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L’amour qui ne se réalise que dans la mort, par Didier Lafargue

26 septembre 2011

par Didier Lafargue

L’amour qui ne se réalise que dans la mort
à travers le thème de Tristan et Yseut :
Une plénitude exprimée différemment dans chaque civilisation.


Le drame vécu par deux amants dans l’histoire de Tristan et Yseut est universel. L’originalité de chacune de ses expressions réside dans la manière différente qu’ont les peuples de le ressentir.

La ressemblance ramène à l’idée d’apparence, celle qui donne la représentation d’un être ou d’une chose conformément à la vision que nous renvoient nos sens. Pourtant, dans son sens étymologique, elle évoque le thème de l’identité. Précisément, au-delà de la simple apparence, qu’est-ce qui fait l’identité d’une œuvre ?
Il arrive souvent, lorsque l’on se prend à considérer deux œuvres d’art, sculptures, peintures, œuvres littéraires, que l’on soit frappé par une certaine similitude entre l’une et l’autre, dans leur forme ou dans la pensée profonde dont elle relève. Le fait n’est pourtant qu’apparent car bien souvent elles émanent de deux modes de pensée différents. Pourtant, il peut advenir que le thème de base soit le même. Une telle constatation nous amène à nous interroger sur un mode d’expression bien traditionnel, celui qui a trait au mythe.

Voici déjà plus de deux mille ans, Platon, philosophe athénien, avait élaboré une philosophie appelée à avoir un grand retentissement, celle relative à ce qu’il avait appelé les Idées. Tout ce que nos sens percevaient ici-bas n’était qu’une représentation imparfaite de celles-ci, autrefois entrevues par l’âme, et l’on pouvait seulement tenter de les approcher en élevant nos aspirations, soit en nous conformant à un idéal. Ce fut le rôle des poètes, pendant très longtemps, de transcrire celui-ci au moyen d’images appropriées. Bien plus tard, Carl Gustav Jung a pris la même voie en énonçant sa théorie de l’inconscient collectif, lequel recelait selon lui des archétypes, sources des mythes et des symboles présents dans les religions, contes et légendes. A partir de là, le mythe s’est défini comme une histoire exemplaire, profondément vitale, exprimant toujours une part essentielle de la nature humaine.
Un de ces archétypes est celui ayant trait à l’âme, de nature masculine chez la femme, de nature féminine chez l’homme. Ce dernier ayant de tout temps donné le ton, l’usage s’est établi de parler d’une âme et de donner toute sorte d’images de celle-ci au sein de la création artistique. Fées, walkyries, nymphes ont ainsi été les représentantes de cette tendance si fortement enracinée en l’homme. C’est le thème de l’éternel féminin toujours présent en lui et souvent source de sa vie créative. A partir de là, des œuvres évoquant la vie sentimentale ont témoigné de cette valorisation toute particulière accordée à l’âme.

Tristan et Yseut.
L’une d’elle est la légende de Tristan et Yseut. Elle est née au début du Moyen Age et l’on ignore qui en est l’auteur, ce dernier n’ayant pas eu la chance de Virgile né au siècle du tout puissant Auguste, son protecteur. Plusieurs auteurs, depuis lors, se sont attachés à écrire leur propre version de l’histoire et, jusqu’à nos jours, il s’est trouvé des créateurs pour exprimer leur conception. Les plus célèbres d’entre eux furent Beroul et Thomas d’Angleterre au XIIe siècle.
Ce thème trouve son répondant dans le monde oriental avec l’Histoire de Majnûn et Laylâ. Issue du folklore arabe, elle est née au Proche Orient, chez les bédouins du désert. Plusieurs auteurs en ont donné eux aussi leur version au cours des âges. Ainsi au VIIe siècle, des poèmes issus de plusieurs mains, sont mis au nom de Majnûn. Plus tard au XIIe siècle, le poète persan Nizâmi, composera son propre récit.
Si les deux légendes relèvent incontestablement du même mythe, il n’en est pas moins certain qu’elles comportent des différences liées à leur naissance dans deux univers profondément différents, sources, précisément, de leur identité.

Un mythe intemporel et universel.
Il faut en quelques mots résumer l’histoire de Tristan et Yseut et celle de Majnûn et Laylâ.
Neveu du roi Marc de Cornouailles, le chevalier Tristan accomplit son premier exploit en tuant un géant nommé Le Morholt. Blessé, il s’abandonne dans une barque avant d’être recueilli et soigné par Yseut, en Irlande. Plus tard, revenu auprès de son oncle, celui-ci n’ayant pas d’enfant, il lui propose de le marier avec Yseut qu’il compte ramener en Cornouailles. Après maintes péripéties, il finit par obtenir la main de la jeune fille et reprend la mer avec elle. Sur la nef, les deux jeunes gens boivent par erreur un philtre les rendant amoureux pour l’éternité. Marc épouse Yseut et les amants tentent d’oublier leur passion. Un jour, prévenu par des barons jaloux de son neveu, Marc les surprend ensemble et les condamne à mort. Tristan s’enfuit, enlève Yseut et vit avec elle quelque temps dans la forêt du Morois. Finalement, Yseut doit revenir auprès de son époux. Blessé mortellement au cours d’un combat, Tristan demande à revoir sa bien aimée avant de mourir. Le roi Marc donne son accord, Yseut peut partir. Elle arrive trop tard, Tristan venant de trépasser. Elle s’étend à ses côtés et meurt à son tour, unie à lui pour l’éternité.

Le récit de Majnûn et Laylâ suit une trame différente.
Appartenant à deux clans rivaux, Laylâ et Majnûn s’aiment depuis l’enfance, mais leurs parents s’opposent à leur union. Devenu adulte, Majnûn demande la main de Layla, mais il est éconduit. Il s’enfuit dans le désert où, sombrant dans la folie, il vit parmi les animaux. Il écrit des poèmes pour crier son amour, suscitant la colère des parents de son aimée qui demande au calife d’intervenir. Un jour, Layla vient rendre visite à Majnûn. Celui-ci refuse de la voir car il veut que son amour reste pur et ne soit pas diminué par la vision du corps de l’être qu’il aime. Layla se marie. Peu après son mari meurt et une fois passé le temps du veuvage, les jeunes gens se rencontrent. Le temps pour Laylâ est passé et elle rend l’âme. Majnûn expire sur sa tombe. Les deux amants seront réunis au paradis.
Dans l’un et l’autre récit, l’amour s’est emparé des deux êtres en dépit de leur raison et de leur volonté et quels que puissent être leurs efforts pour s’en libérer.

Layla and Majnun in the central courtyard of Shangri La Qajar period, late 19th century Iran Doris Duke Foundation for Islamic Art
L’histoire de Tristan et Yseut détient un caractère universel en ce qu’elle évoque le thème de l’amour qui ne se réalise pleinement que dans la mort. Le Moyen Age, époque de profonde spiritualité, devait en effet considérer que celle-ci unifie les âmes. Dieu est plein de pitié, pensait-on, et tous les obstacles rencontrés dans la vie sentimentale entre deux êtres ici-bas seront pleinement abolies dans l’au-delà. C’est l’amour éternel, fidèle et total. Ce mythe est plus répandu qu’on ne le pense et a des correspondances nombreuses : Hector et Andromaque, Ulysse et Penelope, Pyrame et Thisbé.

Ainsi, ce qui fait la caractéristique de l’histoire de Tristan et Yseut, celle de Majnûn et Laylâ, est l’irruption de l’amour dans une société aux règles rigides et codifiées. Ce sentiment, pur et authentique, se place au-delà de la légalité, en dehors de l’institution du mariage, n’arrive à maturité, qu’après avoir triomphé de grands obstacles. Ceux-ci sont représentés par les barons félons jaloux de Tristan dans le roman courtois, par la famille de Laylâ dans la légende arabe. En tentant de surmonter leur opposition, l’amour entre les deux êtres est éprouvé. Partant, il demeure une fin en soi, sans visée sociale particulière telle la volonté d’avoir des enfants.

Si ce désir est inassouvi, il peut aboutir à la folie. C’est ce qui arrive à Majnûn, obsédé par son amour pour Lailâ et ne pouvant la posséder, à tel point que ses proches se mettent à le surnommer « le fou de Layla ». « Fou d’amour, me voici qui erre à l’aventure… Fou de toi et par toi, je suis le Fou, j’en jure… Je souffre, je suis fou d’amour, je désespère : Ecartez-vous de moi, ne prenez pas mon mal ! » [1] Tristan connaît une situation quelque peu comparable. Lorsque, après avoir erré dans la forêt du Morrois, lui et Yseult rencontrent l’ermite Brangian, celui-ci leur fait voir l’égarement mental dans lequel leur âme est tombée. Tristan ne possède alors plus aucun libre arbitre puisque, affirme-t-il, il s’assure incapable de rompre le lien affectif le liant à sa compagne. Ainsi va-t-il à l’encontre de la doctrine chrétienne, laquelle estime que l’homme a toujours le loisir de choisir.
En mettant au pinacle l’amour ainsi exprimé, les deux légendes accordent un rôle éminent à la femme. Une société se mesure en effet à la place donnée à celle-ci, une place civilisatrice permettant au cœur et au sentiment de progresser. En Occident, le roman courtois a introduit la femme dans le monde, en a fait l’inspiratrice des gestes, des hauts faits et de la poésie. Ainsi l’affirme Bertrand de Ventadour, l’un des plus grands poètes du Moyen Age, lequel, du simple fait qu’il est amoureux, estime que ses œuvres en sont valorisées d’autant. L’être le plus faible et le plus démuni se permet alors d’avoir toutes les exigences. A une époque où la vie sociale restait dominée par les hommes et où la femme était contrainte de se marier pour des raisons politiques, les troubadours ont su donner d’elle une image plus personnelle et plus triomphante. Ainsi, Yseut est maîtresse d’elle-même et, à côté d’un Tristan parfois surpris par les évènements, sait avoir les initiatives adéquates et trouver rapidement les bonnes solutions.

Un rôle similaire a été dévolu au sexe féminin, à une certaine époque, en Orient. En Iran, patrie du poète Nizami, on affirme que l’origine de la poésie lyrique remontait au temps où la femme occupait une place importante dans la société, tout particulièrement dans la gestion des activités agricoles. La littérature avait alors tendance à l’exalter, en lui donnant parfois l’apparence d’une déesse.
Plus que l’homme, la femme, qui enfante, entretient un rapport intime avec la nature. Précisément, un thème essentiel de l’histoire de Tristan et Yseut comme de celle de Majnûn et Laylâ est la place tenue par celle-ci. Le mythe remonte en effet dans un passé ayant précédé la civilisation, une époque où l’homme vivait en communion avec la nature. Tristan ainsi comprend le langage des oiseaux. « [Les amants] allaient et venaient, conversant ensemble, et écoutaient dans leur marche le doux chant des oiseaux. Puis ils se dirigeaient vers l’endroit où murmurait la source fraîche, et tous deux écoutaient son chuchotement, ainsi que le doux murmure du ruisseau qui s’en échappait » [2]. Dans le roman occidental, jouent leur rôle la forêt, la mer, les landes et les gués. Dans la légende orientale, sont présents le désert, le vent, des éléments minéraux, végétaux ou animaux, que ce soient les plantes ou les oiseaux. « Nous partis, le ruisseau de Na’Mân a-t-il coulé encore, et la vallée, toujours, poussé vers nous ses eaux comme un acte d’amour ? » [3]. La nature entière est complice de l’amour entre les deux êtres, et le monde entier semble être un vaste théâtre au sein duquel joue leur rôle toutes ses composantes dans le drame vécu par les amants. Entre lui et ces derniers existe une unité contribuant à grandir leur aventure sous l’œil du Tout puissant.
Très justement, Dieu est présent dans l’une et l’autre œuvre et sous Son œil les deux amants vivent leur aventure. Comment pourrait-on s’en étonner si l’on songe au caractère mystique pris par le mythe ? Qu’est-ce qu’une mystique sinon un cheminement personnel nous conduisant, par étapes successives, vers la connaissance du mystère au plus profond de notre être ? Dans les deux légendes, les amants pensent n’obéir qu’à la seule volonté divine en vivant pleinement leur amour face à l’hostilité de leurs semblables. « Mais Dieu à qui il plut de les protéger commit par la suite un grand miracle », [4]

Une expression différente d’un thème à dimension universelle.
Malgré tout, n’en déplaise au caractère universel du mythe, celui-ci prend des contours différents selon les lieux où il fait sentir son influence. Les peuples n’ont pas les mêmes manières d’exprimer leurs sentiments, et leur relation avec le monde se forme à partir d’un contexte géographique, historique ou culturel qui leur est propre. Il apparaît ainsi que ce thème s’est exprimé différemment en Orient et en Occident dans trois domaines bien précis, le rapport avec la nature, celui avec les hommes, celui avec Dieu. Il semble que les péripéties du roman occidental donne à celui-ci un dynamisme en parfait contraste avec le récit oriental lequel offre plus de subtilité et de discrétion.
La nature ne prend pas la même valeur dans l’histoire de Tristan et Yseut et dans celle de Majnûn et Laylâ. D’abord, elle n’offre pas le même visage dans l’une et l’autre région, le Proche-Orient différant fondamentalement de l’Occident chrétien. Dans le premier, c’est l’univers des bédouins nomades, soit le désert immense et aride, image de la solitude, du retrait choisi par Majnûn dans sa désolation de se voir refuser la main de Layla. Le désert est bien sûr absent du monde européen. Le rôle qu’il détient y est tenu par la forêt, sauvage et mystérieuse, toujours objet d’inquiétude pour les habitants des villes. Dans les légendes celtiques, elle était assimilée à un sanctuaire. A la fois source d’angoisse et de sérénité, elle représentait la vie même. Là se retirent Tristan et Yseut, en opposition avec le monde des hommes.
Mais outre cette différence géographique incontestable, c’est la façon d’appréhender le monde naturel qui varie d’une légende à l’autre. Dans celle orientale, elle ne fait qu’illustrer le drame vécu par les jeunes gens. Elle accompagne leur vie, rythme leur aventure, autrement dit s’offre uniquement comme une référence, une image de leurs déboires. Dans le monde chrétien, l’évocation de la nature va bien plus loin en ce sens qu’elle s’implique pleinement dans la trame des évènements. On note ainsi le rôle tenu par la mer. Celle-ci montre à quel point l’histoire de Tristan et Yseut est tributaire des pays celtes, ceux-ci ayant toujours été marqués par la présence de l’univers liquide. Ainsi, la barque sur laquelle s’en va Tristan s’anime presque d’une vie personnelle. Les mouvements des eaux favorisent les désirs de nos deux héros ou bien s’opposent à leur dessein. « Alors Tristrant voulut partir sur les flots […]. [Tristrant] souffrit beaucoup des caprices du vent, qui le poussait dans un sens puis dans l’autre, si bien que, dans son état d’affaiblissement, il ne pouvait que constater la direction que prenait la barque. Puis un grand vent l’emporta, le poussa vers l’Irlande et le jeta sur la grève devant l’un des châteaux du roi, en un endroit donc où l’attendait une mort certaine » [5]. Ce rôle tenu par la mer pourrait à la rigueur trouver son répondant dans un élément particulièrement familier au désert, le vent, et celui-ci est souvent cité pour exprimer un sentiment connu par l’un ou l’autre protagoniste. « Je pense au vent chargé du parfum des lavandes, Et qui passe, là-haut : au Najd soufflera-t-il ?..., Laylâ me reste au cœur, et ma voix renouvelle Cette plainte qui passe aux fentes du roseau… » [6]. Il ne reste malgré tout qu’une image, encore loin d’avoir le dynamisme de la mer.
Le rapport entre les amants et la société offre aussi des différences notables. Certes il s’en faut de beaucoup que les deux univers aient une structure identique. Le monde chrétien se caractérisait alors par une organisation de type féodal, des liens hiérarchiques de seigneur à vassal. Le cadre dans lequel s’inscritMajnûn et Laylâ donne une image différente, celle des bédouins arabes régis par les règles des clans, en lutte les uns avec les autres, un état social expliquant les difficultés rencontrées.
Là aussi, la mentalité diffère d’une légende à l’autre. En effet, dans l’univers occidental, les amants se mettent d’emblée contre la société. Ils choisissent de s’en soustraire totalement en se réfugiant au sein de la forêt du Morrois, y vivant une existence contre les usages établis puisqu’ils vivent un amour adultère.
Telle n’est pas la voie suivie par Majnûn et Laylâ. Leur désir est en effet plus humble puisqu’ils n’aspirent qu’à ce que leur amour soit accepté. Laylâ ne trompe pas son mari et une certaine pureté caractérise leur sentiment. Lorsqu’elle vient trouver Majnûn, celui-ci se refuse à la voir, considérant que son corps serait un voile entre lui et l’amour qu’il lui porte. Si l’on songe au tabou frappant les rapports sexuels dans le monde musulman, on ne peut s’étonner de cette réaction. L’amour éprouvé par le bédouin reste de nature spirituel, et il l’exprime seulement par un moyen propre à sa race, la poésie. Celle-ci a en effet toujours caractérisé l’univers arabe. Peuple du désert, ce dernier a voulu exprimer le souffle qui parcourt celui-ci par des vers appropriés, témoignant d’un goût très fort pour les belles métaphores.
Enfin, le lien entretenu avec Dieu n’a pas la même nature dans l’un et l’autre récit. On assiste à deux conceptions différentes de la divinité, celle qui oppose depuis des siècles les deux religions, chrétienne et musulmane. Dans la légende orientale, le Dieu imposé aux amants est bien celui propre à la tradition musulmane, celle d’un Islam encore jeune qui veut absolument promouvoir la conception d’un monothéisme exclusif. Dieu y apparaît comme lointain, omniscient, en aucun cas présent dans les formes visibles de notre monde. Seuls les effets de son action sont présents sur les êtres, ainsi lorsque Majnûn est frappé de folie « Ah ! C’est ainsi qu’on s’emporte contre les décrets de Dieu et qu’on s’oppose à ses arrêts ! ». [7]
Il en va différemment en Occident où Dieu s’est incarné dans un être de chair. La légende de Tristan et Yseut reste, de plus, très imprégnée de paganisme. Ainsi, Dieu est constamment présent tout au long de l’œuvre et on l’imagine même parfois comme un personnage caché. Des évènements insolites semblent manifester son action et apparaissent comme des avertissements destinés à orienter les deux amants. Une atmosphère de miracle baigne dans le récit et l’on y sent constamment la main du Tout puissant. Surtout, Il montre son pouvoir par des moyens terrestres, une idée inconcevable pour un croyant musulman, par exemple lorsqu’il permet que l’amour soit provoqué par un philtre.

Ainsi, par-delà l’universalité d’un thème à caractère intemporel, peut-il exister diverses façons de l’exprimer conformément aux usages propres aux peuples à une époque déterminée. La simplicité réside justement dans la manière la plus épurée dont a été traduit un thème de tous les temps, en accord avec la tradition culturelle d’une civilisation. L’originalité ressort alors du génie de l’artiste qui a su user des lois présidant à l’art de son pays pour retranscrire au mieux des sentiments toujours éternels.
On relève ainsi que bien souvent, il ne sert à rien de décrier une œuvre pour son prétendu manque d’inspiration sous prétexte qu’elle ressemble à une création l’ayant précédée, et que le langage des artistes peut toujours s’appuyer sur un réservoir d’idées présent dans notre âme et dont peuvent se prévaloir les poètes à toutes les époques.


Bibliographie :

• Philippe Walter, Le Gant de Verre : le mythe de Tristan et Yseut, La Gacilly (56200), 1990.
Tristan et Yseut, Paris : Gallimard, 1995.
• André Miquel, Deux histoires d’amour De Majnûn à Tristan, Paris, Odile Jacob, 1996.
• Majnun, Le Fou de Laylâ, Paris : Sindbad, Actes Sud, 2003.
• René Grousset,L’âme de l’Iran, Paris : Albin Michel, 2009.
• Mahnâz Rezaï, La poésie lyrique persane, Revue de TEHERAN, n°38.

Notes

[1Majnûn, L’Amour poème. Paris : Sindbad, 1984, pp. 23, 54, 60, 70, 72 et 95.

[2Gottfried de Strasbourg, Tristan et Isolde, IV, 11.

[3Majnûn, L’Amour poème, op. cit., p.96.

[4Tristan et Yseut, Paris : Gallimard, 1995, v. 755-756. est-il dit dans le roman de Béroul.

[5Eilhart d’Oberg, Tristrant.

[6Majnûn, L’Amour poème, pp.27, 31, 35 et 85.

[7André Miquel, P.Kemp, Majnûn et Laylâ, l’amour fou. Paris : Sindbad, 1984, pp.226 et 244.


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