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La fidélité d’un homme libre (Bernanos), par Anne Simonnet

26 septembre 2010

par Anne Simonnet

Flash Video - 7.4 Mo
Bateaux au jardin du Luxembourg. G.Braun

"In a higher world it is otherwise, but here below to live is to change, and to be perfect is to have changed often" (« Dans un monde supérieur, il en est autrement, mais ici-bas vivre, c’est changer ; être saint, c’est avoir beaucoup changé », John Henry NEWMAN, An Essay on the Development of Christian Doctrine (1845), I, 1, 7 éd. Green and Co, Longmans, Londres, 1878, p. 40).

« Vous êtes royaliste, disciple de Drumont – que m‘importe ? Vous m’êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades des milices d’Aragon – ces camarades que, pourtant, j’aimais », écrivit Simone Weil à Bernanos après avoir lu Les Grands cimetières sous la lune (Correspondance inédite (CI) t. II, p. 203-204). Elle exprimait ainsi l’un des paradoxes de Bernanos. Profondément catholique, il n’hésite pas à dénoncer violemment les choix de l’église d’Espagne et « l’ignoble évêque de Majorque » (CI, t. II, p. 170) qui bénit le massacre des républicains en 1937, l’église italienne qui approuve Mussolini pour conserver ses privilèges et « l’ordre », le clergé français timide durant la guerre. Admirateur de Drumont, il condamne l’antisémitisme en 1939, membre de l’Action française après avoir été Camelot du Roi, il la quitte (non sans souffrance) lorsque Rome la condamne, acceptant même de se brouiller définitivement avec Maurras, et se rallie à l’appel du 18 juin quand la plupart de ses anciens compagnons prennent le parti du maréchal Pétain. Royaliste, il titrait un article en novembre 1944 : « Je crois à la Révolution », poursuivant : « On me reproche parfois de trop parler de révolution. Mais ce n’est pas d’en parler qu’on me blâme ; on ne me pardonne pas d’y croire. Et j’y crois parce que je la vois. Je la vois partout dans le monde, mais je la vois plus clairement dans mon propre pays, parce qu’il y a commencé plus tôt, et c’est le général de Gaulle qui l’a faite » (Écrits et œuvres de combat (EEC), p. 939). Son second roman, L’imposture fut salué par Malraux comme par Antonin Artaud qui lui écrivit alors : « Votre “mort du curé Chevance” m’a donné une des émotions les plus tristes et les plus désespérées de ma vie. (…) Rarement chose ou homme m’a fait sentir la domination du malheur, rarement j’ai vu l’impasse d’une destinée farcie de fiel et de larmes, coincée de douleurs inutiles et noires comme dans ces pages dont le pouvoir hallucinatoire n’est rien à côté de ce suintement de désespoir qu’elles dégagent » et reconnaît en lui un « frère en désolante lucidité » (cf. Georges Bernanos à la merci des passants, Jean-Loup Bernanos, p. 194-195). Il est en revanche traité plus bas que terre par nombre de « chrétiens » qui le vouent sans hésiter aux gémonies lorsque ses œuvres ne correspondent pas à l’idée que l’on se fait habituellement de la production d’un écrivain catholique. Sur le plan littéraire, peut-on parler d’une fidélité de l’écrivain ? Romancier, il se transforme en pamphlétaire à partir de 1936, renonçant à la joie de laisser se lever les personnages que son imagination faisait surgir. Et que dire des innombrables déménagements de la famille Bernanos, non seulement en France mais à Majorque, au Paraguay, étape pour le Brésil, puis en Tunisie, parce que la France de l’après-guerre lui est insupportable ?
Quelle fidélité unifiait donc cet homme, dont les choix apparemment contradictoires laissèrent souvent perplexes ceux qui ne le connaissaient que par la rumeur, quand Jean de Fabrègues, au contraire, pouvait écrire : « Non, Bernanos n’avait pas changé : il était resté fidèle à lui-même, à tout lui-même, à ce que les partis, la droite et la gauche, se partageaient, se disputaient… C’était lui, en vérité, qui restait le même, qui restait fidèle : tel au dernier jour que nous l’avions connu au premier, tel en ces derniers mois qu’à l’époque du Soleil de Satan, ou, plus loin encore, de l’Avant-Garde de Rouen, fidèle à son “rêve”, à son âme » (Bernanos tel qu’il était, Mame, 1963) ?

Sans doute une des clefs de lecture se situe-t-elle dans l’idée que Bernanos se faisait de son métier d’écrivain. « Le métier littéraire ne me tente pas », écrit-il déjà en 1919, « il m’est imposé. C’est le seul moyen qui m’est donné de m’exprimer, c’est-à-dire de vivre. Pour tous une émancipation, une délivrance de l’homme intérieur, mais ici quelque chose de plus : la condition de ma vie morale. Nul n’est moins art pour art, nul n’est moins amateur que moi. C’est pourquoi le mal est sans remède. En enterrant ma vocation, on m’enterre avec elle, et les idées dont je vis » (CI, t. I, p. 167). Bien avant que le Soleil de Satan ne révèle le romancier, il vit son métier comme une « vocation – vocatus  », et cette perspective domine toute sa vie. Il précise en 1943 : « Le bon Dieu doit m’appeler chaque fois qu’il a besoin de moi (et beaucoup de fois, et sur un ton comminatoire !) Alors je me lève en rechignant et sitôt la besogne faite, je retourne à ma vie très ordinaire » (CI, t. II, p. 503). C’est pour être fidèle à cette vocation, à cet appel que Bernanos quitte le métier d’assureur après le succès du Soleil de Satan, qu’il abandonne le roman pour les œuvres de combat, écrivant le 14 mars 1937 : « Il est vraiment providentiel que je sois venu ici, à Majorque. J’ai compris. Je tâcherai de faire comprendre » (et ce sera le brasier des Grands Cimetières sous la lune), qu’il s’exile volontairement en 1938, lorsque « l’air » devient « si raréfié » en Europe « qu’il ne porte pas une parole libre » (CI, t. II, p. 598 sq.), lui faisant dire : « Je ne veux pas risquer de me damner ». Bernanos prend tous les moyens pour être fidèle à cette vocation dont il affirmait qu’elle était plus exigeante pour lui que les vœux d’un religieux. Risquer la critique n’est alors que le moindre des risques : « Qu’est-ce que je risque ? Mon prestige ? Il est à votre disposition, s’il m’en reste. J’ai eu du prestige, comme tout le monde (…). Depuis la publication des Grands Cimetières, par exemple, celui que je tenais de la Critique s’est dissipé en fumée, la Critique fait autour de moi un silence que je voudrais croire auguste » (Les Enfants humiliés, EEC, t. I, p. 874).
La pauvreté dans laquelle Bernanos a toujours vécue est à ses yeux la stricte conséquence de cette fidélité. Bernanos est toujours à la recherche du pain de chaque jour pour les siens. Dévoré par la mission à remplir, il refusera toujours de faire carrière. Les critiques lui prédisent le succès, les honneurs : Bernanos n’en veut pas. Par trois fois il refusera la Légion d’honneur, en 1927, 1928, 1946 ; il refuse d’entrer à l’Académie française, décline les postes de ministre que lui propose de Gaulle à la Libération. Ses livres se vendront toujours bien ; en administrant prudemment ses biens, il aurait pu mettre les siens à l’abri du besoin et des imprévus. Mais l’argent file entre ses doigts. Il se consacre à l’écriture comme n’importe quel travailleur à son métier quotidien (« La maison Plon, avec une sollicitude carnassière, me rétribue page par page. Pas de page, pas de pain. (…) [Q]uand le soir vient, j’ose à peine me moucher, de peur de trouver ma cervelle dans mon mouchoir » (CI, t. II, p. 50)), écrivant tout le jour dans des cafés pour ne pas oublier la réalité des visages humains et ne pas se laisser emporter par le rêve (cf. Les Grands Cimetières sous la lune, EEC, t. I, p. 354)), au moins tant qu’il est en Europe. La solitude de ses années brésiliennes n’en sera que plus grande. La plupart de ses déménagements, sinon tous, dériveront de cette pauvreté, Bernanos espérant chaque fois pouvoir faire vivre sa famille sinon mieux, du moins de manière décente. Car il lui faut bien souvent supplier Plon, son éditeur, de lui envoyer quelque subside (« Je ne peux plus vivre sur des avances, et ne possédant pas un seul “pétard” (comme disait René de Chateaubriand) il faut tout de même que je sache si je puis vivre au jour le jour de mon métier, même si je devais m’aider de collaborations régulières à des journaux. Si la maison Plon ne peut ou ne veut rien dans ce sens, qu’elle me laisse un délai raisonnable pour le remboursement (…) et qu’elle me permette de m’adresser ailleurs » (CI, t. I, p. 535)). Jusqu’à sa mort il connaîtra le combat du père de famille en quête de la subsistance de sept personnes ou plus. Combat torturant, car sa vocation de père n’est jamais opposée à celle d’écrivain : elles sont deux aspects de sa vocation de chrétien. Il n’est pas « l’homme de lettres » qui s’isole pour faire son œuvre ; il connaît, au contraire, la difficulté des départs, les maisons inconfortables, les meubles cassés, la perte des manuscrits et des objets auxquels on s’attache, les angoisses nées des maladies, des accidents. Il n’a rien d’un exalté qui entraîne sa famille dans de folles équipées, à la poursuite d’un rêve personnel. De Léon Bloy, il écrira ceci, qui semble le décrire personnellement : « Comme son brave homme de père, il était certainement né pour une carrière tranquille (...) couronnée par la retraite. (...) Mais Léon Bloy était appelé – vocatus – et il a retiré ses pantoufles, il est parti pour une vie de crève-la-faim, presque sans s’en apercevoir » (Dans l’amitié de Léon Bloy, 1946).

« Le bon Dieu ne m’a pas mis une plume dans les mains pour rigoler avec » (CI, t. II, p. 47). C’est par rapport à Dieu qu’il se situe lorsqu’il entreprend une œuvre (« Si je me sentais du goût pour la besogne que j’entreprends aujourd’hui, le courage me manquerait probablement de la poursuivre, parce que je n’y croirais pas » Les Grands Cimetières, EEC, t. I, p. 353), comme lorsqu’il est affronté au « démon de [s]on cœur » : le « À quoi bon ? » qui lui ferait abandonner la lutte, aussi bien dans la vie que dans l’écriture. Car « le premier devoir d’un écrivain est d’écrire ce qu’il pense, coûte que coûte. Ceux qui préfèrent mentir n’ont qu’à choisir un autre métier – celui de politicien, par exemple. Écrire ce qu’on pense ne signifie nullement écrire sans réflexion ni scrupule tout ce qui vous passe par la tête. (…) La vérité m’a prise au piège, voilà tout. En écrivant un livre comme Les Grands Cimetières sous la lune, je me suis trop engagé dans la vérité. Je n’en pourrais sortir désormais, même si je le voulais » (Le Chemin de la Croix-des-Âmes, EEC, t. II, p. 675). L’œuvre de Bernanos est donc avant tout une quête de la vérité. Il lui voue sa vie et essaie de trouver, par un approfondissement constant de la réflexion, une simplification de l’être et de l’écriture. « Pour moi le meilleur moyen d’atteindre la vérité, c’est d’aller au bout du vrai quels qu’en soient les risques », écrit-il dans Le Chemin de la Croix-des-Âmes.
Il lui fallut parfois un beau courage : que l’on pense, outre aux injures et insultes qu’il essuya souvent, à ce qu’il fallait de conscience et de détermination pour témoigner non après mais durant la guerre d’Espagne, alors qu’il était aux premières loges, à Palma de Majorque. Il fut au reste victime de deux tentatives d’attentat qui échouèrent, heureusement, mais écrivit à une de ses nièces : « Il paraît que cette canaille de Franco a mis ma tête à prix, et délégué ses meilleurs exécuteurs. Donc, si tu apprends que je me suis tué en jouant avec une arme à feu, étant un peu saoul, ne le crois pas, et défends ma mémoire ! (CI, t. III, p. 311). En 1940 il écrit : « Les milieux catholiques m’ont donné ce qu’ils peuvent donner à qui ne les flatte pas – rien. Ils n’ont évidemment rien à dire à un écrivain qui, après le Soleil comme après le Journal d’un curé de campagne, a sacrifié deux fois les profits matériels d’un très grand succès à ce qu’il croyait son devoir, perdu deux fois, volontairement, un immense public dont, avec quelques concessions, il pouvait tirer honneur et fortune (CI, t. II, p. 294-295).
L’œuvre romanesque et l’œuvre de combat relèvent en fait d’une même pensée : il s’agit pour Bernanos de « dire chaque fois tout ce que je pense, avec toute la force dont je suis capable » (Le Chemin de la Croix-des-Âmes, EEC, t. II, p. 661). Le Soleil de Satan naît « de la guerre » (Le crépuscule des vieux, p. 65), de l’aveu même de Bernanos : « La guerre m’a laissé ahuri, comme tout le monde, de l’immense disproportion entre l’énormité du sacrifice et la misère de l’idéologie proposée par la presse et les gouvernements… Et puis encore, notre espérance était malade, ainsi qu’un organe surmené. La religion du Progrès, pour laquelle on nous avait poliment priés de mourir, est en effet une gigantesque escroquerie à l’espérance. (…) Eh bien ! j’ai cette fois encore fait comme tout le monde. J’ai démobilisé mon cœur et mon cerveau. J’ai cherché à comprendre » (Ibid., p. 28). « Je savais que ce n’étaient pas les grandes choses, c’étaient les mots qui mentaient. La leçon de la guerre allait se perdre dans une immense gaudriole. (…) Qu’aurais-je jeté en travers de cette joie obscène, sinon un saint ? À quoi contraindre les mots rebelles, sinon à définir, par pénitence, la plus haute réalité que puisse connaître l’homme aidé de la grâce, la Sainteté ? » (Ibid., p. 68). Toute l’œuvre à venir se trouve déjà dans les principes qui président à la création de ce roman : la sainteté et l’ordre surnaturel du monde, le poids de vérité qu’il s’agit de rendre aux mots, la lutte contre les idéologies – en particulier contre l’imposture du Progrès –, la figure centrale de l’enfance bafouée (Mouchette) et ignorante d’elle-même etc. Les modalités n’en sont ensuite que secondaires, dans la mesure où elles sont subordonnées à une certaine idée de la « condition de l’homme » indissoluble pour lui d’une « vision catholique du réel », selon le titre d’une conférence faite en 1927 à Bruxelles (cf. Le crépuscule des vieux).
Paray-le-Monial, photographie de Guy Braun.
« Il y a (…) longtemps, affirme-t-il en 1943, que je crois qu’un véritable écrivain n’est que l’intendant et le dispensateur de biens qui ne lui appartiennent pas, qu’il reçoit de certaines consciences pour les transmettre à d’autres, et s’il manque à ce devoir, il est moins qu’un chien. (– Ceci, selon moi, n’est qu’un aspect de cette coopération universelle des âmes que la théologie catholique appelle la Communion des saints. Que ce nom de saints, ne vous fasse pas peur, si vous n’êtes pas chrétien !... Il est pris ici dans son sens évangélique. C’est le pseudonyme de bonne volonté. –) » (CI, t. II, p. 510-511). Bernanos reconnaît bien volontiers qu’il a reçu beaucoup de son enfance, à laquelle il est toujours redevable : « Quant à mes livres, ce qu’ils ont de bon vient de très loin, de ma jeunesse, de mon enfance, des sources profondes de mon enfance » (CI, t. II, p. 502). Ne disait-il pas déjà dans Les Grands Cimetières sous la lune  : « Qu’importe ma vie ! Je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus. Oui, ce que j’ai d’honneur et ce peu de courage, je le tiens de l’être aujourd’hui pour moi mystérieux qui trottait sous la pluie de septembre, à travers les pâturages ruisselants d’eau (…) de l’enfant que je fus et qui est à présent pour moi comme un aïeul. (EEC, t. I, p. 404).

Les héros bernanosiens se présentent tous (le curé de Lumbres doit acquérir durement cette qualité) comme des enfants. Jeunes pour la plupart, ils en ont gardé la fraîcheur peut-être, l’innocence, la capacité de s’émerveiller et de faire confiance, parfois accompagnée d’une certaine maladresse devant les puissants, ceux qui réussissent dans la vie. N’est-ce pas au reste ce que leur entourage reproche à Chantal dans La Joie, au curé d’Ambricourt dans Le Curé de campagne, à Constance dans les Dialogues des Carmélites  ? « La gaieté des saints qui nous rassure par une espèce de bonhomie familière n’est sûrement pas moins profonde que leur tristesse, mais nous la croyons volontiers naïve, parce qu’elle ne laisse paraître aucune recherche, aucun effort, ni ce douloureux retour sur soi-même qui fait grincer l’ironie de Molière au point précis où l’observation des ridicules d’autrui s’articule à l’expérience intime », lit-on dans La Joie (OR, p. 599). Chantal ne se préoccupe pas de sa vie, qu’elle voit « toute petite », alors que son entourage se demande ce qu’elle fera demain. Mais c’est qu’il n’y a pas de demain pour elle : l’important est à ses yeux de « faire parfaitement les choses faciles » (OR, p. 558), de se donner à chaque instant sans réserve (« Beaucoup d’être se sacrifient, qui n’auraient pas le courage de se donner » (OR, p. 586)).
Il serait faux en effet de penser que Bernanos, tel les romantiques, regrette le temps de l’enfance. Elle est pour lui devant et non derrière : « Si je marche à ma fin, comme tout le monde », écrit-il, « c’est le visage tourné vers ce qui commence, qui n’arrête pas de commencer, qui commence et ne se recommence jamais, ô victoire ! » (Les Enfants humiliés, EEC, t. I, p. 107). L’abbé Chevance, dans L’imposture, est tout aussi enfant que sa fille spirituelle, Chantal, malgré son grand âge. Bernanos n’écrit-il pas : « Dans l’état présent du monde, devenir un vieillard est presque aussi difficile que de devenir un Saint. Vous croyez qu’on entre dans la vieillesse par ancienneté, imbéciles ! Vous n’êtes pas des vieillards, vous êtes des vieux, des retraités » (Français si vous saviez…, EEC, t. II, p. 201-202) ? La véritable vieillesse est un accueil du jour fidèle à l’enfance. Lui-même avoue ailleurs : « J’ai perdu l’enfance, je ne pourrais la reconquérir que par la sainteté » (CI, t. II, p. 503). L’enfance est avant tout une confiance en l’avenir, une manière de vivre l’aujourd’hui sans s’inquiéter du lendemain ni se laisser appesantir par le passé, sans se laisser arrêter ou seulement ralentir par la peur. Or Bernanos est sujet, depuis l’enfance, à de terribles crises d’angoisse. On sait qu’il tira un jour un coup de carabine sur le miroir qui le reflétait ; on se souvient moins, souvent, qu’il vécut la guerre des tranchées, « ce petit espace de quelques lieues carrées, grouillant de moribonds » (CI, t. I, p. 104), fut enterré vivant sous un obus durant la guerre et resta plusieurs minutes terribles sous « l’avalanche de terre et de fer », suspendu entre vie et mort ; qu’en 1923 une perforation intestinale, aggravée d’un abcès, d’une infection des reins, d’une cystite, le cloua « le ventre entrouvert » près de deux mois sans antibiotiques, évidemment ; que deux accidents de moto le laisseront infirme… « Choisir la vie », selon le précepte biblique, n’est donc pas un vain mot pour lui. Est-il inconvenant de penser que la description si prégnante qu’il fit bien souvent du suicide (12 dans ses œuvres romanesques !) dérive aussi de pensées qui l’assaillirent parfois, même s’il les refusait aussitôt ? Lorsqu’il écrit : « Il est peu d’hommes qui, à une heure de la vie, honteux de leur faiblesse ou de leurs vices, incapables de leur faire front, d’en surmonter l’humiliation rédemptrice, n’aient été tentés de se glisser hors d’eux-mêmes, à pas de loup, ainsi que d’un mauvais lieu » (Les enfants humiliés, EEC, t. I, p. 831), il ne parle pas que des autres, il sait le poids de l’être et ce qu’est « la tentation du désespoir » (Sous le Soleil de Satan, titre de la Première partie, chap. 1, OR, p. 116 sq.).
Bernanos était dans la vie un homme très gai (il avoue fuir la compagnie de ses enfants pour travailler non parce que leur bruit le gêne, mais parce qu’il a toujours envie d’aller jouer avec eux, et son rire était contagieux) ; il n’est pas question d’en faire un écrivain déprimé qui cultiverait le noir et écrirait pour se défouler. Il était tout au contraire un homme qui aimait passionnément la vie et « le doux Royaume de la Terre ». C’est pourquoi il pouvait parler d’« un désespoir inflexible qui n’est peut-être que l’inflexible refus de désespérer. Je viens d’écrire ce mot de désespoir par défi. Je sais parfaitement qu’il ne signifie plus rien pour moi. Autre chose est de souffrir l’agonie du désespoir, autre chose le désespoir lui-même. (…) [L]’espérance est une victoire, et il n’y a pas de victoire sans risque. Celui qui espère réellement, qui se repose dans l’espérance, est un homme revenu de loin, de très loin, revenu sain et sauf d’une grande aventure spirituelle, où il aurait dû mille fois périr. (...) Celui qui, un soir de désastre, piétiné par les lâches, désespérant de tout, brûle sa dernière cartouche en pleurant de rage, celui-là meurt, sans le savoir, en pleine effusion de l’espérance. (...) Si j’ai les œuvres de l’espérance, l’avenir le dira. L’avenir dira si chacun de mes livres n’est pas un désespoir surmonté. Le vieil homme ne résistera pas toujours ; le vieux bâtiment ne tiendra pas toujours la mer ; il suffit bien qu’il puisse se maintenir jusqu’à la fin debout à la lame, et que celle qui le coulera soit aussi celle qui l’aura levé le plus haut » (Français, si vous saviez…, EEC, t. II, p. 1174).

L’espérance, vertu de qui a traversé l’épreuve, caractérise les personnages bernanosiens tout autant que de leur créateur. Comme lui, ils savent que « [p]our rencontrer l’espérance, il faut être allé au delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. (…) L’espérance est une vertu, virtus, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté » (La Liberté pour quoi faire ?, EEC, t. II, p. 1262-1263). « L’espérance est un risque à courir », comme l’avenir lui-même, « [e]lle est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme » (La Liberté…, p. 1315). Bernanos tenait ainsi particulièrement au chapitre du Journal racontant la rencontre entre le légionnaire et le curé d’Ambricourt, où celui-ci connaît le risque béni de la jeunesse et reçoit la révélation de l’amitié : « Le chapitre que je viens d’écrire, je l’avais sur le cœur, depuis des mois, presque depuis la première ligne de mon livre ». Il précise immédiatement : « Ce n’est pas qu’il vaut mieux que les autres, mais de tous mes bouquins celui-ci est certainement le plus testamentaire. Pour que l’obscur sacrifice de mon héros soit parfait, je veux qu’il ait aimé, et compris, à une minute de sa vie, ce que j’ai tant aimé moi-même. J’avais besoin d’un grand matin triomphal, et de la parole d’un soldat » (CI, t. II, p. 120).
Ses personnages connaissent aussi bien la vertu de l’espérance que ses difficultés. Si Chantal et l’abbé Chevance, saints lumineux, vivent comme naturellement en elle, ils agonisent pourtant dans des tentations proches du désespoir et ont besoin de la compassion d’autrui pour la surmonter. Un bref dialogue de La Joie (OR, p. 675) en rend l’essentiel :

« J’ai trop méprisé la peur, avouait-il un jour, j’étais jeune, j’avais le sang chaud.
« Comment ! C’est vous qui parlez ainsi, s’était-elle écriée, vous ? Est-ce que vous allez faire entrer la peur dans le paradis ?
« (…) Pas si vite ! Pas si vite ! En un sens, voyez-vous, la peur est tout de même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi saint. Elle n’est pas belle à voir – non ! – tantôt raillée, tantôt maudite, renoncée par tous… Et cependant, ne vous y trompez pas : elle est au chevet de chaque agonie, elle intercède pour l’homme. »

L’espérance est pour Bernanos non pas le contraire de la peur, mais l’inverse du rêve (« J’ai mis trente ans à reconnaître que je n’avais rien, absolument rien. Ce qui pèse dans l’homme, c’est le rêve…, affirme Chevance dans La Joie (OR, p. 615)). Elle est la vertu des forts, de ceux qui choisissent de renoncer aux illusions, aux mensonges sur autrui comme sur soi-même. Ainsi l’abbé Chevance reprend-il fermement, presque violemment, le menteur et le pécheur lorsqu’ils s’attaquent à Dieu et à eux-mêmes (c’est tout un : « Vous avez été cruelle exprès, comprenez-vous ? C’est comme si vous aviez tué votre âme, pour en finir, d’un seul coup » (L’imposture, OR, p. 491)). L’imposture, qui précède La Joie et en constitue le premier volet, présente de manière poignante l’inverse de ces « enfants » que sont les saints. Bernanos y critique la médiocrité des gens d’Église pactisant avec l’esprit du monde et l’ambition, le désir de gloire, le vide… Lorsque l’abbé Cénabre, brillant intellectuel, écrivain de renom, se tourne vers son enfance, il n’y voit que l’ambition de sortir d’un milieu qu’il méprise et avec lequel il décide qu’il n’aura « jamais rien en commun » (OR, p. 460), « un immense orgueil » et une volonté qui ne pourra pas être pliée mais seulement brisée. « Chacun de ses pas », écrit le narrateur, « avait été une rupture avec le passé », chacun avait été aussi un progrès dans le mensonge. Car « [p]our mentir utilement, avec efficace et sécurité plénière, il faut connaître son mensonge et s’exercer à l’aimer ». Ce même orgueil qui le pousse à refuser l’enfant qu’il aurait pu être, qu’il était avant le choix du mensonge, en fait un « prêtre sans la foi », le pire des imposteurs. Pourtant, il cédera au « À quoi bon ? », « sinistre parole (…) au principe de tous les abandonnements » (OR, p. 461). Il en arrive à des gestes absurdes, que lui-même ne s’explique pas, refuse la beauté qui l’entoure et la science qui fut sa gloire ; car lorsque l’âme est morte, plus rien ne peut vivifier l’être : Monsieur Ouine, dont la curiosité démoniaque, l’avide désir de percer le secret des âmes, a causé le désespoir et/ou la mort de plusieurs personnes, découvre au moment de mourir non pas qu’il n’a rien, comme l’abbé Chevance, mais qu’il n’est rien, qu’il est « vide » : « [E]st-ce possible ? Je me vois maintenant jusqu’au fond, rien n’arrête ma vue, aucun obstacle. Il n’y a rien. Retenez ce mot : rien ! » Mais l’être ne peut vivre ainsi, et Monsieur Ouine ajoute presque aussitôt : « J’ai faim. (…) Je suis enragé de faim, je crève de faim. (…) On ne me remplira plus désormais. (…) Hélas ! qu’eussé-je partagé ? Je désirais, je m’enflais de désir au lieu de rassasier ma faim, je ne m’incorporais nulle substance, ni bien ni mal, mon âme n’est qu’une outre pleine de vent. (…) Je n’ai même pas un remords à lui jeter pour tromper sa faim (…). Au point où je me trouve, il ne me faudrait pas moins de toute une vie pour réussir à former un remords. (…) Toute une vie, une longue vie, toute une enfance… une nouvelle enfance. (…) Je ne puis déjà plus rien donner à personne, je le sais, je ne puis probablement plus rien recevoir non plus » (Monsieur Ouine, OR, p. 1552-1555).

« Tant d’hommes naissent, vivent et meurent sans s’être une seule fois servis de leur âme ». La fidélité à l’enfance est au contraire une fidélité au don de soi et à la capacité de tout recevoir sans jamais s’approprier le don reçu. C’est « le miracle des mains vides » dont parle le petit curé d’Ambricourt, qui permet de donner à chacun ce dont il a besoin alors même qu’on pense ne pas le posséder pour soi. Il permet de « faire face », selon l’expression favorite de Bernanos, à la fois à la monotonie du quotidien et à l’extraordinaire d’événements déroutants, jusqu’au plus important de tous, la mort : « J’entends bien qu’un homme sûr de lui-même, de son courage, puisse désirer faire de son agonie une chose parfaite, accomplie. Faute de mieux, la mienne sera ce qu’elle pourra, rien de plus. (…) Car l’agonie humaine est d’abord un acte d’amour. (…) Pourquoi m’inquiéter ? Pourquoi prévoir ? Si j’ai peur, je dirai : j’ai peur, sans honte. Que le premier regard du Seigneur, lorsque m’apparaîtra sa Sainte Face, soit donc un regard qui rassure ! » (Journal d’un curé de campagne, OR, p. 1256). Car « la suave enfance monte la première des profondeurs de toute agonie » (Monsieur Ouine, OR, p. 1428). Se jetant à corps perdu dans la vie, au contraire de tous ceux qui autour d’eux préfèrent les demi-mesures, les abdications discrètes, les renoncements silencieux, les « enfants », les saints de l’œuvre bernanosienne ne renoncent jamais, car il n’est « d’autre mesure pour l’homme que de se donner sans mesure à des valeurs qui dépassent infiniment le champ de sa propre vie » (Lettre aux Anglais, EEC, t. II, p. 58). L’épreuve les frappe comme tout un chacun, mais ils l’enveloppent en quelque sorte de la douceur de l’impuissance : convaincus qu’ils ne peuvent rien par eux-mêmes, ils s’en remettent à Dieu et ne se préoccupent pas d’être ou non des témoins, des modèles ou des objets de scandale : la mort du curé d’Ambricourt (chez son ancien collègue de séminaire, prêtre défroqué, malade vivant en concubinage avec une pauvre fille, son ancienne infirmière) peut bien sembler déconcertante aux yeux des bien-pensants, elle est le lieu où le prêtre accomplit pleinement sa vocation, où il se « réconcilie » définitivement avec lui-même, « avec cette pauvre dépouille » (Journal d’un curé de campagne, OR, p. 1258). Car « Ce n’est pas l’épreuve qui déchire, c’est la résistance qu’on y fait. Je me laisse arracher par Dieu ce qu’il voudrait que je lui donne. (...) Certes, je n’ignore point que Dieu me veut tout entier, et j’ai toujours quelque chose à lui dérober, je ruse avec lui risiblement. C’est comme si je voulais éviter son regard, qu’il a si fermement posé sur moi, pour toujours. Au premier signe de soumission, tout s’apaise. La douleur a retrouvé, dedans, son équilibre » (août 1918).

En définitive, nous sommes nous-mêmes l’épreuve qu’il nous faut courir. Le curé d’Ambricourt reconnaît au moment de sa mort : « Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ » (Journal, OR, p. 1258). Ces propos rejoignent ceux des Enfants humiliés, écrits presque en même temps : « La difficulté n’est pas d’aimer son prochain comme soi-même, c’est de s’aimer assez pour que la stricte observation du précepte ne fasse pas tort au prochain » (EEC, t. I, p. 827). Contre l’épreuve que nous sommes à nous-mêmes, il n’est d’autre remède, pour Bernanos, que de s’en remettre à Dieu de toute chose, en évitant à tout prix le mépris, en « ne comptant jamais que sur cette espèce de courage que Dieu dispense au jour le jour, et comme sou par sou » (Dialogues, OR, p. 1652). Qu’importent alors les changements, les imprévus, les humiliations de toutes sortes, les choix crucifiants… L’important est d’avancer, toujours. Les pages de Bernanos sur la beauté de la route dans Monsieur Ouine en disent quelque chose : « Qui n’a pas vu la route à l’aube, entre ses deux rangées d’arbres, toute fraîche, toute vivante, ne sait pas ce que c’est que l’espérance » (OR, p. 1409), pense Philippe. Et cette route le pousse à s’interroger sur l’importance du jour présent : « “Pourquoi pas demain ? Demain, il serait trop tard. L’occasion perdue ne se retrouvera pas. À vingt-quatre heures près, se dit-il avec ivresse, on perd sa vie.” Et certaine voix caressante jamais entendue, aussi terrible dans ce matin clair que l’image de la volupté sur un visage d’enfant, soupire indéfiniment : “Perds-la ! perds-la !” Certaine phrase, lue quelque part (il ne sait où, hélas !) va et vient dans sa mémoire avec la régularité d’un battant d’horloge. “Qui veut sauver son âme la perdra… qui veut sauver son âme… qui veut sauver…” Zut ! » (Monsieur Ouine, OR, p. 1408-1409). Philippe renonce pourtant.

Blanche de la Force, la petite sœur « Blanche de l’Agonie du Christ », qui rappelle « Jeanne relapse et sainte », semble dans un premier temps assez semblable : désespérant de pouvoir surmonter sa peur, elle abandonne sa communauté et fuit au château de son père. Lorsque Mère Marie vient la chercher, lui rappelant le vœu de martyre qu’elle a prononcé, Blanche se réfugie dans sa peur et dans le mépris qu’elle inspire. Mais « le malheur (…) n’est pas d’être méprisée, mais seulement de se mépriser soi-même », lui rappelle la religieuse, car cela incite à toutes les démissions et ouvre la porte au désespoir, qui ferme, lui, tout avenir. Blanche, comme Jeanne, reviendra sur le moment de lassitude, de peur, de faiblesse, qui lui fit renoncer un temps non seulement à la parole donnée mais à la vérité qu’elles entrevoyaient. La « dernière à l’échafaud », elle reprendra la prière des carmélites guillotinées et, s’offrant d’elle-même au bourreau, portera leur prière à son terme. Elle assumera alors, sans trop savoir comment, le don de la fidélité d’une autre.

Mouette sur le lac de Bracciano, photographie de Guy Braun.

Car la fidélité au don de l’enfance, au don tout court, est essentielle non seulement pour soi mais pour autrui. Il faut voir là une conséquence de la Communion des saints, dogme essentiel pour Bernanos. De même que nous pouvons « prier les uns à la place des autres » (Dialogues des carmélites, OR, p. 1586), de même « [o]n ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ? » (Dialogues, OR, p. 1613). La vie nous engage donc bien au delà de ce que nous pourrions imaginer ou appréhender. C’est pourquoi il est essentiel, aux yeux de Bernanos, d’y faire tout son possible, dans le domaine qui est le nôtre, « à la place où Dieu nous a mis » : d’autres, dont nous ne saurons peut-être jamais rien ici-bas, dépendent de notre fidélité. Son engagement littéraire, sa fidélité à sa vocation naissent de cette conviction. « Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même, en effet, est déjà disposé à la trahir. Il ne s’agit pas de savoir si cette liberté rend les hommes heureux, ou si même elle les rend moraux. (…) Il me suffit qu’elle rende l’homme plus homme, plus digne de sa redoutable vocation d’homme, de sa vocation selon la nature, mais aussi de sa vocation surnaturelle » (La France contre les robots, EEC, t. II, p. 989).

« Je ne me sens pas du tout la conscience du monde », explique Bernanos à la fin des Enfants humiliés. « Mais c’est assez dire que la petite part de vérité dont je dispose, je l’ai mise, ici, à l’abri des menteurs. S’il ne dépendait que de moi, je voudrais l’enfouir encore plus profond, car c’est à elle que je tiens (…). J’ai reçu ma part de vérité comme chacun de vous a reçu la sienne, et j’ai compris très tard que je n’y ajouterai rien, que mon seul espoir de la servir est seulement d’y conformer mon témoignage et ma vie. Peu de gens renient leur vérité, aucun peut-être… ils se contentent de la tempérer, de l’affaiblir, de la diluer. “Ils mettent de l’eau dans leur vin”, comme cette expression populaire me paraît juste, profonde ! Mais elle ne convient pas à toutes les espèces de trahisons envers soi-même. (…) Je comprends de plus en plus que je n’ajouterai rien à la vérité dont j’ai le dépôt, je ne pourrais m’en donner l’illusion. C’est moi-même qui devrais me mettre à sa mesure, car elle étouffe en moi, je suis sa prison, et non pas son autel » (EEC, t. I, p. 901-902). Son journal des dernières années, son agonie et sa mort (« À nous deux ! » lui lança-t-il au dernier moment) témoignent de la fidélité avec laquelle il chercha à se rendre adéquat à cette vérité.

Bibliographie :

Georges Bernanos, Œuvres romanesques, Pléiade, 1962, 1992
Essais et écrits de combat, t. I, Pléiade, 1971, 1988
t. II, Pléiade, 1995
Correspondance inédite, t. I et II, Plon, 1971
t. III, Plon, 1983
Le Crépuscule des vieux, Gallimard, NRF, 1956
Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos à la merci des passants, Plon, 1986


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