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Introduction

26 septembre 2010

par Anne Mounic

Flash Video - 6.4 Mo
Balançoires ; G.Braun

Ce thème de la fidélité a suscité bon nombre de contributions, qui permettront à nos lecteurs d’envisager la question sous différents angles, poétique, politique, éthique, et à travers des auteurs aussi différents que Shakespeare, Georges Bernanos, Pierre Emmanuel, René Char, Henry Bauchau, Jean Améry, Albert Camus, Benjamin Fondane ou Claude Vigée, pour ne citer qu’eux. On relèvera le lien étroit entre fidélité et confiance, fidélité et valeur. Peut-on être fidèle en effet au vide et au vain ? La notion de fidélité n’en appelle-t-elle pas, de facto, à celle de choix éthique ? Etre fidèle, n’est-ce pas déjà reconnaître en l’autre notre humanité en partage ?

En d’autres termes, la fidélité ne peut s’exprimer sous forme de slogans simplificateurs et ne peut s’accommoder de comportements instrumentalisant autrui dans le dessein de servir intérêts particuliers et ambition personnelle. Comme le disait récemment Mgr Dominique Lebrun, évêque de Saint-Etienne, on ne peut déchoir quiconque de son humanité (Le Monde, Mercredi 25 août 2010). Ni la fidélité ni la confiance, sûrs fondements d’une société, ne s’accommodent de la cupidité et de la guerre, qui relèvent de la force, ravalant l’individu à l’état d’objet.

Notre dossier s’achève sur une réflexion politique et sur l’évocation des valeurs du Conseil national de la Résistance, sur lesquelles il est choquant, me semble-t-il, et mal avisé, de revenir. Le désordre social – désordre dans la juste répartition des richesses, atomisation des individus dépourvus de protection sociale et de statut reconnu, tyrannie de l’argent au mépris de la valeur personnelle, irresponsabilité politique, mépris de la réflexion et du langage, instrumentalisation des individus, etc. – est toujours lourd de conséquences imprévisibles, mais que tout être aimant la vie ne peut que craindre et désirer absolument éviter. On aimerait que le discours politique, au lieu de se faire produit publicitaire pour la séduction du plus grand nombre, se fasse réflexion sur le bon équilibre d’une société grâce à l’usage raisonné des mots. Si toute valeur se réduit à celle de l’argent, c’est l’existence elle-même qui se vide de toute substance. Je conseille à cet égard la lecture du livre de Georg Simmel, Philosophie de l’argent, ouvrage publié en 1900 et d’une actualité brûlante.

Regard, photographie de Guy Braun.

Le thème de la fidélité n’est pas facile à illustrer, mais il nous est apparu que de prendre le temps d’observer chaque plante, chaque animal, chaque élément, au ralenti [pour voir le petit film, cliquer sur la flèche, à gauche, ou simplement dans l’angle, en bas à gauche], relevait d’une fidélité confiante aux choses de notre monde. Il existe une très large part de réciprocité dans la fidélité, puisqu’en étant fidèle aux autres et aux choses, à la joie également, on est aussi fidèle à soi-même, non dans une égocentrique étroitesse, mais plutôt dans le respect de l’être et de toutes ses singularités. C’est ainsi que nous sommes allés, le samedi 18 septembre, au Jardin du Luxembourg, notre jardin d’enfance, pour revoir le manège, les balançoires, le Guignol, les poneys, les petits voiliers. Un jour, nous avions surpris, entre une dame âgée et son petit-fils, ces paroles : "Ici, vois-tu, c’était le jardin de ton papa." En nous promenant, chacun, à notre âge dans l’instant, sur les allées sablonneuses, le long des magnifiques parterres de fleurs, autour du bassin, nous nous promenons au sein du devenir, en le recréant tout à la fois. C’est sans doute là que se manifeste la fidélité fondamentale, à l’instant et au devenir, autant que faire se peut.

Bonne lecture des essais d’Anne Simonnet, Frédéric Le Dain, Christian Lippinois, accompagnés des images attentives de Guy Braun.

Et surtout ne manquez pas la mosaïque animée de Guy Braun pour couronner le tout joyeusement.


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