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La mort paresseuse et lente, par Beryl Cathelineau-Villatte

25 avril 2009

par Béryl Cathelineau-Villatte

« La mort paresseuse et lente »

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Automne, pastel. Beryl Cathelineau-Villatte

« La mort paresseuse et lente » : on ne peut être que saisi, par la puissance évocatrice, mais aussi la violence, de l’association de ces deux adjectifs, au mot de mort, par José Bergamin, lors du récit de l’agonie de son ami, le torero, Ignacio Sanchez Mejias.(1)

Avant même notre naissance, deux tiers à trois quarts de nos cellules embryonnaires ont déjà disparu… La mort cellulaire lente, commence avant même que nous soyons. Elle va ensuite progresser, tout au long de notre vie, paresser, prendre son temps, choisir son rythme.

L’observation de la nature, au moment de l’automne, m’a remis cette phrase en mémoire, et dès lors, sa transposition aux transformations du monde végétal, et à sa lente dégradation, s’est imposée, comme une évidence .
Les feuilles, l’agonie les prend lentement et avec paresse, au corps, au cœur, à l’âme.
Flammes jaunes auréolées d’une peste noire et rampante qui les envahit peu à peu,
Ames vertes percées au cœur d’une noirceur qui prend son temps pour s’étendre jusqu’à leur extinction,
Nappes d’un roux flamboyant attaquées dans le sang de leurs nervures dont bleuit la sève.
La rose aussi, dont les pétales s’ourlent retenant aux lèvres douces de leur repli, un peu de vie, dans un retour sur elles-mêmes, défi au temps, déni de la mort.

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Automne, pastel. Beryl Cathelineau-Villatte

Rousseurs de soir d’été
Des feuillages qui,
Ne blanchissent pas.

Chute sans fracas,
De feuilles et de plumes,
Dans la nuit d’été.

Feuille tombe,
Bogue roule,
Le temps, lui, s’écoule.

Etrangeté de l’automne,
Colorant d’orange et de kakis murs,
Les feuilles sur leur fin.

Une feuille s’évanouit,
Et chute soudain,
A mes pieds.

Explosion céleste
D’agonie, jaune,
Du ginko triomphant.

Petite feuille rebelle,
Encore verte
Résiste à la mort.

Chance des feuilles
Tombées un jour de pluie :
Elles deviennent humus.

Pensées blessées par le gel,
Feuilles crispées,
Flasques pétales.

D’espoir vert, la benne,
Qui emmène les feuilles mortes,
Vers leur destin.

Beaux dahlias, dont les têtes,
Tombent sans bruit,
Dans la barque.

Destins de feuilles :
Envol dans les airs,
Ou retour muet à la terre.

La lie pourpre des feuilles,
Mêlée à la pâte vive,
De la terre.

Feuilles fondues,
Aux berges des ravines,
Rêvent à la mer ?

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Automne, pastel. Beryl Cathelineau-Villatte

Mue du jardin :
Doux brocard fleuri,
Contre peau de bure brune.

Les dahlias défient l’automne,
Pourtant quand cinq heures sonnent,
Cinq pétales chutent.

Nappe de feuilles,
Incarnat et sanguines,
Avant le grand saut.

De pourpre, d’abricot pâle
De rouge ardent
Est le teint de l’automne. (2)

La pluie a lavé la douleur
Des feuilles tombées,
Qui se teintent d’espoir.

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Automne, pastel. Beryl Cathelineau-Villatte

La soif, compagne
Inséparable de l’agonie des fleurs :
Ah ! la pluie !

Mort lente des feuilles
Que la gangrène
Gagne par les bordures.

Chemin rougeoyant
Des feuilles broyées
Par les pas innombrables.

Les branches dénudées
Brodent un col
De dentelle noire, à la lune.

Trace de vie verte
Au centre d’une feuille :
Son âme ?

Proches de leur fin,
Les feuilles irradient
Une bouleversante lumière.

Flamboiement de vif orange,
Des frontières,
Avant l’envol.

Feuilles roses-brunes
Prises dans le blanc linceul
De la glace.

Poussée par le vent,
Une feuille emboîte mon pas,
Puis, adieu…

1. Florence Delay, Mon Espagne OR ET CIEL, page26

2. Inspiré par Suzanne Merleau-Ponty


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