Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Notes de lecture > Joël Vernet, par Nelly Carnet

Joël Vernet, par Nelly Carnet

20 avril 2013

par Nelly Carnet

Joël Vernet, Rumeur du silence. Petit traité de la marche en saison de pluies. Fontfroide-le-Haut : Fata Morgana, 2012.

Dans une langue plus simple, plus dépouillée et plus légère, Joël Vernet rejoint son compatriote Dominique Sampiero dans le sens où tous les deux cherchent une espèce de lumière dans le quotidien qui les entoure, qu’ils contemplent et qu’ils vivent au centre d’eux-mêmes. Une poétique du regard se dessine livre après livre pour l’un comme pour l’autre. Sampiero est charnel dans les mots qu’il couche sur le papier accompagnés d’une forte poignance lorsque Vernet semble traverser l’espace avec des mots transparents évoquant une certaine dématérialisation du monde.

Rumeur du silence est un recueil de brèves proses poétiques à la recherche de « la vie paisible », « haute clairvoyance » qui chasse « la souffrance ». Elles s’écrivent dans l’environnement immédiat et le lieu d’habitation qui permettent une respiration minimale à celui qui se pose un instant pour écrire entre deux en aller. Les dessins de Michel Potage reflètent l’ensemble du recueil avec des soleils levant ou couchant, des herbes folles, une maison de village retiré dans les collines, un lézard, une abeille, une fenêtre ouverte sur la lumière du jour, des pelles et des fourches abandonnées au pied d’une remise … En ce lieu, un ordre élémentaire garant d’une certaine idée de sérénité s’impose contre toute la complexité et le désordre de la société au cœur de laquelle violence et haine ont le verbe haut. L’écrivain dit sa désappartenance à celle-ci et lui renvoie ce qu’elle projette autour d’elle.

Face au non sens, un lieu retiré et simple, le souvenir de quelques aïeules dont la pauvreté était le lot quotidien permettent d’écrire et d’exister. La vie, l’évanouissement, la disparition respirent dans cette écriture. L’émerveillement d’un enfant de dix ans suscité par un papillon au « velouté mauve et or » élève l’âme vers d’autres mondes limpides et légers. Mais cette image en côtoie d’autres, plus tragiques, comme celle de l’homme « qui est sans cesse penché vers le sol » car « la mort lui voûte les épaules ». Les phrases chuchotent, font entendre la qualité du silence de la langue, la vie qui frissonne mais ne crie pas. On y traverse le temps et les saisons tranquillement. L’élémentaire reprend ses droits et l’on poursuit la marche et la vie : « A chaque instant le jardin me donne la main pour marcher dans le jour. »

Chez le même éditeur, est réimprimé le Petit traité de la marche en saison des pluies dont la première parution date de 1999. Plus exaltée, plus tracassée, plus révoltée se présentait alors cette écriture retraçant un voyage en Afrique en compagnie du peintre Jean-Gilles Badaire. Elle ouvrait sur d’autres horizons. L’écrivain éternise la marche à travers un présent de narration qui participe au caractère poétique du texte. Pour Vernet, « marcher ce devrait être inventer, conquérir ce qui nous manque cruellement : le soleil, la rosée sur les pierres, la vastitude, les sentes inconnues, de neuves rêveries. Marcher, ce devrait être trouver l’autre vie. »


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page