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Joël Cornuault

29 avril 2012

par Anne Mounic

Joël Cornuault, Ce qui fait oiseau. Paris : Isolato, 2011.

Ce recueil d’essais se place sous le signe de l’oiseau, qui suspend « le contact avec le monde sensible et porteur de chagrins » et permet de créer « un univers mental qui ne soit pas trop dépendant du visible ». Il y est question d’« esprit de l’interstice, cette recherche de l’échappée par où s’infiltre la lumière aux moments les plus inattendus. Afin, jurerait-on, de nous suggérer une décision, de nous montrer une voie à suivre à travers quelque faille du monde clos ». A propos d’Enfantines de Valéry Larbaud, à ce que d’aucuns nommeraient « fuite régressive devant la réalité », Joël Cornuault oppose les « troubles qu’engendre dans le monde l’excès d’utilité, de résultat, de maturité », retrouve, dans les passages parisiens, l’esprit de l’interstice évoqué auparavant et salue celui, « rebelle, anti-Ambition, anti-Rétribution, anti-Puissants », d’Elisée Reclus. L’apparition de « Frère chevreuil » suscite une réflexion sur la relation, sur le Je et le Tu et la lecture de nouvelles contemporaines suivie de celle d’Emerson donne lieu à cette suggestion : « Aller à l’existence plutôt que de rechercher l’effet. L’un de nos devoirs dans la lutte contre l’apocalypse est simple : lire ce qui est écrit dans une langue riche, séminale. N’enter en contact avec ce qui est mal écrit que contraint par un besoin d’information. Se dessiller les yeux à propos de la culture dépressive. » Dans le même mouvement, l’auteur de ce recueil cherche des « ouvertures » non dans l’exceptionnel, mais dans le commun, « car, comme dit Plotin encore, cela n’était pas un spectacle, mais une approche de l’insaisissable ».

Cet approfondissement de l’expérience de chaque jour nécessite que soit mis de côté l’Ennui, ce « monstre délicat » dont parle Baudelaire, et que la joie, modestement, le supplante, mais l’esthétique commerciale réclame que ses adeptes recherchent l’effet plutôt que l’existence puisque celle-ci se réduit au monde fini, nécessairement privé d’interstices.


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