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Joël Vernet, par Nelly Carnet

22 septembre 2014

par Nelly Carnet

Joël Vernet, Les petites heures précédé de Au bord du monde et suivi de La maison immobile. Castellare-di-casina : Editions Lettres Vives, 2014.

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Chacune des proses vagabondes de ce recueil s’ancre dans un pays natal que l’auteur revisite régulièrement : la Margeride, au nom doux et sonore pour une enfance éloignée. La langue doit être capable d’épouser la nostalgie aussitôt gommée par la vivacité du souvenir et l’acuité d’un regard qui se pose sur la campagne simple, paisible et élémentaire. La compagnie de la nature s’avère souvent plus bienveillante que celle des congénères face auxquels une certaine culpabilité peut poindre, obligeant le narrateur à s’enfoncer dans le mutisme. La prose poétique a la charge de faire remonter l’invisible du monde dans une langue corporelle en particulier lorsque l’écrivain marche tout en écrivant dans sa tête.
Le silence, celui que la mort du père a imposé à la famille, pèse sur les lèvres. Il s’agit de faire entendre ce même silence mais dans une langue légère au cœur de la Margeride et de soi-même où froid et lumière ne craignent pas de se côtoyer. Le recueil est traversé des réminiscences d’un village reculé et habité par des personnalités buvant et jouant à la table du café du coin sans toujours être capables de reconduire la voiture jusqu’à la maison. Celle qui servait à boire, bien que beaucoup plus âgée, fit rêver le narrateur, jeune révolté à la Rimbaud, alors peu soucieux d’exercer un métier et assurer son avenir, comme paralysé par le deuil du père. Au froid laissé par l’absence peut se substituer l’insouciance. Certains passages sont plus pittoresques mettant en relief les embardées de la jeunesse et ses figures typiques.

Les dernières pages sont consacrées à la demeure natale abandonnée à la poussière et aux ronces, aux intempéries et à la ruine. Elle est devenue un « théâtre de fantômes ». Mais « les choses les plus oubliées, les plus enfouies ne sont-elles pas les plus vivantes ? » Autrefois habitée, cette maison avait déjà ouvert ses fenêtres au monde grâce aux rêveries du narrateur. Celui-ci se souvient d’avoir « recherch[]é sur les poutres jaunies du plafond [son] atlas. » Plus tard, il emportera ce lieu situé au bord du monde dans ses pérégrinations très lointaines mais cette fois-ci bien réelles.


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