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Hommage à Jean-Marc Simonnet

22 septembre 2013


Notre ami nous a quittés à la fin du printemps dernier, le 20 mai 2013, dans sa soixante-deuxième année. Lorsqu’il luttait contre la maladie, nous avions publié les poèmes, poignants et vigoureux, que ce combat suscitait en lui. Nous voulons aujourd’hui lui rendre hommage.

Jean-Marc demeurait dans notre village avec son épouse Florence et leurs trois enfants, Antoine, Adrien et Zoé. Manipulateur en radiologie à l’origine, il dut interrompre cette activité pour raisons de santé. Il consacra alors le plus clair de son temps aux autres, dans le milieu associatif, s’occupant notamment des sans-abri. Je me souviens que c’est grâce à lui que j’ai pu rencontrer à Lagny la personne qui, alors qu’il habitait encore dans notre village de Chalifert et ne cessait de marcher, m’avait inspiré Voici l’homme aux bottes rouges. J’ai pu ainsi offrir le livre à celui qui l’avait suscité, ancien médecin qui, un jour, avait tout abandonné.

Jean-Marc aimait écrire des poèmes et jouer de la musique. Il s’était enregistré et nous avait offert ses C.D. En accord avec Florence Simonnet, nous choisissons une chanson et quelques poèmes pour honorer ici sa mémoire.

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***

MP3 - 2.3 Mo
Chère Amie

J’ai marché sur la terre


Si quelqu’un me cherche
Je ne suis nulle part

Ni hier
Ni aujourd’hui Ni demain
Ni ici ni maintenant

Là où il n’y a ni haut ni bas
Sans avant ni après
Sans le cycle des saisons
Si terriblement humaines

Pas de ciel
Zéro terre
Plus d’azimut

Un espace sans chant

Impalpable
Imparable
Implacable

Il n’j- fait ni froid ni chaud
Un vrai vide où rien ne vibre

Pas même les parfums
Derrière mes veux fermés

L’enfant qui joue à se faire petit

En cherchant bien
Quand tout se cache tout est à découvrir
Le lieu propice pour fouiller se situe sous les meubles
Inutile de creuser en s’infligeant des blessures
Sur le terrain vaste et vierge les indices affleurent

Des bribes de sons hostiles
Séquelles des cris fossiles qui bercèrent l’enfance
Des pleurs de femme épars piégés dans des bouts d’ambre
Leurs gouttes poires en vacuoles
En leur temps très claquantes
Jeu hasardeux que de sucer ces résines
Penser les mouches ressuscitées retourner sur un sein perle
De toutes leurs ventouses pomper son aréole
Et ces tessons érodés mousses
Témoignages des antiques menaces
Ebauchées esquissées à coups d’épaule vers mes tempes
Tessons d’ongles quittant la vaisselle pour intimer de l’ordre à qui se trouve à portée

Le monde tourne sous une table Henri II
Un volume sur mesure où j’habite cahin-caha
J’y joue clopin-clopant à me rendre invisible
Ne pas troubler d’un mouvement ou d’un bruit les objets immobiles
Un décor de saxes aux jupes de céramique
Les guéridons fleuris de pompons pendus
La dinanderie briquée posée au millimètre
Pas une parcelle de bois ne miroite moins
Que mon absence remarquée ne dérange pas l’odeur de l’encaustique

Tout alla ainsi
En heures scandées
L’inventaire des tombeaux réserve des étonnements
Que l’or y manquât ne signifie pas que le roi fût pauvre
Ou qu’un pékin arsouille eût soufflé le magot
Un cliché à l’ouverture du mien l’atteste

Ici et là
Par tas
Du poussier de salamandre
Cendre élémentaire des journées cuites
Le temps est un gâteau pour douze
Mon avatar lui tourne un dos d’épines pour laver une légitime offense

Dans le parquet ciré se mirent des pans toupillés
L’ossature aérée de mon blockhaus
Son ciel de bois
Ses balustres cannelés de toboggans à doigts
Leurs volutes tournées en rondeurs équivoques
Finement poncées lisses
Vernies au bouche-pores
Oranges de noyer massif
Aussi réconfortantes aux joues qu’elles horripilent

Tête de truc

Tête est un nom féminin à long manche pour nettoyer les plafonds Une vue antéropostérieure a montré les « beaux gens » qui m’ont affublé
Que dirent-ils ?
Ils idéèrent une rumeur à mon sujet
Emirent un bruit constant que l’on n’entend plus hormis quelques acouphènes secs
Que firent-ils de mon cerveau didyme ?
Très tôt ces maquilleurs l’enrobèrent
Entortillant ses cerneaux d’un moule en étoupe
Une fois la gangue brisée il avait pris de mauvais plis
Remodelé
Déformé
Hérissé
Crépu
Dissemblable

J’ai dû baguenauder jusqu’à Pêtaouchnok
Haut comme trois pommes perruquées d’une châtaigne
La tête piquée d’un tas de fétus
Coiffée en chose utile à défaire la percale perchée
A détacher son drapé déplaisant

Seule une contorsion pouvait corriger la déformation collée à mes basques
Effacer l’effet d’ombre trombonée sur mon cuir
Révéler l’angle idoine pour me voir marcher sans mirage
Sans l’artifice des posticheurs
Enrayer cette triche me concernant
Quand j’étais
Comparable à
Pareil à
Identique à
Tel que
Un objet relatif à l’entretien des maisons faisant partie de la panoplie des ustensiles ménagers destiné à débarrasser les endroits les plus inaccessibles des poussières indésirables

Une seconde de perdue

Une seconde de perdue
Dix dixièmes de seconde de retrouvés manquants


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