Temporel.fr

Accueil > à l’oeuvre > John Presley, poèmes

John Presley, poèmes

27 septembre 2012

par John Presley

Adam Drives Away

and other poems

Adam Drives Away

Bone bound, self celled, crucified, crucifiers,
we will never be gods now.
We walk beside the serpent.
We sleep under gluttonous stars.
Tempted by fast tales of resurrection,
we carry our flesh like a crooked cross,
the currents of time a mere illusion,
poems just words with noises happening between.
She feathers her hands over my body
as though she’s cleansing one or the other,
trembles to think of discrete existence.
I lie beneath, try to think of nothing.
Red leaves down, some will whorl in my mirror.
Work of memory, formed by will : a poem soon.

Adam prend la route

Avec notre destinée de squelettes, ermites en nous-mêmes, crucifiés, crucifiants,
nous ne serons plus des dieux désormais.
Nous nous accommodons du serpent.
Nous dormons sous des astres voraces.
Tentés par les contes de hâtive résurrection,
nous portons notre chair comme croix gauchie,
le fil du temps, simple illusion,
les poèmes, de simples mots entrecoupés de bruits.
Elle effleure mon corps de ses mains légères
comme pour purifier l’un ou l’autre,
et tremble de songer à l’existence singulière.
Au-dessous je repose, essayant de ne penser à rien.
Tombent des feuilles rousses dont certaines s’enrouleront dans mon miroir.
Œuvre de la mémoire, ouvrée par la volonté : poème, bientôt.

Just Arithmetic

Gulls, of course, and plovers working the surf line,
sky strings of pelicans near motionless,
looking side to side for anything to swallow.
Turkey buzzards walk stiff before sunrise,
sift shells from side to side, famished, anxious.

Shrimp trawlers at dawn draw whirling blurry
fogs of gulls, trail quiet lines, more pelicans—
working the nets. Behind, strings of dolphins
follow, seeming playful—their mouths open.
Why bother all the slowing, weaving motion
to be mistaken for tearing of the sea ?

Everything near the sea is about eating
I think, and I hear the water swallow.
The live oaks still push too near the two-lane.
Tourists cast brand new rigs, sit in the sun,
Treble hooks fray bait-meat in the current.
When pelicans fall from the sky on their prey
it is a direction from heaven.

Rien qu’arithmétique

Des mouettes, bien entendu, et des pluviers sur la crête des vagues,
de célestes ribambelles de pélicans presque immobiles,
en quête, côte à côte, d’une quelconque nourriture.
Les vautours manquent de souplesse avant le lever du soleil,
bousculent les coquillages, affamés, anxieux.

Les chalutiers à crevettes séduisent à l’aube de tourbillonnantes nuées
confuses de mouettes, dans leur sillage, tranquilles, des pélicans, encore ‒
attirés par les filets. Derrière, des ribambelles de dauphins
suivent, qui semblent s’amuser ‒ gueule ouverte.
Pourquoi se soucier de tout ce mouvement ralenti de tisserand
que l’on confond avec le déchirement des eaux ?

Tout, au bord de la mer, paraît tourner autour de la nourriture,
Me dis-je, entendant les flots déglutir.
Les chênes bien vivants ne cessent d’envahir l’abord de la route à deux voies.
Les touristes, assis au soleil avec leur attirail tout neuf, lancent leurs lignes,
Les hameçons triples effilochent l’appât dans le courant.
Quand les pélicans tombent du ciel pour fondre sur leur proie,
le ciel ordonne.

Necessary

Bitter is necessary.
Precious.

Even butterflies
when the sun is hottest

will swarm
over river mud,

long tongues
pressed down to dark,

to taste dissolved
minerals,

bitter, mordant,
precious, necessary.

One
even drinks

salt tears
from the

still faces
of turtles in sun.


Salt
is bitter but precious.

And you
and she.

Necessary.

Nécessaire

L’amertume est nécessaire.
Précieuse.

Même les papillons,
au soleil le plus chaud,

se pressent
sur la boue du fleuve,

fouillant l’ombre
de longues langues,

pour y goûter les minéraux
dissous,

amers, mordants,
précieux, nécessaires.

On
boit même

les larmes de sel
qui ruissellent

sur les visages tranquilles
des tortues au soleil.

Le sel
est amer mais précieux.

Et toi,
et elle.

Nécessaires.

Traduction d’Anne Mounic.


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page