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« Just being here / Rien que présence », par Vincent O’Sullivan

1er mai 2008

par Vincent O’Sullivan

Dans un numéro précédent, nous avions souligné l’importance de la main chez ce poète néo-zélandais spécialiste de Katherine Mansfield. Ce poème vient ici nous rappeler qu’elle est présence.

Just being here
 
It has to be a thin world surely if you ask
an emblem at every turn, if you can’t see bees
arcing and mining the soft decaying galaxies
of the laden apricot tree without wanting
symbols – which of course are manifold – symbols
of so much else ? What’s wrong with the huddle
and glut of bees, with those fuzzed glorious
globes by the hundred and the clipped out
sky beyond them and the leaves that are black
if you angle the sun directly behind them,
being themselves, for themselves ? I hold out my palms
and you pile apricots on them stacked three
deep, we ask who can we give them to
who haven’t had their whack of apricots
as it is ? And I let my hands tilt and the plastic
bag that you hold rustles and plumps with their
rush, I hold one back to bite, its taste
is the taste of the colour exactly, and this
hour precisely. And memory I expect is storing
for an afternoon far removed from here
when the warm furred almost weightlessness
of the fruit I hold might very well be a symbol
of what’s lost and we keep on wanting, which after
all is to crave the real, the branches cutting
across the sun, your standing there while I tell you
‘Come on, you have to try one !’, and you do,
and the clamour of bees goes on above us, ‘This
will do,’ both of us saying, ‘like this, being here.’
Rien que présence
 
Il faut que le monde soit de peu de substance pour que tu demandes
un emblème à tout instant, pour que tu ne puisses voir des abeilles
courbant et explorant les suaves galaxies abîmées
de l’abricotier lourd de fruits sans appeler
les symboles – une myriade bien évidemment – symboles
de tant d’autres choses ? Qu’y a-t-il de mal à ce que la foule,
la cohue des abeilles, ces splendides globes duveteux par milliers et le ciel en fragments
par-delà – les feuilles, noires, en une certaine incidence du rayon solaire juste derrière
[elles,
qu’y a-t-il de mal à ce qu’elles n’aient d’autre présence qu’elle-même ? Je tends les mains
et sur ma paume tu empiles les abricots par trois,
nous demandons à qui nous pouvons les donner,
qui n’aura pas eu déjà sa part d’abricots ?
J’incline les mains et le sac
de plastique que tu tiens bruit et gonfle
quand ils tombent. J’en garde un pour y goûter. Il a la saveur
de sa couleur, exactement, à cet instant
précis. Et j’espère en conserver le souvenir
pour une après-midi lointaine, bien plus tard
quand le duvet chaud du fruit léger
que je tiens pourrait très bien devenir le symbole
de ce qui s’en est allé et que nous continuons de désirer, ce qui est,
après tout, chez nous, soif du réel, les branches
traversant le soleil, et toi, qui te tiens là tandis que je te dis :
« Allez ! Il faut que tu y goûtes ! », ce que tu fais,
et les abeilles au-dessus de nos têtes ne cessent de bourdonner :
« Ceci nous suffit, « disons-nous tous deux, « ceci, notre présence ici. »
 
Traduction Anne Mounic


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