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Jean-Louis Giovannoni, par Nelly Carnet

29 avril 2012

par Nelly Carnet

Jean-Louis Giovannoni, Envisager. Corse : Lettres Vives, 2011. (18€)

D’étranges visages apparaissent à travers cinq portraits de Gilbert Pastor que l’écriture de Giovannoni vient accompagner dans le nouveau recueil Envisager. Déchirée, chaotique, bouleversée, renversée, hachée, est la langue ouverte dans ses viscères avec laquelle Giovannoni s’approprie l’autre. On ne peut ignorer les longues entrevues que peut avoir l’auteur dans le cadre de son travail d’assistant social en hôpital psychiatrique et au cours des ateliers d’écriture qu’il dirige auprès de patients Schizophrènes. C’est sans doute dans la connaissance d’une certaine réalité qui entoure l’auteur que l’on peut comprendre cette écriture psychotique. A quoi ressemble-t-elle ? A du délire aux mots hachés, crachés comme dans un désordre mental. Mais cette écriture règle aussi ses comptes avec la violence écoutée, entendue, incorporée en soi que l’entendant est contraint de projeter sur le papier afin de s’en défaire. Cette violence n’est pas sans rejoindre celle que l’enfant recevait dans les viscères d’une langue à vif et à sang.

Tout comme « on ne peut faire face à une peinture » et à ces visages indéterminés de G. Pastor, on ne peut faire face à la folie côtoyée et en rupture de sens. Dans l’envers de l’endroit ou l’endroit de l’envers, les mots sont retournés. Regarder, c’est garder et écrire, c’est libérer dans la nuit qui s’éclaire. « Peux. Ne peut pas / Garder. Garder visage. / Du soir au matin. Même / Identique. // Ici. Contraction. Tenue / Là-bas. Vide. / Atone. Et lâche. » Nous sommes entre le monde de la réalité et le monde des fous, sur la frontière des deux comme l’écriture du livre se tient sur une bordure.

Le nouveau livre de Giovannoni a tout pour déplaire. Il est loin de toute séduction. Il déconstruit. Il nous résiste comme la folie incompréhensible. Il violente son lecteur comme on peut imaginer la folie violenter celui qui lui fait face. Il violente la langue, la syntaxe, les mots mis à nu dans le décousu de l’inconscient. Que dire des répétitions ou des glissements sonores épousant le geste d’écrire et le mouvement des mots retournés dans le cerveau ? Giovannoni tente-t-il de comprendre l’incompréhensible ? La « DOULEUR » « HURLE » au milieu de plus de douceur. Le corps se déchire dans son cri d’amour ou de naissance. L’auteur n’aura jamais écrit un livre aussi cadencé avec des mots comme cousus dans la douleur d’un enfantement. Les retours à l’enfance scandent la fin du recueil, cherchant un visage de reconnaissance dans une langue syncopée…Les fidèles lecteurs de Giovannoni risquent une nouvelle fois d’être surpris voire dérangés…


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