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Jacques Goorma, par Nelly Carnet

30 septembre 2009

par Nelly Carnet

Jacques Goorma, Le séjour. Paris : Arfuyen, 2009.

Autour de huit ensembles aux titres lapidaires et dont le premier – Le Séjour – vient fonder le sujet d’inquiétude du recueil, Jacques Goorma réunit de petites proses écrites sur trois saisons et deux lieux différents, une île grecque et la maison familiale. Dans chacune de ces proses, lumière présence, éveil sont des vitalités naissantes qui se diffusent progressivement dans l’écriture. Celles-ci n’ont de sens que par rapport à la présence du lieu dans lequel tout humain vit. L’homme est remis au centre du texte devant l’objet poétique davantage pour le glorifier que critiquer son éloignement de la simplicité de l’Être conçu comme foyer énergique essentiel. S’il n’existe pas à la manière d’une fleur comme pure « manifestation de cette énergie », c’est parce qu’il est doué d’une conscience d’être qui le détourne aussi bien de la manière simple d’être là. « Seul l’homme pense être quelqu’un, se détache de sa source jusqu’à l’oublier. » Ses actes, ses croyances, ses pensées le poussent sans cesse à rechercher ce foyer dont il s’est privé ou duquel il s’est exilé car, oubliant, il n’habite plus le séjour mais le non lieu.
Las phrases composant ce recueil sont extrêmement concentrées sur elles-mêmes et se tiennent en bordure de la métaphysique. Si certaines affirment, elles cherchent à nommer de l’innommable or il est périlleux de tenter de dire l’indicible. Jacques Goorma s’y risque parce qu’il est celui qui, comme Sherlock Homes, peut dire : « Je ne vois rien de plus que ce que vous voyez, mais je me suis entraîné à le remarquer » ou bien encore « j’habite une rencontre avec l’innomé ». Les mots venus du tréfonds sont des appels d’air, des reconnaissances d’inconnu porté en soi. Le plus intangible cherche une image matérialisante susceptible de le rendre visible tout en allégeant celui qui va à sa rencontre. Le monde fait exister un être humain qui vient se confondre avec son cœur charnel.

Certains lieux deviennent de véritables ouvertures pour le poète qui les métaphorise magnifiquement en « pistes d’envol pour le regard » favorisant la manifestation de cette abstraction ressentie et réfléchie : « le séjour ». Qu’est-ce donc que ce séjour si difficile à résumer lorsque le poète lui-même lui prête quantité de figures pour tenter de le circonscrire ? : Un lieu d’être, qui n’existe pas à la manière d’un objet matériellement plein, mais se ressent, car « le séjour n’est ni quelque chose, ni quelqu’un ». « Il est ce qui entend derrière l’oreille, ce qui voit derrière les yeux, ce qui sent à travers la peau. » Le silence semble être sa principale texture. Dans ce séjour immuable, le poète cherche sa propre identité. « Parce que je suis, je sais, c’est que j’ignore ce que je suis. » Ainsi, l’écriture fait partie intégrante de ce séjour, y participe, et de son « obscurité limpide », offre des émerveillements, pour que « toute prose chemine vers le poème ».


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