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Hommage à Evy : Hélène Péras

29 septembre 2007

par Hélène Péras

Pourtant un jour d’hiver, sur la jetée, je lui demandai simplement, en regardant bouillonner la mer houleuse à nos pieds par l’interstice des planches : « Alors, qu’est-ce que tu en penses ? » La réponse fut une longue poignée de main, et une pression de son genou contre le mien, comme deux jeunes chevaux qui se frottent l’un à l’autre, et l’un pose son cou sur la nuque de son ami.
La Lune d’hiver

À travers l’autre chair ils éveillent en eux-mêmes

Le feu de l’origine qui rayonne et les lie…



Pour les enfants royaux la nuit des épousailles
Est jour de fondation du temple indestructible
.
Les Noces d’Amnon et de Tamar
in Le Poème du Retour

À dessein choisis pour exergue ces mots, parmi les premiers lus de l’œuvre de Claude Vigée. Ces mots, je les avais rencontrés d’abord dans le beau livre de Jean-Yves Lartichaux, avant de les voir, lui et elle, arrivant chez moi pour la première fois, un soir d’hiver, il y a presque trente ans.
Nous ne nous connaissions pas. Je les ai reconnus tout de suite et je crois que la réciproque était vraie. Ils étaient là, couple d’époux fraternels, apportant à l’inconnue que j’étais le cadeau d’une fraternité spontanée qui ne serait jamais démentie. Don d’autant plus précieux que, pour moi, en ce lointain hiver, commençait à peine à cicatriser, par la grâce de la poésie retrouvée, la blessure du deuil.
Tout au long de ces années, à chaque rencontre avec eux deux seuls ou en compagnie de leurs enfants, eux aussi devenus si proches, dans l’hospitalité simple et affectueuse, dans les échanges confiants et fructueux, dans ces quelques soirées du Seder auxquelles, chrétienne orthodoxe, j’ai eu l’honneur d’être conviée et de partager la coupe, dans ce jour de l’été 1988, au soleil, sur la plage de Deauville où ils retrouvaient leurs souvenirs, je n’ai jamais cessé de voir en eux ces « enfants royaux », l’amant et l’amante, le frère et la sœur, Ish et Isha, dans leur grâce préservée de jeunes chevaux fougueux et tendres.


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