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Jonathan Hart, poèmes traduits par Nicole Mallet

25 septembre 2018


Musing / Rêveries

I.

The boughs lay withered beyond the brow
The village hung in the hollow, unseen
As your hand that night, the moon
A reflection of that lapse, the copse
And bower hidden down the lane, now
Your flesh, the blush of a plum
Caught the sun as it slipped, the yard
In bloom as dusk hushed the orchard
And the search of darkness was almost
Upon us : it leaves an old man breathless
To feel all that again, even as a distant
Aftermath, the harvest already done.
The marrow simmers and shivers long past the time
When young blood thrills at the April wind.

II.

What is not said in the garden
The roses could almost hear, the whisper
Of thorns caught our hearts like a limb
Awry, unable to make the stile, the meadows
Stretching down to the river, the ghosts
Of war poets, murmuring of love, haunt
The hedges and the pub. The darkness
Of December remains a trace, the years
Have run from our bones and we would not
Believe it until it happened. These fingers
Are stiff with time and the mind stunned
That it would be thus. Time happens to other
People, bent out of shape like a pear tree
In a gale : beyond the wall you speak still.

III.

The sparrow on the trough is world enough
As bright as any cardinal : it cannot swoop
Like a barnswallow, cannot glide like a gull,
Is not as exalted as a dove. It’s strange
How birds become signs in the mind, how they
Are projections of ideology,
Of love, riding the wind beyond ink,
Never left to their own devices. In writing
Of you, small, brown and plain, I feel the guilt
Of misrepresentation, not allowing you to be
As you are, to yourself and nature, a little
Like a poet writing to his love of his love.
Pictures and similitudes shroud the eye
That is a mirror that cannot see itself.

IV
The garden in the ruined abbey brims
With lovers, the voices of Dane, Viking,
Tudor faint beyond the choir, choristers
Practising within the walls. The roses
Recall the dead airmen, the trees reaching
Over the stream. You used to play here
And still do. Windows of the night curtain
The pavement at nightfall, and I dreamt
That time reversed itself and we were going
Back, although nothing could be the same,
And I wondered whether second chances
Were lost causes. The sun falls on the walk
As if it were the moon, the laughter
Of children being what we were and might have been.

V.
Your face was the chalk in these hills
The rain galloping on the metal roof
The wind from the sea shaking our windows
That was seven years ago now : our bones
Live in the land but not quite. You are still
Lovely though a bit stooped : my eyes cannot see
Matter – lovers have souls even though
Satires and the tabloids have it right
Some of the time. The water pounds down through the trough
And drowns out pomposity. I began
To speak about love : the moon yawns over the gate
And you sleep with your thoughts. There I will err
In describing the bond that frees in this storm.

Musing / Rêveries

I.

Les rameaux gisaient flétris par-delà la colline,
Le village niché au creux du vallon, invisible
Comme ta main ce soir-là, la lune,
Reflet de cette éclipse, le taillis
Et la charmille cachés au bout du sentier, c’est alors
Que ta chair, rosée comme la prune,
Capta le soleil à son déclin, le jardin
En fleurs, alors que, la pénombre venant, le verger se taisait
Et que la quête de la nuit nous enveloppait
Presque : le vieillard reste sans voix
Quand remontent ses sentiments, même comme un regain
Suranné, la moisson presque finie.
La moelle frémit et frissonne longtemps après le temps
Où le sang jeune palpite au vent d’avril.

II.

Ce qui est tu dans le jardin
Les roses pouvaient presque l’entendre, le chuchotis
Des épines s’emparait de nos cœurs comme la jambe estropiée
Qui ne peut franchir la barrière, les prés
S’étendant jusqu’à la rivière, les fantômes
Des poètes de guerre, leurs murmures d’amour, hantent
Les haies et la taverne. L’obscurité
De décembre est encore palpable, les ans
Ont usé nos os, et nous refusions
D’y croire avant que cela n’arrive. Ces doigts que voici
Sont raidis par le temps, l’esprit est sidéré
Qu’il en soit ainsi. Le tems s’abat
Sur les autres, ployés et déformés comme un poirier
Dans la tourmente ; par-delà le mur, tu continues de parler.

III.

Le moineau perché sur l’abreuvoir est tout aussi
Rutilant qu’un cardinal. Il ne peut voler à tire d’ailes
Comme l’hirondelle des granges, ni planer comme une mouette ;
Il n’a pas l’exaltation de la tourterelle. Etrange
De voir comme les oiseaux deviennent des signes dans l’esprit, comme
Ils sont des projections d’idéologie,
D’amour, voguant au gré du vent, par-delà l’encre,
Jamais abandonnés à leurs propres caprices. Quand j’écris
Sur toi, petit, brun et tout simple, je me sens coupable
D’infidélité, ne te laissant pas le droit d’être
Comme tu es vis-à-vis de toi et de la nature, un peu
Comme un poète écrivant son amour à sa bienaimée.
Images et similitudes enrobent l’œil,
Miroir qui ne peut se voir.

IV.
Le jardin de l’abbaye en ruines regorge
D’amants ; les voix des Danois, des Vikings,
Des Tudors s’amenuisent au-delà du chœur, les choristes
Répétant à l’intérieur des murs. Les roses
Evoquent les aviateurs défunts, les arbres se penchent
Au-dessus de la rivière. Souvent tu jouais ici
Et tu le fais encore. Les fenêtres de la nuit masquent
Le trottoir à la tombée du jour ; j’ai rêvé
Que la marche du temps changeait et que nous revenions
En arrière, même si rien ne peut être pareil.
Je me suis alors demandé si les secondes chances
Étaient des causes perdues. Le soleil tombe sur le chemin
Comme s’il était la lune, le rire
Des enfants étant ce que nous fûmes, ce que nous aurions pu être.

V.
Ton visage était la craie de ces collines,
La pluie galopant sur le toit de métal,
Le vent venu de la mer ébranlant nos fenêtres ;
C’était il y a sept ans : nos os
Vivent dans le pays, pas tout à fait pourtant. Tu es toujours
Jolie, bien qu’un peu voûtée ; mes yeux ne peuvent voir
La matière : les amants ont une âme, même si
Satires et tabloïdes ont raison
Quelquefois. L’eau s’engouffre avec fracas à travers l’abreuvoir
Et noie notre suffisance. J’avais commencé
A parler d’amour : la lune baille au-dessus de la barrière
Et toi tu dors, bercée par tes pensées, C’est alors que je vais m’égarer
En décrivant le lien qui libère au cœur de cet orage.


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