Temporel.fr

Accueil > à l’oeuvre > Jean Paul Gavard Perret : poème

Jean Paul Gavard Perret : poème

26 avril 2010

par Jean-Paul Gavard-Perret

BLATTES BROYEUSES
ET
AUTRES POUX DINGUES



Voici la perte dont l’insecte dessine le lieu. Le scarabée tout comme la puce différencient le travail du deuil de celui de la mélancolie. Les deux permettent de reconnaître l’endroit où la vie se creuse, se mange du dehors et du de dedans.

Ecrire le bestiaire invertébré qui nous habite de tant de larves revient à tatouer ce qu’on prend pour notre vide grenier et qui est aussi plein qu’une sous-pente ou un garde-manger.

Je n’ai jamais voulu le comprendre et je suis resté à me faire manger la patate par mes doryphores intestinaux.

S’il me faut demeurer fidèle à ma vie, écrire devient la tentative de mettre des noms sur les insectes qui me sucent le sang. J’essaie des actes pour les faire sortir par pénétration afin de devenir le propre insecticide de mes insectivores.

L’écriture peut la diptère en nous lorsque la décision radicale qui nous habite l’impose. L’écriture peut donc l’insecte qu’il soit à l’état de larve ou d’adulte.

Elle peut décrypter son infirmité de nymphes. Elle doit opérer la coagulation non des fantasmes mais de la métamorphose des ordres orthoptères ou rynchotes qui nous affectent et nous grignotent.

Avant même et après la parole, au début comme à la fin de la terre il y a eu et il y aura l’insecte. Chacun nous est fait à son image ? Nous sommes poux parmi les poux. Il faut les chercher plus loin que dans la tête.

On croit les parasites étrangers mais ils nous lient au peu que nous sommes. Ils créent l’espace qui nous sépare de nous-mêmes. Ils rappellent la vie d’avant le jour et d’avant le langage.

Il convient donc d’entrer dans leur grouillement. Nous nous y débattons non sans ambiguïté . Nous préférons souvent l’impureté de leur présence que la caserne de notre prétendue pureté. Passons donc du paroxysme de l’idéal à l’abîme suceur de sang.

Sur ou en nous le morpion persiste. Il ne cesse de nous aiguillonner pour accentuer nos ongles pris dans la folie meurtrière de nous gratter le suint.

L’insecte nuisible reste une germination. Quel nom donner à leur espace sinon leur nom qui remplit tout notre corps ? Celui-ci n’entre pas dans une phrase. Nos morpions, poux et puces ne sont pas que des repères lexicaux. Ils fabriquent une perspective que nous voulons ignorer.Sans cesse ils glissent vers le tronc de nos heures.

Pouvoir des insectes. Leur hantise, leurs coloris, leurs "cris", leur "crinière". L’incendie larvaire n’est jamais maîtrisé. Restent leurs empreintes, leurs traces.

Ils demeurent sous le silence apparent. Sauf dans les les instants où écrasant les nuisibles l’inconscient se concentre pour percer sa peau à travers la leur.

Qu’est notre corps si ce n’est une immense réserve pouilleuse ? On n’est rien, à personne, personne n’est rien sinon aux puces. Nous venons d’elles. Et vers elles nous retournons au sein de nos galeries intérieures.

Notre paquet de viande et de nerfs n’est qu’une forêt sauvage où nos fauves demeurent tapis. Leurs trajets font chemin en nous.

Pour nous en défendre nous avons inventé l’insecticide et le religieux. Ils sont devenus le sens de notre moindre. Mais en dieu comme dans le gaz asphyxiant l’esprit est aussi aveugle qu’impatient.

L’un comme l’autre voulant nier ce “ que ” n’exprime toujours que le “ comment ”. Preuve qu’il ne sont pas qu‘une invention faite pour cacher la pestes qui nous terrasse. Il la fomente.

L’insecte dans notre monde intestinal ne fait pas beaucoup de bruit mais il grouille. Leur gaz visite nos miasmes. Il en signe son extension.

Nos viscères sont autant de canyons qui offrent les fissures où non seulement l’insecte se cache mais nous même nous nous cachons en charognard de nos propres charognes.

Et quand la nudité du corps découvre ses nuisibles en lui peut-il les apprivoiser ? En quel sens le mot “ écrire ” peut-il tuer l’insecte ? La nudité du mot écrire égale-t-elle son crime ?

Exposer ne revient pas à se défaire du nuisible. Mais une telle nudité peut mettre au moins au jour ce qui fait la débauche, la pusillanimité, l’absence de vertu. Le mot “ écrire ” affronte jusqu’au bout l’activioté insectivore qui nous habite.

“ Tu dois te gratter ” dit l’écriture. Il n’est pas jusqu’àu sexe à devenir pieuvre, mollusque à ventouses. Le morpion met au dehors la violence du dedans dans un surgissement volcanique Elle devient l’intimité ouverte.

Le speculum est dans la tête, le couteau à dissection dans le cœur. Ce dernier devient une entraille gonflée de lépidoptères et de névroptères.

Leur peste et leur venin sont partout. Ils éclairent la vase du sang qui les cache. Ils font parler ce qui se tait. Ils prouvent que ce que nous pensons reste une erreur conforme.

Ecrire les métamorphoses de la nymphe revient à s’arracher à l’erreur mystique. Ce qui habite l’être n’a rien à voir avec dieu sauf à penser que l’insecte a lui-même une spiritualité vagissante. Qu’il est un Narcisse mélancolique ou la mante religieuse hantée par la maladie de l’idéalité.

Les mots ne parlent plus le langage de l’amour. Ils n’espèrent rien des hommes. Car l’insecte renvoie à deux chaos. Celui de nos marais, celui des nos étendues continentales. Nous sommes en territoire - conquis (et non pas en territoire conquis).

Ceci est notre corps dont la langue n’est que le lapsus. Archiptères, thysanoures peuplent l’antre où nous habitons. Ils sont nos hôtes innombrables et accouchent notre chimère.

Nous en restons pétris. Notre merde et notre sang qui tendent toujours à refroidir les nourrissent. Ce n’est peut-être pas beaucoup mais ça leur suffit. Ils se seraient contentés de moins.

Le morpion nous dit comme Mme. Edwarda au bordel, écartant les jambes "Regarde la fente par ce que je suis ton Dieu".

A chacun ses insectes, leur thorax et leur abdomen. L’âme humaine est soluble dans ses larves. C’est pourquoi sans doute penser n’apprend pas à vivre et vivre n’apprend pas à penser.

L’écriture naît dans la fièvre de nos mouches tsé-tsé. Sachons que nos raies alitées et infectées font nos succès damnés. A nous de faire avec. En avant doute


temporel nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page