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Introduction

26 avril 2010

par Anne Mounic

Insecte, coléoptères, mouches, cancrelats, abeilles…

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Lucane, aquarelle de Dürer

Bien sûr, je le dis à chaque fois pour introduire chaque thème : nous ne nous montrerons pas exhaustifs. Comment le pourrions-nous ? Nous montrons tout d’abord les magnifiques coléoptères de Boris Porena, musicien italien, qui a la passion de ces insectes, qu’il collectionne depuis 1940, plutôt que les papillons. La réflexion sur les coléoptères suscite chez lui d’autres réflexions. Et La Fable des abeilles de Bernard de Mandeville (1670-1733), publiée à Londres en 1714, nous propose une réflexion économique. L’auteur y défend le point de vue paradoxal que les vices privés sont le bien public. Christian Laval nous parle de cet ouvrage inclassable, qui a pour sous-titre : Vices privés, bénéfices publics, et nous démontre qu’il est absolument illusoire de vouloir moraliser le capitalisme.

Frédéric le Dain nous parle des mouches, qui s’associent chez Pascal à l’idée de vanité, et des abeilles qui, chez Sylvie Germain, symbolisent l’espoir messianique. Signalons, dans l’« Ode sur la mélancolie » de Keats, cette abeille qui devient bouche dans le mot composé « bee-mouth », association préparée dans ce vers de la deuxième strophe : « Then glut thy sorrow ona morning rose » « Alors rassasie ton chagrin sur une rose du matin ». Par la suite, chez Emiliy Dickinson, l’abeille prend cette même valeur de jouissance gustative, ou mieux, jouissance des lèvres, pareille à celle du poète quand il se rassasie de mots.

« We – Bee and I – live by the quaffing –
‘Tisn’t all Hock – with us –
Life has its Ale
But it’s many a lay of the Dim Burgundy –
We chant – for cheer – when the Wines – fail –

Do we ‘get drunk’ ?
Ask the jolly Clovers ! »

« Nous – Abeille et moi – vivons à plein gosier –
Non vin du Rhin toujours – chez nous –
La vie a sa bière
Mais c’est souvent une mélodie de sombre Bourgogne –
Que nous chantons – en liesse – quand les vins – manquent –

Nous ‘enivrons-nous’ ?
Demandez aux joyeux trèfles ! »

Les mouches, depuis Plaute, connaissent une belle fortune littéraire, en passant par Shakespeare dans King Lear. La mouche est la victime du destin, qui se cache sous la main de l’homme, chez Blake, ou Katherine Mansfield. Chez Wolfgang Borchert, la petite mouche devient « Ame sereine » ou Ching Lin, en chinois, nous dit le narrateur. Avec la mouche, dans ces œuvres, ce n’est pas la question de la jouissance et de la voix qui se pose, mais celle de la fatalité et de la liberté.
Quant au cancrelat, c’est le personnage principal, Grégoire Samsa, de la célèbre nouvelle de Kafka, La métamorphose. Lue à la lueur du Journal notamment, elle nous éclaire sur la difficulté à vivre de son auteur, qui enviait à Kierkegaard et à Flaubert leur faculté d’assumer leur singularité. La question prend un tour philosophique à une époque où l’Histoire fait disparaître le singulier au sein de l’universel.

Le mot « insecte » lui-même dérive du latin insecta, « insectes », lui-même pluriel neutre de insectus, « coupé » (Dictionnaire étymologique Larousse), participe passé du verbe inseco : « couper, disséquer ». Le mot est calqué sur le grec entomos, « incisé, entaillé », qui donne, au neutre pluriel ta entoma, les insectes, du fait de l’étranglement du corps des insectes.

Bonne lecture.


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