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Jean-Paul Dadelsen, par Nelly Carnet

22 septembre 2013

par Nelly Carnet

Jean-Paul Dadelsen, La beauté de vivre, poèmes et lettres à l’oncle Eric. Préface de Gérard Pfister. Paris : Arfuyen, 2013.

A propos de son neveu Jean-Paul Dadelsen dont il fut très proche, Erik Jung dit : « Il avait trop de pudeur pour parler de lui-même et de ce qui le travaillait dans son for intérieur. » C’est pourquoi, dès son adolescence, le jeune poète écrit et envoie des poèmes qu’il accompagne de missives au rythme alerte et au ton convaincant mais où ses interrogations, ses doutes, ses recherches ne cessent de s’exprimer. On découvre un jeune homme qui s’affiche contre la « convention », « l’artifice », l’« hypocrisie » pour se tourner vers le « vrai », « le simple », les deux préceptes du paysan qui l’attire davantage que l’intellectuel. Cependant, l’oncle le décrit également comme une personne dont la « nature avait été d’une complexité et d’une diversité exceptionnelle ».

A seize ans, Jean-Paul Dadelsen rêve de vol et de gloire. Sa verve est un élan verbal. La force lyrique semble être sans limite. Le sixième mouvement de l’ensemble intitulé Prières nous en livre un exemple caractéristique : « Nature, je serai sans faiblesse et sans peur, / tenace et généreux comme une bonne terre, / Fort comme un jeune fauve et doux comme une fleur, / Et pour l’amour de vous, mon âme sera claire. »

Il peut également être critique à son propre égard comme dans la lettre adressée à son oncle et sa tante le 24 décembre 1929 : « Il me faut faire un effort pour plus de personnalité encore, plus de sincérité, plus de simplicité. Ecrire des vers toujours plus simples et plus dépouillés de tout artifice. Il ne faut écrire que ce qui est vécu, ou tellement profondément ressenti, tellement ancré en l’imagination que c’est comme vécu. »

Le pays du poète se situe dans les nuées, un là-bas qui ressemblerait quelque peu à celui de Baudelaire. Dans un texte qui épouse le rythme de la marche, Dadelsen vient inscrire symboliquement les fluctuations de l’âme, s’égarant ou reprenant sens sur le bord du chemin : « Mais le grand Rêve de mes jours / M’emplit et monte en moi / Et je marche toujours vers mon horizon lointain. » A d’autres moments, il se rapproche des en allers ou des considérations rimbaldiennes. On entend en effet de nombreux échos de ses lectures de jeune adolescent : « J’irai dans l’ombre des arceaux, / Perdu dans mon exaltation qui aura le goût des sèves. » « Je suis de la race de ceux qui tuèrent saint Boniface, race païenne, race sauvage ».

Dans une lettre datée du 27 janvier 1930, l’« Erlebnis » et la « sensibilité » sont privilégiées afin d’écrire des textes de qualité qui respirent la vie. Il n’a pas hésité à mettre les mains dans le cambouis, par exemple dans un garage en tant qu’apprenti. Pendant près d’une année, il a travaillé à une « poésie plus simple » lisant Katz et Guillevic tout en restant en contact avec la vie « des gens vraiment humains » et loin des « gens de cerveau ».

Les missives envoyées à son oncle lorsqu’il est étudiant à Paris entre 1930 et 1931 parlent de ses rencontres, de sa vie d’étudiant. Il y décrit son quotidien. L’objectif du poète est d’être à part pour être soi-même. Il convient alors de ne pas s’intégrer dans quelque milieu professionnel que ce soit. Chaque lettre vient éclairer ce qu’il écrit, ce qu’il vit. La préface de Gérard Pfister autour du questionnement « Comment devient-on poète ? » prend aussi bien en compte le recueil de lettres et de poèmes, que la vie, les activités et les influences artistiques de Dadelsen. Deux éthiques importantes qui ont orienté le travail créatif du poète se révèlent progressivement. Pfister retrace le bref parcours du poète météore de Strasbourg à Paris, de Paris à Londres…, tentant de se libérer de certaines chaînes : la mère, la patrie et la religion. Dadelsen est alors à la recherche d’une authentique identité. Mais sa mort prématurée l’a sans doute empêché d’aller jusqu’au bout de sa recherche.


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