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Introduction

23 septembre 2015

par Anne Mounic

L’Italie ou le devenir offert à l’œil et à la conscience

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Au Dôme de Crémone. Photographie de Guy Braun.

L’Italie possède un tel rayonnement musical et littéraire qu’il serait vain de prétendre en rendre compte de façon exhaustive. Les contributions s’avèrent assez variées : Michèle Duclos nous décrit en détail le goût d’Arthur Symons pour l’Italie tandis que Nathalie Massoulier s’intéresse à l’opéra italien tel que James Joyce en fait usage dans Finnegans Wake. Quant à Anthony Rudolf, il suit les strates de l’histoire dans cette ville de Sienne elle-même construite à des niveaux différents.

Le paysage de l’Italie est modelé par le temps, des tombes étrusques, après les vestiges villanoviens, aux palais de la Renaissance, sans oublier la Rome antique et celle de la chrétienté, ainsi que les péripéties de l’unité italienne. Elle ne peut donc qu’attirer écrivains et poètes, comme le prouvent les quelques études réunies dans ce numéro. Pierre Brunel parle, dans sa Préface à Rome, Naples et Florence de Stendhal, d’un véritable engouement, aux 18ème et 19ème siècles, pour l’Italie, donnant lieu à un « corpus gigantesque » [1] d’ouvrages. Le vingtième siècle a lui aussi fourni quelques livres trouvant leur inspiration en Italie. Le point commun à toutes les œuvres envisagées ici, c’est cette imbrication de la terre italienne et du récit, tous deux caractérisés par un subtil feuilleté temporel. Il s’ensuit que poèmes, nouvelles ou romans prennent le chemin de la descente en soi ou au souterrain, de l’épreuve initiatique, afin de manifester, dans un instant serti sur l’infini de l’épopée humaine, un profil existentiel singulier.
Le Je stendhalien des Chroniques italiennes se métamorphose au fil des récits et des époques et explore avec quelques troisièmes personnes les passions qu’il partage, amant toujours déçu. Gérard de Nerval éprouve en Campanie, terre de feu, les métamorphoses de la figure féminine désirée, qui s’apparente à la déesse lunaire en son ambivalence existentielle.
Venise offre son dédale à la fois grandiose et délabré à la quête impossible d’un passé romantique pour le narrateur de la nouvelle de Henry James, The Aspern Papers (Les papiers d’Aspern, 1888), mais il s’avère vain de prétendre remonter le temps. La non-coïncidence des époques double la disjonction entre réalité vécue et réalité pensée, ou possible, selon la définition de Kierkegaard. Il en est de même pour Gustav Aschenbach, l’écrivain que Thomas Mann met en scène en 1913 dans le labyrinthe vénitien. Le protagoniste meurt, mais le roman s’achève sur une aube nouvelle. Le devenir impose une perpétuelle altérité.

C’est cette altérité qu’E.M. Forster va quérir avec humour et tendresse en Italie, loin des rigueurs protestantes. La campagne italienne est terre d’incarnation. D.H. Lawrence découvre dans le monde étrusque une utopie enfouie, une joie de vivre que le monde contemporain se refuse. Giorgio Bassani trouve à Cerveteri, dans l’alliance de l’amour et de l’Esprit, l’impulsion nécessaire pour parler du Ferrare disparu durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans chacune de ces œuvres, l’Italie permet un parcours initiatique à travers les strates du temps, les différentes facettes de l’altérité, les complexités de la vie, tous ces aspects s’incarnant subtilement dans le feuilleté du récit. Ce pays permet en somme de filer la narration à ciel ouvert, tant ses paysages incarnent les différentes facettes, les divers instants, du devenir. Italie, terre subjective, existentielle.

Notes

[1Pierre Brunel, Préface à Stendhal, Rome, Naples et Florence (1817-1826). Paris : Gallimard Folio, 2013, p. 7.


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