ou un bonheur, le sujet acquiert un « ennemi », une « défaite » ou un « échec », croyant travailler à sa liberté, il travaille en fait, dupé par son ignorance volontaire, son illusion et son imagination, à l’instauration de sa servitude et de sa propre destruction. Songeons aux ravages de la drogue ou du fanatisme religieux.
La considération de la misère existentielle et affective ni celle du malheur n’infirment la validité d’une éthique de la joie : celle-ci ne dit pas que l’accomplissement est le lot commun, loin s’en faut, elle dit qu’il devrait l’être parce que lui seul exprime à la fois la nature et la vocation de l’être humain. Cette éthique de la joie dit en même temps que l’accomplissement est de l’ordre du possible et qu’il pourrait être le lot commun si une voie d’accès autre que la spontanéité d’un Désir imaginaire et angoissé pouvait être définie et mise en œuvre.

6 La conversion

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Cette voie d’accès à la liberté intérieure et à la joie, on dira d’abord qu’elle est à l’évidence celle de la culture et de l’éducation : de là peuvent découler le développement de l’autonomie et l’ouverture de l’horizon. Certes. Mais les contenus de la culture sont multiples et parfois contradictoires ou polémiques. Il n’est donc pas possible de se contenter d’une simple évocation formelle de la nécessité de l’éducation. Une référence à un contenu doit être faite.
C’est la situation de crise elle-même qui nous suggérera la réponse à notre question : si la crise est traitée avec les mêmes éléments (valeurs et croyances) qui la nourrissent, il est clair qu’on tournera en rond. Une rupture, un sursaut véritables doivent intervenir, mais ils doivent être une invention. La rupture doit d’abord être un nouveau commencement. Un recommencement créateur.
C’est ce recommencement créateur que j’appelle « conversion ». Celle-ci est le sens et le contenu de la rupture créatrice. Il reste à dire en quoi elle consiste. Les enjeux sont assez considérables pour qu’on prenne la liberté d’entraîner le lecteur dans une réflexion abstraite, fût-elle brève.
A mes yeux il ne s’agit pas d’une conversion religieuse mais d’une conversion philosophique, c’est-à-dire réflexive (la langue populaire parlerait de changement de « mentalité »).
Cette démarche comporte trois moments, trois actes ou prises de position.

Tout d’abord le sujet revient à lui-même. Il passe de la simple conscience à la réflexion sur soi. Il découvre alors sa liberté profonde, son pouvoir de création et de recréation, et il décide de tout rapporter désormais à ce pouvoir autonome qui est le sien. Il peut alors rompre avec les idéologies toutes faites et les mimétismes de toutes sortes.
Ensuite, en un deuxième temps, le sujet découvre la centralité de son Désir et l’autonomie de ce Désir qui le définit lui-même. Il peut alors en renverser le cours ordinaire et spontané. Il rompt avec la culpabilité, il « assume » son Désir, c’est-à-dire qu’il se reconnaît en lui, et il veut explicitement ce qu’il désire depuis toujours : la poursuite de la joie. Il rompt avec l’esprit tragique et l’idéologie du manque. Il décide à neuf de poursuivre et de réaliser non pas tous ses désirs, mais seulement son véritable Désir fondamental, son Désir vrai, libéré de tout mimétisme et de toute dépendance. Il choisit la voie du bonheur et de l’accomplissement contre la voie tragique du pessimisme et de la souffrance. Il jouira de toutes les joies véritables, celles qui ne se retournent pas contre elles-mêmes, mais participent réellement de l’invention et de la réalisation de la personnalité entière.
Enfin, dans un troisième et dernier mouvement, le sujet opérera une conversion à la réciprocité (après la conversion à la réflexion puis à la joie). Dans ce troisième moment le sujet renversera encore l’ordre et le sens des termes et des attitudes traditionnelles : au lieu de considérer autrui comme un objet ou un instrument, il le considérera comme une fin, sans cesser d’être lui-même une fin, au même titre. Il ne sera « otage » de personne tout en posant l’autre comme le bien suprême. L’existence de l’autre sera source de joie et non de crainte. L’amitié, l’amour seront tout autres. Sans ambivalence ni conflit. Ce nouveau commencement réussira, lui aussi, parce qu’il sera réciproque : c’est ensemble que les sujets se convertiront à la réciprocité, c’est-à-dire à l’affirmation et de l’autre et de soi-même.
Cette triple conversion (à soi, à la joie, à l’autre) peut être désignée par des termes forts simples : il s’agit d’un renversement des attitudes passives traditionnelles telles que le déterminisme fataliste, le pessimisme doloriste et l’égocentrisme dominateur. Fatalisme, dolorisme et égoïsme sont les forteresses à abattre et à renverser. A leur place, fruits d’une nouvelle attitude qui aura valeur de recommencement, surgiront la liberté réfléchie la joie véritable et l’amour tout autre.
Ce sont précisément là les contenus d’une éthique de la joie : elle est la conversion à la vie contre les puissances de mort.

7 La joie véritable

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Nous pouvons maintenant décrire les contenus possibles de la joie lorsqu’elle est vécue dans et après la conversion, c’est-à-dire après le changement radical de l’attitude envers la vie et le monde.
Cette joie, nous dirons qu’elle est véritable parce qu’elle en est la forme la plus accomplie : survenue par l’autonomie et dans l’autonomie, elle est durable. La solidité de la joie, rendue possible par une distanciation libératrice, est le premier critère de sa validité. Cette permanence de la vraie joie résulte de son essence, paradoxale au premier abord : la joie est un acte.
Elle n’est pas la réception passive d’un événement extérieur favorable (réussite, victoire, imprévu, rencontre, etc.). Bien au contraire elle est le fruit d’une activité de l’esprit et du Désir. La considération de sa propre vie, la. contemplation active d’une œuvre d’art, lue, vue, entendue dans une tension admirative, la conscience actuelle d’une œuvre ou d’une action en train de s’accomplir, le déploiement à la fois réfléchi et spontané d’une relation réciproque choisie, voulue et construite, la jouissance sensuelle d’un plaisir dont on fixe soi-même la nature et la durée, tous ces contenus de la vraie joie (considération de soi, admiration, compréhension, réfléchissement, tension et allégresse, jouissance) sont des actes parce qu’ils sont des choix, des affirmations et des créations. La conscience réellement joyeuse est celle qui s’estime et se loue elle-même, s’affirmant dans la joie qu’elle prend à l’existence des êtres et des choses du monde et à la conscience de sa propre présence active.
Une joie véritable est solide (et non pas éphémère) parce qu’elle résulte d’un acte du Désir-sujet, lorsque cet acte est la création même des significations, des contenus et des valeurs dont le sujet se réjouit. L’auditeur d’une musique qui le comble est un sujet actif, de même que le spectateur d’un paysage ou d’une nature qui le réjouissent. Et le créateur d’une œuvre à laquelle il se consacre dans la joie est lui aussi un sujet actif. L’amour aussi, et l’admiration sont des actes : des choix, des préférences, des affirmations de contenus, des réitérations, des volontés. La joie véritable est donc, comme toute joie, un accomplissement, mais elle est en outre le fruit de l’activité pensante du Désir qui s’accomplit.
On comprend d’autant mieux que la vraie joie est un acte de la conscience et une affirmation créatrice, qu’elle est toujours donnée dans une forme singulière, avec des contenus concrets qui sont à l’évidence des actes. C’est ainsi que l’on pourrait distinguer (par exemple) trois formes concrètes de cette joie voulue et réfléchie.
La première des joies comme actes est la joie de se fonder. Par la réflexion, la connaissance et la culture le Désir-sujet construit son autonomie et sa liberté. Mais la liberté se réjouit d’être libre, le Désir-sujet se réjouit de son autonomie, il se réjouit de lui-même dans et par le mouvement d’affirmation que constitue son activité réflexive. Tout se passe comme si l’individu se recréait lui-même. La joie de connaître et de comprendre est précisément cette joie active de se fonder soi-même et d’être le libre créateur de sa liberté, de son être et de sa jouissance. Dans cette joie spirituelle de l’auto-fondation s’exprime à l’évidence le fait que la joie est un acte et non une donnée.
Parce que le sujet est spécularité et non pas seulement affirmation de soi, la joie véritable désire aussi se rapporter à l’autre. L’acte de la joie est alors la joie d’amour. Mais il s’agit d’une création : il s’agit de ce que j’appelle l’amour tout autre.
Lui seul peut instaurer et affirmer la vraie joie. Cette forme de l’amour se distingue des formes passionnelles qui sont le plus souvent vécues et commentées. L’amour-tout autre, ayant opéré la conversion à la réciprocité, c’est-à-dire effectué le choix explicite de la véritable affirmation de l’autre, se situe au-delà du conflit des libertés et au-delà de l’ambivalence confuse de l’amour-haine. C’est dire que l’amour tout autre n’est rien d’autre que l’amour même, l’amour rendu à lui-même. Dans cette relation réciproque et véritablement libérée peuvent alors se vivre et s’exprimer la joie intense et l’admiration de la présence de l’autre dans la vie du sujet. L’amour peut ainsi déployer toutes ses potentialités. Il reconnaît en l’autre la source de sa joie et de sa renaissance. Au-delà de l’admiration pour l’être et la personnalité de l’autre le sujet saisit dans la double reconnaissance réciproque la source d’une nouvelle vie. Non seulement la reconnaissance de chacun par l’autre, comme choix et comme admiration, est source de la plus haute justification de l’existence, mais encore elle est la source d’une existence neuve, ouverte et joyeuse.
C’est pourquoi l’amour vrai confère le sentiment d’un véritable recommencement de l’existence. Celle-ci était déjà joyeuse et sereine par l’autonomie construite, mais elle renforce sa joie par la conscience de recommencer une nouvelle vie. L’amour est source de sens et source de vie en tant précisément qu’il confère aux amants une nouvelle vie par leur réciprocité admirative et exaltée.
Cette joie de l’amour vrai ne peut être instaurée personnellement que par des consciences autonomes et « structurées ». Seules de telles personnalités émancipées par leur propre travail réflexif antérieur sont en mesure d’instaurer une relation qui ne soit ni le combat sans fin des libertés ni la servitude complice du sado-masochisme. Seuls des sujets réellement indépendants sont capables d’instaurer cette relation de réciprocité équitable et vraie qui sera source de joie et de renaissance.
Il ne suffit pas que les amants se reconnaissent comme sujets égaux et également dignes de respect. Il faut aussi qu’ils sachent, par leur réflexion et leur indépendance intérieure, renverser et contester les dialectiques conventionnelles de la suprématie et du calcul des forces. Mais c’est l’hypothèse que nous faisons ici : les amants, par leur conversion commune, ont renoncé à la réversibilité de la violence ou du contrat pour entrer dans la réciprocité du don et dans l’authenticité de la générosité.
L’amitié vraie, certes moins intégrale que l’amour, est cependant source d’une joie réciproque également solide et libérée.
Les amants et les amis déploient dans la joie leurs relations libres et réciproques. Mais cette joie tout autre n’est pas simplement contemplative. Les relations authentiques et réciproques se déploient comme existence, comme vie et comme activité. Les sujets, dans la relation vraie, se tournent aussi, par leurs activités, vers le monde.
C’est ce rapport au monde qui doit être repensé dans la perspective d’une éthique de la joie. Le sujet heureux (disons enfin le mot...) qui a su fonder allègrement son autonomie et s’engager dans la joie d’amour, désire aussi déployer sa vie comme jouissance du monde. Le pessimisme a été dépassé par la conversion. L’individu peut alors être à la fois fondé par lui-même et justifié par l’autre. Il est désormais disponible pour se réjouir du monde.
Il prendra joie et plaisir à la contemplation de la splendeur du monde.
La beauté ne l’effraiera pas. Il se réjouira de contempler et de parcourir aussi bien les beautés somptueuses de la nature que la beauté des œuvres d’art. Musique, littérature, peinture, architecture, photographie, cinéma, philosophie lui seront occasions de jouissances spirituelles intenses. Le Désir-sujet, autonome et justifié, se réjouira par ailleurs de son accord avec le monde recrée par l’esprit et offert à la jouissance et à l’admiration.
L’art, qui nous permet de susciter en nous une joie tout autre, n’est pas situé hors du monde : il en dit la splendeur cachée ou possible. De même, les beautés de la nature, fruits de l’activité humaine et de la puissance créatrice de notre imagination et de notre Désir, sont l’indication, au-delà des catastrophes naturelles et des régions hostiles, de ce qu’est parfois le monde et de ce que, souvent, il pourrait être.
Le Désir-sujet, qui a fait le choix de l’existence sereine et heureuse ne se contente pas, par la contemplation, de jouir des beautés de l’art et de la nature. Il se veut aussi créateur : il poursuit et il expérimente la joie de la création.
Qu’il soit ébéniste ou compositeur, écrivain ou architecte, artisan ou professeur, le Désir-sujet, converti à la joie, se réjouira au cours du temps de sa propre activité créatrice et de la joie qu’il peut offrir et éprouver par la contemplation de son œuvre. Il participe à la création du monde par la beauté comme il avait participé à la création de soi par la réflexion.

Disons-le enfin : tous ces actes de la joie, connaissance, amour, contemplation, création, forment ensemble ce qu’il faut bien appeler le bonheur.
Celui-ci n’est pas le comblement local et spécifique d’un désir, il est le fruit temporel d’une synthèse et d’une réflexion. Il suppose un Désir-sujet qui ait opéré sa conversion, et une conscience capable d’opérer la synthèse de plusieurs activités sources de joie véritable. Le bonheur, comme sentiment de soi, est la synthèse eudémoniste qui sait allier plusieurs formes de la joie active. Soit la connaissance, l’amour, la jouissance et la création, soit certaines de ces activités qui toutes sont des jouissances de l’existence. Le lecteur saura imaginer et désirer d’autres activités, sources de vraie joie et d’ « éternité ». Tous les sujets, potentiellement, peuvent accéder à la jouissance d’être.
Ainsi le bonheur n’est pas une notion abstraite. Il est le vécu concret d’un Désir capable de se convertir à la vraie joie et de se déployer au travers d’activités concrètes, autonomes et créatrices, libres et heureuses.

Conclusion  : Désormais la joie.

Sommaire
L’éthique de la joie et du bonheur, la sagesse de la jouissance heureuse que je viens de décrire paraîtront sans doute bien ambitieuses.
Il est certain que la conscience libre et heureuse n’est pas d’un accès facile. Il y faut puissance d’arrachement et de solitude et aussi détermination persévérante. Il reste que ce cheminement, ce travail de la liberté (titre d’un ouvrage à paraître) et cette nouvelle attitude tournée vers la joie en tous les domaines, sont une possibilité universelle de toute conscience cultivée. Le point décisif (dans l’argumentation et dans la réalité) est la question de la décision originelle : le commencement.
Ici, la responsabilité de chacun est engagée et le philosophe ne peut se substituer à la liberté des sujets. Il peut seulement offrir sa vision et suggérer une voie.
D’autre part, on peut aisément comprendre que la joie d’être et d’exister n’est pas un état figé et inamovible mais une activité constante toujours menacée par la maladie.
Celle-ci est le seul obstacle sérieux à une éthique de la joie. Mais une réflexion sur la santé et sur le rapport du patient à sa maladie, à la médecine et à la sérénité (réflexion que j’ai menée ailleurs) permet d’intégrer cette question de la maladie à l’éthique de la joie.
Quant au bien-portant, le Désir-sujet disposant par la santé de toutes les forces de son corps et de sa conscience, nous devons bien comprendre qu’il est toujours la source de son propre malheur et de son propre bonheur. On est toujours responsable de son inertie, de sa paresse ou de sa sottise.
C’est pourquoi je conclurai cette étude en disant que le choix déterminé d’une nouvelle éthique et d’une nouvelle attitude, c’est-à-dire la conversion et la décision ferme du recommencement de la vie, sont l’instauration d’un temps nouveau et irréversible. Ils posent un « point de non-retour ». Désormais, pour le sujet eudémoniste, c’est la joie d’être qui est la chair, la couleur et le climat de son existence. La sagesse philosophique, et notamment la sagesse eudémoniste soucieuse de la « libre joie », marquent définitivement l’existence concrète du sujet qui en a commencé l’itinéraire. Les grilles du domaine semblent d’abord fermées, mais il suffit en réalité de les pousser soi-même pour comprendre qu’elles étaient destinées à être ouvertes, et par celui-là même qui s’interrogeait. Rome, Musée nationalEt quand le sujet, parcourant le domaine, connaît enfin la libre joie d’exister, d’aimer et d’agir, il ne saurait être question pour lui de revenir en arrière et de sortir du domaine. Comme on disait « la liberté ou la mort », on devrait dire « la joie ou l’absurde ». Le choix de la libre joie est un choix fécond parce qu’il est irrévocable et qu’il est la seule victoire réelle contre la médiocrité et contre l’absence de tout sens.

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