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Jean-Claude Pirotte

28 septembre 2008

par Anne Mounic

Jean-Claude Pirotte, avoir été. Châtelineau (Belgique) : Le Taillis Pré, 2008.
Passage des ombres. Paris : La Table ronde, 2008.

Voici deux recueils de poèmes de Jean-Claude Pirotte, dont chacun porte un titre un peu nostalgique. Le premier de ceux-ci, avoir été, est dû à Henri Thomas, dont quatre vers sont placés en exergue :
« Toujours ce lys devant la fenêtre
Comme passe le vent d’été ;
Ce n’est plus le temps de renaître
C’est celui d’avoir été. »

Le ton du recueil, composé d’un prologue, de trois parties et d’un envoi, et majoritairement de quatrains, est mélancolique, mais sur un rythme tranquille évoquant le ton de Villon. Le choix de l’octosyllabe y est sans doute pour quelque chose. Il subsiste peut-être un peu d’espoir dans cette strophe rimée :
« une vie de grandes largeurs
un poème un art de changeur
de cuivre en étincelles d’or
et d’eau plate en mile en liqueur » (p. 30)

Mais l’humour est la seule réponse au défi de la durée et du sens de l’existence :
« devant nous c’est l’éternité
ça tombe au poil car c’est l’été
remarque le pêcheur content
nous aurons ainsi tout le temps » (p. 60)

Passage des ombres comprend un certain nombre d’hommages à des poètes disparus, dont André Dhôtel, dont Jean-Claude Pirotte défend l’œuvre avec fidélité. On retrouve là le quatrain et des vers de sept ou huit syllabes, mais aussi l’humour :
« sans le savoir on devient
plus sensible qu’une gouttière
et plus savant qu’un notaire
avouons-le ce n’est pas rien » (p. 115)

C’est peut-être dans ces vers impertinents que transparaît au mieux la personnalité de l’auteur du Club des cancres :
« c’est le bonheur insolent
qui permet d’avancer à
cloche-pied sur les bordures
au grand dam des vieilles dames » (p. 119)

On le retrouve, le cancre, d’ailleurs dans l’« art poétique » de Jean-Claude Pirotte :
« cerclé par le bonnet d’âne
le crâne du cancre bout
marmite dont un peu d’âme
s’échappe en fumée au bout » (p. 137)

Le poète nous y invite à ne pas craindre les rimes « qui n’ont jamais mordu personne » (p. 132), mais qui permettent d’être selon soi-même :
« le poème est venu ma chère
à votre insu, petit fantôme
jamais vraiment héréditaire
traître à l’homme et rebelle à Dieu » (p. 133)

Toutefois, Jean-Claude Pirotte connaît aussi les vertus de la prière :
« nous aurons toujours
la roue de secours
notre Père aux cieux
répare l’essieu » (p. 161)


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