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Judith Chavanne : poèmes

25 avril 2009

par Judith Chavanne

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Lac de Bolsena, Italie. Photographie de Guy Braun.

Ce qui est

On s’est assis,
une chaise de jardin est restée, oubliée,
près du cerisier jauni.
L’air est doux, le ciel gris,
la saison encore un peu indécise,
et négligée : des feuilles au sol sont froissées,
que la terre n’a pas encore amalgamées.
Rien n’a semble-t-il de nécessité : ni
le râteau dans l’herbe abandonné,
ni la pie, l’ancien désir
dont la mémoire soudain nous est redonnée,
la rose intacte dans la cage
que forment les branches du rosier, ni la pensée
depuis longtemps qu’on n’avait plus destinée
à la sœur d’enfance… Rien, mais on inventorie,
et le goût irrésistiblement nous vient
de ce qui est.

Rien, que le désir de prendre soin,
d’un même geste peigner
les cheveux de l’enfant et couper
le bouton fané d’une rose, allant
de l’enfant à l’arbre au buisson
dont sont tombées les feuilles ;
mettre la main, mais avec nonchalance,
sans acharnement ni projet,
caressant un jardin de tous ignoré
durant les après-midi travaillés,
et touchant l’enfant
parce qu’elle en a besoin pour sa croissance.
Rien, si cela se pouvait, que cela :
une douceur en passant.

On a songé à ce bouquet
comme, des jours durant, on le fait d’une invitation.
On a convié les enfants, prêtes à nous suivre
puisqu’il s’agissait de fleurs.
Les hortensias ronds et joufflus,
réunis, forment une brassée d’abondance
et de couleurs – rose fané et vert ténu – qui réjouissent
quand en novembre on n’y croyait plus.
On a voulu en faire présent
(sait-on qui l’on veut accueillir par ces dons ?)
On l’a placé à la fin au milieu
de la pièce que l’on dit à vivre, visible dès le seuil.
C’est à lui en entrant qu’on s’abandonne,
posant un regard sur les fleurs d’automne.

On s’est assis, oisif après-midi.
Il a plu, on n’a rien voulu
qu’entendre dehors la chute sourde, la pluie,
et dans les sapinières se déployer
le vent, sa rumeur dans les tentures,
non pas un feuillage, des pelisses plutôt de verdures.
Ainsi on écoutait chuinter les météores
dans les heures creuses et vides en apparence,
et dans l’oreille un même bruissement.
Puis, l’enfant a demandé qu’on lui fasse une natte,
on s’y est appliqué,
le temps prenait une épaisseur d’étoffe et de cheveux,
la densité qui nous fuit
à force de rêver notre puissance, de tant d’activité.


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