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La véritable esquive d’Alexandre Soljenitsyne, par Christian Lippinois

23 avril 2016

par Christian Lippinois

Née avant tout d’une force issue de la profondeur, la véritable esquive transcende la simple adresse. Celle-ci, prompte à servir l’intérêt immédiat, manque souvent de comprendre où se situe réellement le bien. En vérité, la faculté d’esquive, celle qui manifeste la sagesse au sens biblique, est rarement consentie à l’humain. Alexandre Soljenitsyne demeure au vingtième siècle un symbole fort de l’écrivain confronté à la censure qu’exercent les régimes totalitaires. Esquivant au fil des années les multiples tentatives du régime soviétique d’étouffer sa parole, il a révélé la réalité du Goulag aux citoyens de l’URSS comme au reste du monde. S’il y est parvenu, c’est sans doute qu’il a su développer à un rare degré le don de vérité. Le thème de l’esquive sera ici traité en première instance à partir de son récit, Une journée d’Ivan Denissovitch. Cette œuvre à caractère autobiographique relate une journée du bagnard Ivan Denissovitch Choukhov, simple paysan russe interné depuis huit ans dans un camp de travail en Sibérie. Écrit d’un seul tenant à la troisième personne, ce court récit mêle le monologue intérieur à un compte-rendu dépouillé des lieux et des faits. Pour Soljenitsyne, écrire Une Journée d’Ivan Denissovitch, c’est d’abord parler vrai. Plutôt que dire de grandes choses, philosopher, proférer des « vérités », il choisit de conter les petits évènements d’une seule journée.
S’agissant de comprendre en quoi consiste l’étonnante faculté qui permit à Soljenitsyne non seulement de survivre aux dures conditions de sa détention mais surtout fit de lui le grand écrivain qu’il est devenu, effectuer une analyse stylistique de ce texte n’apporterait que peu d’éléments utiles. Par contre, puisqu’il s’agit, au-delà du cas Choukhov, de comprendre comment Soljenitsyne lui-même a mis en œuvre ce don de l’esquive, il importe de confronter les éléments qu’apporte le texte d’Une journée d’Ivan Denissovitch aux déclarations que fit l’auteur dans ses écrits ultérieurs puis dans ses interviews. Seule cette ouverture permettra de voir se dessiner la véritable nature de l’esquive, la manière dont la vie, avec la participation de l’homme, parvient à lever ou contourner les obstacles qui l’empêchent de parvenir à ses fins. Non pas les fins que l’individu s’assignerait orgueilleusement à lui-même, mais plutôt celles qui l’invitent à correspondre, sous une forme qu’il lui revient de trouver, au projet particulier que la vie a inscrit en lui.

Pour éclairer cette question sans trop m’engager dans le volumineux corpus des écrits de Soljenitsyne, j’ai choisi de m’appuyer sur la remarquable synthèse biographique réalisée par Bertrand Le Meignen et publiée aux éditions Actes Sud en 2011, sous le titre « Alexandre Soljenitsyne, sept vies en un siècle  ». Pour les citations des écrits de Soljenitsyne, j’adopterai bien entendu ses références bibliographiques. Quant au texte d’Une journée d’Ivan Denissovitch lui-même, je me réfèrerai, sauf indication contraire, à l’édition Julliard de 1976 selon la traduction de Lucia et Jean Cathala, texte réédité en 2007 par la Librairie Arthème Fayard.

Avant toute chose, sauver sa peau !

Le but explicite du Goulag, écrit Soljenitsyne dans son essai historique, L’Archipel du Goulag, ce n’est pas, comme on l’a prétendu, la rééducation du citoyen déviant, c’est « l’extermination par le travail [...] les camps ont été inventés pour exterminer » [1]. Il intitulera d’ailleurs la partie centrale de son essai, L’extermination par le travail. « Or le travail, faudrait comprendre, même les chevaux en crèvent. » [2], s’écrie Choukhov dans son langage imagé. C’est à ce niveau que se place en premier lieu sa résistance. Cette esquive, c’est précisément le thème d’Une Journée d’Ivan Denissovitch. C’est celle dont nous traiterons d’abord.

Dès son arrivée au camp, Choukhov tente de cerner la nature du danger qui le menace. Savoir quelles lois régissent cet univers concentrationnaire est un acte de la plus haute importance, un acte vital. Aussi écoute-t-il humblement ce qu’en disent les anciens : « Or Choukov s’était enfoncé dans la tête la leçon de son premier brigadier Kouziomine, vieux cheval de retour (en 43, il avait déjà tiré douze ans) qui, dans une clairière, près du feu, avait expliqué au renfort qui lui arrivait du front [à savoir l’ex-soldat Soljenitsyne lui-même] : Ici, les gars, c’est la loi de la taïga. N’empêche que même ici on peut vivre. » [3] Ce personnage, le brigadier Kouziomine, n’est pas sans rappeler le zek (Le terme zek est l’abréviation du mot zaklioutchonny, détenu) dont il est fait mémoire dans L’Archipel du Goulag, qui, en 1945, avait révélé à Soljenitsyne, lors de son incarcération à la prison de transit, l’essentiel à connaître pour survivre au Goulag : « Premièrement, ne croyez personne sauf vous-même. Deuxièmement, il y a une loi : celle de la taïga. Quant à la justice, il n’y en a jamais eu au Goulag et il n’y en aura jamais. Troisièmement, personne ne fait rien gratuitement, personne ne fait rien par bonté d’âme. Il faut payer pour tout. Et enfin, quatrièmement, le plus important, c’est d’échapper aux travaux généraux !... 80% des détenus y sont employés. Et ils y crèvent tous. Tous. » [4] Pour échapper aux travaux généraux, Choukhov se fait inscrire comme ouvrier spécialisé maçon. En effet, l’ouvrier spécialisé est mieux traité, mieux nourri et s’élève dans la hiérarchie du camp. Soljenitsyne a fait de même avant son héros, n’hésitant pas à prétendre que lui, l’universitaire qui n’avait pour ainsi dire jamais manié la truelle, connaissait le métier de maçon.
Une telle démarche, associée à une santé solide, pourrait certes, à elle seule, assurer la survie d’un Choukhov condamné à dix ans de bagne. Nombre de rescapés des camps en ont témoigné. Mais Choukhov va plus loin, c’est là son génie et l’intérêt du récit. Il est conscient que le titre d’ouvrier spécialisé ne le garantit qu’imparfaitement. Le zek, en effet, doit combattre plus encore une maladie qui le guette à la longue : l’affaiblissement du vouloir vivre. C’est d’abord cette volonté farouche de persévérer dans son être qui doit être préservée, nourrie, gardée, au sens d’exercer une veille du cœur, une garde de l’âme. Esquiver, en ce sens, c’est d’abord s’établir intérieurement en un lieu sûr. Et cela, pense Choukhov, exige de poser à tout moment des actes justes. Et ces actes justes doivent l’être pour autrui également. Non seulement ils ne doivent pas être une occasion de chute pour les autres mais, si possible, être l’occasion de les encourager à poser eux aussi des actes justes. C’est à ce niveau que doit s’établir l’esquive pour n’être pas dénaturée en un acte égoïste qui ne portera pas fruit et fera perdre la relation avec ce lieu intérieur sûr où pouvoir persévérer dans l’être.

Dans sa préface à l’édition Julliard de 1963 d’Une journée d’Ivan Denissovitch, le journaliste et ancien résistant français Pierre Daix, qui fut interné au camp de Mathausen, laisse entrevoir, en référence à sa propre expérience, un aspect de cette démarche. Dans les camps, écrit-il, « le travail [consenti et consciencieux] aidait à résister à l’entreprise de déshumanisation. [...] Et voilà qu’en conquérant leur dignité d’homme contre tout ce qui les en détourne, Choukhov et ses camarades ont changé la nature de leur travail, ils ont repris leur bien. » Dans L’Archipel du Goulag, Soljenitsyne confirme la chose : « Comment Yvan Denissovitch réussirait-il à survivre pendant dix ans en se contentant pour tout potage de maudire jour et nuit son travail ? » Et Pierre Daix évoque « cette étrange propriété : s’emballer soudain pour un travail, et tant pis s’il s’agit d’un travail d’esclave dont vous n’avez rien à attendre. » Cette remarque anodine, mais scandaleuse, résume et concentre à elle seule la véritable nature de l’esquive que découvre Choukhov, et qu’avait avant lui découverte et mise en œuvre le zek Soljenitsyne.

Choukhov sent bien en effet, au fond de lui-même, que l’important est de poser chaque fois que possible un acte juste, si modeste soit-il. Et le reste suit. Pourtant, sur ce point précis, Choukhov commence bien mal sa journée : rebuté par le froid sibérien (vingt-sept degrés sous zéro !), souffrant du dos, il tente dès le matin de se faire porter malade. Mais son projet échoue honteusement et il a le courage de se reprendre en main. C’est en rejoignant sa brigade et en maçonnant son mur qu’il trouve l’attitude juste, celle qui donne la joie profonde, rend la force vitale et, grâce à sa vertu communicative, contribue à rétablir le monde dans sa vérité. À tel point que lorsque sonne la fin du travail, quand tous laissent tomber la truelle, Choukhov, lui seul, prend encore le temps de terminer sa rangée de briques, ceci pour ne pas laisser perdre le béton déjà gâché. Et dans sa joie d’avoir posé un acte juste, le cœur léger, il parvient à considérer avec humour la situation : « C’est-il pas, qu’il plaisante, une dégoutation, des journées de travail aussi courtes ? Ils vous les coupent ; à peine qu’on a eu le temps de prendre goût à l’ouvrage. [...] Choukhov est drôlement fait. Les camps n’ont pas pu le déshabituer de prendre la marchandise et le travail au sérieux. » [5] Cette déclaration étonnante, comment ne pas la rapprocher de cet enseignement tout aussi déconcertant de Jésus : « Eh bien moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. Au contraire, quelqu’un [...] te requiert-il pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui. » [6] Oui, hier comme aujourd’hui, cette sorte de déclaration paraît proprement irréaliste ! Eh bien, Choukhov l’affirme clairement, accueillir avec liberté ce qu’il est contraint de subir suscite la paix de l’âme, une joie que personne ne pourra lui ravir. Cette joie le porte encore quand à la fin de sa journée, exténué mais vivant, il grimpe enfin sur sa couchette et s’enroule dans son manteau pour combattre le froid. « Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances. [...] Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque du bonheur. Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles. » [7].Ces mots emprunts de légèreté, disent assez que, huit ans plus tard, à l’heure de clore son récit, l’auteur trouve, toute fraîche encore, cette joie qui signe la véritable esquive.
Pour autant, l’attitude vertueuse que prête Soljenitsyne à son héros lui vaudra des critiques virulentes de la part de plusieurs ex-détenus, à commencer par le poète Varlam Chalamov, l’auteur des Récits de la Kolyma. Chalamov en effet, qui avait lui aussi durement traversé l’épreuve des camps, ne s’y était pas trompé. L’attitude monolithique et idéalisée de Choukhov non seulement sonne faux mais paraît proprement inacceptable : coopérer avec l’oppresseur ! Et, pire encore, reconnaître après coup le bien fondé de la politique carcérale stalinienne ! La question se pose en vérité : le discours bienheureux de Choukhov est-il recevable ? Sachant que Soljenitsyne a tiré ce récit de sa propre expérience, alors, s’il n’a pas affabulé, c’est probablement qu’il n’a pas tout dit. Dans ce cas, la seule lecture du récit ne permet pas d’expliquer l’attitude intérieure de Choukhov, la nature de son esquive, sa résistance impensable à l’extermination par le travail. Pour la comprendre, il manque une clé.

Esquiver en servant sa vocation, en la trempant pour qu’elle devienne comme l’acier

De fait, cette clé, Soljenitsyne la livre après coup dans son Archipel du Goulag. Cet essai historique de la période concentrationnaire en URSS, composé dans les années soixante, comporte un aspect autobiographique dans lequel l’auteur revient sur sa vie de zek. Comme pour élucider le mystère Choukhov, il appelle à témoin son principal détracteur, Varlam Chalamov, en citant quelques vers d’un de ses poèmes de captivité : « Car je n’ai qu’un seul souvenir / Des tombes sans fin alignées / Où j’eusse été, nu, m’accroupir / N’était la promesse donnée / De chanter et pleurer encore / Jusqu’à la fin quoi qu’il en fût. » Cette « promesse donnée », que Chalamov déclare digne d’être honorée au prix de sa propre vie, c’est son engagement poétique. Manière pour Soljenitsyne de faire comprendre que c’est sa vocation d’écrivain qui lui permit de résister à l’entreprise de destruction du Goulag. La nature profonde de son esquive, c’est donc la résistance pour et par l’écriture. Ce lieu sûr où demeurer intérieurement, c’est celui où réside sa vocation d’écrivain. Or Une Journée d’Ivan Denissovitch ne fait aucunement allusion à ce recours de l’auteur à la création littéraire. C’est cela qu’il importe d’éclairer.
Aux premiers temps de son internement, en 1945, écrit-il dans son Archipel du Goulag, un codétenu lui conseille, pour ne pas sombrer dans le désespoir par le ressassement de son malheur, de travailler en pensant « avec profit. En écrivant des vers, par exemple. Mentalement. » [8] Avant sa condamnation, Soljenitsyne avait déjà pratiqué l’écriture, en jetant sur le papier des poèmes et quelques récits rendant compte de son vécu au front. Désormais il va intensifier sa production. Il va travailler conjointement sur une œuvre poétique et sur une œuvre dramatique. Ce labeur, précise-t-il, me permettait de « ne pas remarquer ce que l’on faisait de mon corps. [...] On me fouillait, on me comptait, on me faisait marcher en colonne dans la steppe : je voyais une scène de ma pièce, la couleur des rideaux, la disposition du mobilier, les taches de lumière des projecteurs, chaque déplacement d’un acteur. [...] Je ne faisais qu’aller et venir parmi mes vers, les ajustant comme des briques sur un mur. [...] En de pareils instants j’étais à la fois libre et heureux. » [9] Ainsi, dans Une journée d’Ivan Denissovitch, le zek Choukhov est investi à posteriori d’une légèreté d’âme qui appartenait en vérité au zek Soljenitsyne. Ce décalage explique sans doute la critique de Varlam Chalamov, affirmant somme toute que, tel qu’il est présenté, sans le soutient intérieur de cette vocation poétique, la démarche du zek Choukhov paraît irréaliste. L’Archipel vient apporter l’élément manquant. Il révèle comment se jouait dans la réalité la capacité de Soljenitsyne à esquiver durablement la menace de destruction par le travail.

Comme au camp il était interdit d’écrire, il dut mettre au point une technique appropriée : « En détention, tout le travail de composition et de mise au point du vers doit être exécuté de tête. Ensuite j’amassais de bouts d’allumettes, les disposais dans mon porte-cigarettes sur deux rangs : dix pour les unités, dix pour les dizaines, puis me récitant intérieurement mes vers, à chaque ligne je faisais passer une allumette sur le côté. Une fois écartées dix unités, je mettais à l’écart une allumette des dizaines. Mais jusque dans ce travail, il fallait agir avec précaution : un déplacement aussi innocent que celui-là, accompagné des lèvres chuchotantes ou d’une expression particulière du visage, aurait excité l’attention des mouchards. Je m’efforçais de déplacer mes allumettes d’un air totalement distrait. [...] Une fois par mois, je me répétais tout ce que j’avais écrit. » [10] Quand le porte-cigarettes devint insuffisant, il utilisa des « chapelets [de prière] modèle prison » faits de boulettes de pain. Et il passait « à peu près dix jours par mois, simplement à répéter cette quantité de vers [environ douze mille lignes] qu’[il] gardai[t] en mémoire. » [11] Le risque était grand, dit-il, mais « Cesser d’écrire était désormais au-dessus de mes forces. » À l’intérieur de l’enfermement qui est le sien à ce moment, Soljenitsyne choisit de déployer sa vocation d’écrivain, le cœur même de son identité.

Certes, la création poétique constitue un puissant moyen d’esquiver. Pour demeurer efficace toutefois, elle ne doit pas devenir une fuite égoïste dans l’imaginaire. Cet écueil, Soljenitsyne l’évite de deux manières. D’une part, le poème qu’il compose ne parle pas d’autre chose que de la vie qu’il mène au camp. Son écriture, comme celle de Chalamov, vise avant tout à constituer une mémoire, à dire ce que les morts ne peuvent plus dire, à porter témoignage de ce qui se vit au Goulag et que l’État soviétique cache aux citoyens. D’autre part, Soljenitsyne prend soin de ne pas faire de son écriture un motif de se couper des autres zeks : il leur restitue le résultat de son travail. Son compagnon de détention, Dimitri Panine, confirmera dans ses mémoires combien l’acte d’écrire de Soljenitsyne apportait aux autres détenus un puissant soutien moral : « Nous nous réunissions à la fin de la journée, assis sur nos vestes matelassées à même la terre à peine sèche et nous l’écoutions avec ravissement. [...] Nous étions fiers de voir se former dans notre entourage un écrivain d’une étonnante envergure, ce qui, déjà en ce temps-là, était évident. » [12] Et Soljenitsyne déclarera ultérieurement : « C’est la prison et le camp qui ont fait de moi un écrivain. » [13]
Servir avec puissance sa vocation d’écrivain en dépit des conditions de vie inhumaines, cette démarche est déjà à elle seule immense ! Sans doute suffit-elle à expliquer Choukhov. Mais, s’agissant de Soljenitsyne lui-même, est-ce bien là toute son esquive ?


Esquiver la tentation de collaborer avec l’oppresseur


Pour bien comprendre les ressorts de l’esquive de Soljenitsyne, encore faut-il l’éclairer par ce qui précède son arrivée au camp de travail. Sur ce point, L’Archipel du Goulag reste muet. En revanche, Le Premier Cercle, le récit autobiographique romancé de ses premières années de zek à l’institut de recherche de Marfino, livre une autre clé. Mais au préalable, il est bon de rappeler les faits qui ont valu à l’auteur sa condamnation aux travaux forcés. En 1943-44, jeune officier servant sur le front de l’Ouest, il entretenait avec ses amis une correspondance dans laquelle il « exprimai[t] alors avec impertinence et presque avec bravade des pensées séditieuses [...]. » [14] Un de ces documents « s’ouvrait par une critique énergique et concise du système d’oppression et de mensonge régnant dans notre pays. » [15] Découvert par la censure militaire, il fut arrêté sur le front en février 1945 et condamné à huit ans de détention en camp de rééducation par le travail. Mais en raison de sa compétence scientifique, il fut finalement interné, non pas en camp, mais dans une prison pour ingénieurs, la Charachka de Marfino, dans la banlieue moscovite. « La mi-temps de ma peine, je l’avais passée dans un îlot doré où les prisonniers étaient nourris, abreuvés, gardés au chaud et propres. En contrepartie, une exigence minime : passer douze heures assis à un bureau et complaire aux autorités. » [16]

Complaire aux autorités, cela signifiait, comme il le précisera : travailler à la recherche sur l’arme atomique et sur des techniques d’écoute téléphonique qui permettaient au KGB d’espionner la vie privée des citoyens. Il passera ainsi quatre années à Marfino, prenant peu à peu conscience de la fausseté de sa situation. Pour Soljenitsyne, donc, dans l’ordre chronologique, le danger premier à esquiver fut celui de la collaboration. Pour sauver son âme, il devait cesser de soutenir l’oppresseur. Ce travail de recherche en effet donnait au régime les moyens de renforcer la violence. Il était fort différent par sa nature de celui en vigueur dans les camps, tâches de simple exécution sans véritables conséquences politiques. En 1950, au terme d’un cheminement intérieur qu’il évoque dans son roman Le Premier Cercle, il exprima son refus de poursuivre les recherches et demanda ― voici la seconde clé ― à être affecté en camp de travail. Accompagné par d’autres détenus qui avaient fait le même choix, il dut, comme son personnage Nerjine, assumer cette « descente aux enfers » (le titre du roman fait allusion au premier cercle de l’Enfer de Dante) : « Ils avaient devant eux la taïga et la toundra, Oï-Miakon, pôle du froid, et les mines de cuivre de Djezkazgane. Et encore la binette, la brouette, une ration de misère de pain mal cuit, l’hôpital, la mort. Le pire, rien que le pire. Mais leurs âmes étaient en paix avec elles-mêmes. Ils possédaient l’intrépide fermeté de ceux qui ont tout perdu, jusqu’au bout, courage qu’il est dur d’acquérir mais qui tient bon. » [17]
L’acte initial d’esquive de Soljenitsyne consiste donc à échapper à la tentation de mettre sans discernement son savoir au service de l’oppresseur. En voulant sauver sa vie, il participait à étendre l’oppression. Du fait de ce premier retournement, son regard change du tout au tout, comme il le confirmera par la suite : « Longtemps j’ai pris comme bien ce qui causait ma perte et sans cesse j’allais à l’encontre de ce qui m’était réellement utile. [...] [À la guerre] je fus souvent cruel. Abusant du pouvoir [du soldat], j’ai tué et violé. Dans mes pires actions, armé des meilleurs arguments, j’étais persuadé de bien agir. [...] Sur la paille pourrie de la prison, j’ai senti pour la première fois le bien remuer en moi. » [18] Cette clé, si simple dans son principe, n’en reste pas moins admirable. Car enfin, voilà un détenu qui, parvenu à la mi-temps de sa peine, fait soudain le choix d’abandonner l’avantage rare de travailler à la Charachka et demande à être envoyé en camp, sachant qu’il risque tout simplement de n’en pas revenir. Orgueil ? Folie ? En tout cas, confiance dans la justesse de son sentiment intime. Un homme donc, qui sait à présent qu’il a une âme et, qu’envers elle, il a un devoir. « Une âme que chacun se forge seul au cours des ans. Il fallait se tremper et se laminer une âme qui permît de devenir un être humain. » [19]) Ainsi, avant même d’arriver au camp de détention, il a déjà appris à se méfier de lui-même. Il déclarera bien des années plus tard que s’il n’avait pas été arrêté en 1945, il serait revenu de la guerre conforté dans son statut de héros et serait probablement allé s’engager dans les rangs du KGB où l’attendait un brillant avenir. Un homme donc qui, à la Charachka, en 1950 (il a 32 ans), commence à perdre son innocence et s’aperçoit qu’il est grand temps de changer de route, pour lui comme pour les autres. « Oh qu’il est difficile de devenir un homme ! Quand on a été au front, qu’on a subi des bombardements, qu’on a sauté sur des mines : ce n’est encore que le début du courage. Ce n’est pas encore tout... » [20]

Apprendre à esquiver en développant la force spirituelle

Faisant abstraction du soutien moral que représente la création littéraire permanente, Une Journée d’Ivan Denissovitch focalise l’attention sur la cure de l’âme par le travail manuel, qui est « pour le détenu la façon de préserver spirituellement son être », redira Soljenitsyne dans une interview au journal Le Monde [21]. Pour autant, vers la fin du récit, au moment où, leur journée de travail finie, les détenus sont rassemblés avant de quitter le chantier, un joyeux intermède dialogué ouvre une perspective inattendue sur une source de force intérieure soigneusement tue jusque là, une force qui pour l’auteur pourrait bien être de la plus haute importance. Je cite ce passage un peu long :

En attendant son tour, Choukhov aussi reprenait haleine, en regardant. Bon Dieu ! La lune était déjà sortie toute, bien rouge, avec un air pas content. Elle commençait à s’ébrécher un peu, du reste. Hier, à la même heure, elle était beaucoup plus haut. Il se sentait si content, Choukhov, que tout ait bien marché, qu’il bourra les côtes au commandant :
― Écoute voir, commandant, dans vos idées de science, où elles vont, les vieilles lunes ?
― Où vont-elles ? Tu ne sais donc pas qu’il y a une période où la lune n’est pas visible ?
Choukhov secoue la tête en rigolant :
― Du moment qu’on ne la voit pas, comment sais-tu, toi, qu’elle existe ?
Il en a un coin bouché, le commandant :
― T’imaginerais-tu que, chaque mois, c’est une autre lune qui naît ?
― Pourquoi pas ? Les gens, il en naît bien tous les jours. Pourquoi, alors, il naîtrait pas une lune toutes les quatre semaines ?
Il l’a sec, le commandant :
― Je n’ai jamais encore rencontré de matelot aussi cancre ! qu’il fait. Où iraient-elles alors les vieilles lunes ?
― C’est tout juste ce que je te demandais.
― Où vont-elles, à ton avis ?
Choukhov soupire, et, tout bas, à cause que c’est un secret :
― Chez nous, on dit que le bon Dieu les casse pour en fabriquer des étoiles.
Ce coup-ci, le commandant se tord :
― Sauvage ! Je ne l’avais jamais entendue, celle-là. Est-ce que tu croirais en Dieu, Choukhov ?
Choukhov a l’air estomaqué :
― Et alors ? Essaye de pas y croire quand il y a du tonnerre.
― Mais pourquoi ferait-il cela, le bon Dieu ?
― Il ferait quoi ?
― Pourquoi casserait-il la lune pour en faire des étoiles ?
Choukhov hausse les épaules :
― C’est pourtant pas sorcier. Les étoiles, il en tombe ; faut bien les remplacer. [22]

La foi de Choukhov, c’est celle du petit peuple, de la paysannerie du fond des âges, une foi fondée sur les forces naturelles, sur la beauté de la création. Elle est si minuscule, cette pensée primitive, que le régime communiste de l’époque néglige de s’y attaquer autrement que par la dérision. Et pourtant, voilà qu’elle aide Choukhov à sauvegarder l’amour de la vie. L’émerveillement du simple d’esprit le protège de tout orgueil. Accessoirement elle lui permet, cette foi, de se moquer des « trop intelligents » comme le commandant, lorsque, mis en difficulté par le non-sens du système pénitentiaire, ils perdent pied.
Pour Soljenitsyne, s’agissant du soin de l’âme dans les moments critiques, la pensée primitive et mythique pourrait bien en remontrer à la pensée scientifique. Pour lui, en effet, une représentation n’a de valeur qu’autant qu’elle sert la vie. Or, la représentation rationnelle du commandant reste sèche, stérile. Elle n’ouvre pas le cœur, elle ne délivre aucune joie. Avec sa sotte mentalité il va droit à la mort. Déjà il s’épuise, maigrit. Choukhov, au contraire, lui qui pourtant a déjà purgé huit années, s’en tire bien. En ré-enchantant le monde, il suscite en lui un élan vital qui l’aide à esquiver la dureté destructive du Goulag. À la science rationnelle du commandant, il oppose la puissance sacrée du mythe, celle de la tradition primordiale. Pour l’auteur, il s’agit d’installer en arrière-fond de son récit un ciel où règne le miraculeux, une logique qui dépasse la courte raison humaine. Sans Dieu, le monde est triste, seul Dieu rend le monde merveilleux.

A noter, pour le piquant de la chose, qu’en 1941, avant d’être incorporé dans l’Armée Rouge, Soljenitsyne enseignait l’astronomie au lycée de Morozovsk où l’avait affecté l’Education Nationale. Il n’est pas impossible que l’auteur évoque, à travers ce personnage du commandant, l’homme qu’il était lui-même avant d’être envoyé en camp, l’homme « fort » qui, pour cette raison, ne pouvait qu’être brisé. Dans L’Archipel du Goulag, Soljenitsyne avoue qu’il a dû parcourir à l’envers le chemin qui avait fait de lui cet homme « fort » : « Quand j’ai eu acquis une longue expérience des camps [...] j’ai compris combien j’avais été petit, combien j’avais été méprisable au début de ma détention. » [23].

Si en 1959, lorsqu’il écrit Une Journée d’Ivan Dénissovitch, Soljenitsyne prend soin de peindre un Choukhov dont la foi semble naïve, une foi fortement enracinée dans le naturel, c’est sans doute parce qu’il s’est lui-même appuyé sur une telle foi. En 1952, opéré d’une tumeur cancéreuse, alors qu’il finit de purger ses huit années de bagne au camp d’Ekibastouz, il est averti du pronostic pessimiste des médecins. C’est alors qu’en désespoir de cause, il met sa confiance dans la vertu d’un remède populaire, un champignon. Ce remède, la « tchaga », il faut l’obtenir, non pas du médecin de l’hôpital, mais du vieux Krementsov, un guérisseur qui le cueille sur les bouleaux du lac d’Issyk-Koul, un lac d’altitude situé à cinq cents kilomètres à l’est de Tachkent, aux confins du Kirghizistan. C’est cet épisode de sa propre vie, que Soljenitsyne relate dans Le Pavillon des Cancéreux.

Une Journée d’Ivan Denissovitch est conçu en imagination lors du premier hiver que son auteur passe au camp de travaux spéciaux, lorsqu’il qu’il jouit encore de ses forces, mais aussi au moment où la dureté de la situation le prend de court et le fait terriblement douter d’en réchapper. Pour autant, le texte est écrit huit années plus tard, après qu’il ait purgé sa peine, qu’il soit guéri de son cancer, qu’il soit revenu de relégation, qu’il ait retrouvé son épouse, repris son travail d’enseignant, et qu’il ait enfin obtenu d’être réhabilité. S’ouvre alors pour lui, à Riazan, une période plus souriante. Il écrit donc son récit dans un esprit autrement plus optimiste qu’il pouvait l’être au camp. Certains détails laissent penser que Choukhov ne représente pas toujours le Soljenitsyne de l’hiver 1950-51. Ainsi le fait que Choukhov se présente comme croyant en Dieu, alors que Soljenitsyne déclarera par la suite qu’il n’avait renoué avec la foi orthodoxe de sa jeunesse qu’en 1953, après avoir été guéri de son cancer. Dans le dialogue qu’il rapporte entre le paysan ignare qu’est Choukhov et le commandant, athée et communiste, il n’est pas irréaliste de penser que ce dernier représente l’état d’esprit de l’auteur avant d’avoir traversé les épreuves physiques et morales de la détention et de la maladie.

Pour renforcer le lien qu’il fait entre la véritable esquive et la justesse de l’action, mais aussi pour ériger une figure allégorique qui puisse faire contrepoids à celle du commandant, Soljenitsyne introduit à la fin de son récit le personnage du juste, personnage qui réapparaît à maintes reprises dans ses œuvres, comme une sorte d’icône, une figure dans laquelle il aime à se fondre. La scène prend place au réfectoire. Tandis qu’il avale sa pitance, Choukhov « remarque tout de même qu’à la place qui vient d’être libérée, juste en face de lui, s’assied un grand vieillard, l’Y-81. Choukhov a entendu dire que ce vieillard est dans les prisons et les camps de toute éternité, qu’aucune amnistie ne l’a jamais touché et que, dès qu’il finit une peine de dix ans, on lui en recolle une autre. Parmi tous ces dos courbés du camp, son dos remarquablement droit ressort. [...] Il mange sereinement sa soupe claire [...]. Son visage exténué n’a pas la débilité de ceux des invalides au bout du rouleau, mais la dure et sombre apparence de la pierre taillée. On voit aux craquelures et aux sillons de ses grandes mains que, pendant toutes ces années, il n’a pas eu souvent l’occasion de se planquer. » [24] Soljenitsyne aborde ici le thème du « Juste » qui souffre en silence sans même soupçonner qu’il est juste. Il le développera plus particulièrement dans La Maison de Matriona, un court récit inspirée par sa logeuse du village de Torfoprodoukt, où il habite à partir de1956, après sa réhabilitation, avec cette conclusion qui donnait au récit son titre initial (Sans juste, il n’est village qui tienne). Voici cette conclusion : « Nous avions tous vécu auprès d’elle [Matriona] sans comprendre qu’elle était le juste du proverbe, sans lequel il n’est de village qui tienne. Ni ville. Ni notre terre entière. » Il aurait pu ajouter : « ni camp de travail ». Car c’est au camp que Choukhov apprend, jour après jour, son rôle de juste, une attitude qui constitue les fondations profondes de l’esquive puisqu’elle sauve tout le monde de la véritable mort, celle qui menace l’âme. Une esquive donc qui fait du juste sacrifié un « rédempteur », une figure de Christ.

Conclusion

Dans son essai rétrospectif Le Chêne et le Veau, Soljenitsyne écrit : « Les malheurs de ma vie, je ne parvenais pas toujours à les saisir sur le moment [...] mais après coup, immanquablement, l’intelligence authentique des évènements se faisait jour en moi, et je restais muet d’étonnement. J’ai fait dans ma vie bien de choses qui allaient à l’encontre du but principal que je m’étais pourtant fixé, faute de comprendre où était la vraie voie – et toujours il y eut quelque chose pour me reprendre. » [25] Dans l’esprit de Soljenitsyne, le chemin d’esquive qu’il a suivi ne s’explique que par l’intervention de cette force étonnante qui, aux moments opportuns, vient le remettre sur « la vraie voie ». Il évoque à ce sujet une « main invisible, [...] cette main qui vous dirige, ce sens parfaitement clair et qui ne dépend pas de vous ». Cette « main » qui soutient et guide dans l’épreuve, qui permet de traverser le Mal dans toute son épaisseur, pour Soljenitsyne, c’est la Main de Dieu. La véritable faculté d’esquive, celle qui sauve son auteur et qui de surcroît sauve les autres, ne peut être donnée que par Dieu. De lui-même, coupé de la source de son être, l’homme est comme aveugle. Or il importe avant tout d’y voir clair : ce qu’il s’agit d’esquiver, en vérité, c’est la tentation d’esquiver l’épreuve. Ainsi, pour Soljenitsyne, l’erreur aurait consisté à demeurer à la Charachka, à profiter de la situation abritée qui lui était offerte. C’était sa liberté première. Qui donc lui aurait reproché son choix ? Charisme de discernement qui à partir de ce moment sera donné à Soljenitsyne, pour lui-même, pour son peuple, et pour nous tous.

Dans l’émission Apostrophes, le 11 avril 1975, Soljenitsyne, évoquant les écrits de Dostoïevski et de Pissarev, affirme : « Que la prison régénère profondément l’homme, on le sait depuis des siècles [...] son combat singulier avec les années et les murs est un travail moral [...] les changements vont toujours dans le sens d’un approfondissement de l’être. » [26] « Je sais aujourd’hui, avait-il affirmé précédemment, que de toute manière, j’aurais découvert la foi. À l’extérieur comme à l’intérieur des camps. » À Georges Suffert, un de ses traducteurs français, il dira : « L’expérience du camp m’a ouvert les yeux plus vite. Le camp décape le communisme d’une manière radicale. L’idéologie disparaît totalement là-bas. Il reste d’abord la lutte pour la survie, puis la découverte de la vie, puis Dieu. » [27] Ainsi, en dernière analyse, Soljenitsyne place-t-il les sources de la véritable esquive dans la sagesse divine.

Notes

[1L’Archipel du Goulag. Paris : Éditions du Seuil, 1976, t. 2, p. 8.

[2Une Journée d’Ivan Denissovitch. Paris : Éditions Julliard, 1976, p. 30.

[3Une Journée d’Ivan Denissovitch, op. cit., p. 8.

[4L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 1, p. 472.

[5Une Journée d’Ivan Denissovitch, op. cit., p. 141-142.

[6Matthieu 5, 41

[7Une Journée d’Ivan Denissovitch, op. cit., p. 222.

[8L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 2, p. 146.

[9L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 3, p. 88.

[10L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 3, p. 88.

[11Apostrophes, 11 avril 1975. Voir le texte dans la revue Contrepoint n°21, 1976, pp. 145-146.

[12Dimitri Panine, Mémoires de Sologdine. Paris : Éditions Flammarion,1975, pp. 306-307.

[13Le 11 avril 1975 sur le plateau d’Apostrophes.

[14Le Grain tombé entre les meules. Paris : Éditions Fayard, 1998, p. 487.

[15L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 1, p. 124.

[16L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 3, p. 34.

[17Le Premier Cercle. Paris : Éditions Fayard, 1982, pp. 669-670.

[18L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 1, chap. 14, p. 149.

[19Le Premier Cercle, op. cit., p. 452.

[20L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 2, p. 272.

[21Édition du 11 mars 1976.

[22Une Journée d’Ivan Denissovitch, op. cit., p. 145.

[23L’Archipel du Goulag, op. cit., t. 2, p. 201.

[24Une Journée d’Ivan Denissovitch, traduction du russe par Léon et Andrée Robel et Maurice Decaillot. Paris : Julliard, 1963, p. 242.

[25Le Chêne et le Veau. Paris : Éditions du Seuil, 1975, p. 114.

[26Texte paru dans la revue Contrepoint, n°21, 1976, p. 160.

[27Interview du 29 décembre 1975, publiée dans le journal Le Point, et lettre de la même année à l’Église hors frontières.


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