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Jean-Marc Simonnet, poèmes

27 septembre 2012

par Jean-Marc Simonnet

Vol en V
et autres poèmes

Vol en V

Poésie
Tragique embellie

Ballet calme des corps équipés de loquets
Chutant sans merci
Impavides
Ralentis

Couloir à s’y méprendre
Passe de Ripolin
A lustre d’apparat

Brillantine de toutes coulisses
Gomina raffinée pour plaire

Poésie
Pastilles de pentacles adhésifs

Pinceau de miel sur les murs insipides
Escorte bras dessus bras dessous vers un jour élégant

Et aussitôt dite
L’hélium est en boule au sol
Les parpaings vont en vol en V

*


L’automne en un exemplaire unique et universel

A trop vivre par inadvertance
Elles n’ont rien vu venir
L’automne pesant de tout son givre
Et la bise les giclant avec petits fracas
Les feuilles s’empilent à mes pieds
Biftecks carmin luisants
Constituant l’essentiel des pages de mes carnets

De l’amas dans les tons rouille
Je pioche les plus saignantes
Couvertes d’encre ressuée
A la fourche je peux brocher des cahiers
Où s’écrivent des mots humains
Tracés tremblés dans la fine cellulose
Qui boit tout texte en une mauvaise aquarelle

S’il n’est rédigé avec difficulté
Le livre reste vide
Ses signes confondus dans la texture
A révéler au prix d’une alchimie de grimoire
L’ouvrage est emballé
Prêt à m’être offert
Je l’ai relié avec mes nerfs

*

Hommage à Henry Shrapnel

C’est à moi
L’éclat affleuré dans les ornières des tombereaux
Telle averse ramène son trésor létal

Laiton fonte fer
Rouillés de honte d’avoir manqué un ventre
Un bras

Nous sommes au pays des anciens trous
Des vieilles sapes en auges
Quand bleus et verts se haïssaient par-dessus la rivière
Quelles belles pépites métalliques ils ont laissées dormantes
Les plus légères germent aux ruissellements
Du fretin brun vite dans le seau
Çà et là
Méticuleux objets froids
Des coupe-papiers ouvrent jusqu’à notre époque

Plus bas
En grattant
Sortent de bien nobles choses
Aux pointes de cuivre
Pleines de plomb fondu en butant dans les tripes
Dont les paillettes noires font d’excellents incendies
Morceaux tronçons bouts alourdissent mon butin

Ainsi
Fusil en main
Par deux nuits d’août
Ma cagnotte se change en plumes
En sujets donnant la pluie par couleur
Ou en miroir insoupçonné

Moi je seul
Ai construit un musée de vestiges
Un mausolée désolant tout en tranchées
En casemates droites sous les mousses et lichens

Casques laminés abris de curieuses fourmilières
Gourdes mitées abandonnées à la régalade
Etuis pour peau d’insectes quand l’air prend aux gencives
Autant de tôles rongées embouties

De cylindres couchés exhumés de leurs caches
Kilos de corps étrangers glanés en nodules
Qui ont déformé mes poches

*


Ma parole contre un de vos gestes

Je n’entends pas vos amples signes
Ni ne vois vos gémissements
Vous hurlez à grands coups de gestes dans mon dos
Vous agitez vos bras pour me crier quelque chose
En vain
Vos chuchotis en remuant les mains restent sans effet
Bougez plus violemment les lèvres derrière moi si vous voulez que je vous aperçoive
Gueulez en secouant brutalement les poings si vous me suivez
Peut-être percevrai-je des bruits de clins d’œil
Quand je suis devant vous ne gardez pas vos murmures en dansant à tue-tête
Sinon vous allez penser que je vous évite

*

Avant-dernier

Je sais le poids d’un souffle humain
A l’image d’une mandarine chaude dans ma paume
Variable selon la taille de l’enjeu
L’imminence de l’issue
Haché d’impatience quand les yeux les doigts remuent des chairs
Lui conférant sa plus triviale noblesse
Il lance au cœur un défi d’éclat
Du sur mesure métronomique

Je connais la taille d’une respiration animale
Balle de mousse rouge rattrapée in extremis au rebond
Elle porte en elle le germe de sa définitive immobilité
Sa tiédeur exposée à tous les regards

Noues brassées malaxées triturées
Avec l’envie d’engloutir encore plus d’air
Celui-là bien chargé d’odeurs de cuisses
Malgré d’étonnants râles couvrant mon songe asperme

Marelle haletante sur sables mouvants
Quatre coins époumonés aux nénuphars
Chat perché en apnée des jours durant
Colin-maillard essoufflé seul

Dernière sentinelle de notre sensible citadelle
A la frontière du dire et de l’entendre
Sur la tangente du canapé où sont assis les autres respirant
Refoulant du goulot leur ammoniaque

Grondement extirpé en fin de substance
Fanal des moindres étincelles
Ultime lueur ultime

L’avant-dernier souffle est le dernier incandescent

*

Nos restes et vestiges

Comme tous les objets chauds
Ne m’oubliez pas dans votre carnet
Ses pages semblent bien volantes

Déjà
Un verso s’en détache

Soyez vigilant
En semant un quark d’image
Vous condamneriez une porte à usage unique

Vous provoqueriez l’éboulement d’une galerie de souvenirs
Encombrée d’objets de fine pacotille
Impatiemment bricolés
Rafistolés de salive
Exposés à l’arrache

Qu’inhumés au profond dans un méandre
Estérifiés
Volatils
Ils seraient charriés sans distinction avec les déblais d’un chantier de fouilles

Et c’est ainsi que finiraient nos affaires
Les miennes avant les vôtres


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