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Henri Meschonnic

25 avril 2009

par Anne Mounic

Henri Meschonnic, Parole rencontre. Avec six dessins de Catherine Zask. Mont de Laval : Atelier du Grand Tétras, 2008.
De monde en monde. Paris-Orbey : Arfuyen, 2009.

Le premier recueil constitue pour Henri Meschonnic une reprise : en rangeant des papiers, le poète découvre « des choses écrites oubliées, jamais parues » (p. 7) et ce passé lui fait l’effet d’un « présent toujours présent, mais enfoui, et qui voulait sortir ». Les poèmes sont un peu réécrits, pour y supprimer « les petites manies d’immaturité ». Ils se tiennent à la jonction du présent et du passé. Certains d’entre eux, les premiers, furent publiés en octobre dans Temporel : http://temporel.fr/Henri-Meschonnic-poemes. Ils sont concrets, saisissants, et leur étreinte est poignante.

« je suis obscur dans le terreau
de ma peur
l’horizon souffle
dans la corne de l’espoir
la voix fait l’amour » (p. 55)

Cette affirmation fonde la poétique d’Henri Meschonnic :

« je parle
parce que j’existe » (p. 61)

Et j’aime cette profession de foi suivie d’un aphorisme, qui conclut le recueil :

« je vis pour démentir les oracles
on sait de quoi on parle
quand on peut se taire ensemble » (p. 67)

Les dessins de Catherine Zask, en milieu d’ouvrage, sont une variation sur l’esquisse du visage.


Le second recueil tire son titre du poème suivant, qui subira à la fin une métamorphose :

« chaque moment je recommence
le désert
je marche chaque douleur un pas
et j’avance
de monde en monde » (p. 13)

La conversation du Je et du Tu s’y déploie en tous ses bonds et le poète se fraie un accès à la fois au multiple et à la totalité :

« c’est qu’il y a de mon visage
dans tous les visages
et je ne sais plus si c’est
les autres que j’aime
ou si je suis dans tous les autres » (p. 19)

Le poème s’inscrit dans l’infime détail de l’instant, sans ostentation. C’est effectivement de cette façon qu’on parvient à la merveille :

« L’infini c’est facile il suffit
que chaque instant se reconnaisse
une petite vie
et nous allons ainsi
plus nous allons petits
de merveille en merveille » (p. 21)

Le dialogue du Je et du Tu mène à la plénitude :

« et ta bouche qui me dit tout
sans ouvrir les lèvres
car je suis l’eau la terre l’air et le feu
que tu serres
entre tes bras » (p. 38)

et à l’unité :

« nous sommes inséparables
tous ensemble » (p. 44)

qui, en son immanence, fonde l’individualité dans un même élan :

« ce n’est pas moi
ce n’est pas toi
c’est la vie
qui marche
en toi en moi » (p. 53)

C’est l’instant qui définit l’individu :

« je suis l’instant chaque instant
visage après visage
je vis » (p. 88)

Le poème final est l’écho de celui que j’ai cité plus haut :

« et le présent
le présent de tous les présents
un cri
qui immobilise le temps
on l’entend
de monde en monde » (p. 93)

Il faut dire enfin que ce recueil est un long poème d’amour à la compagne de toujours :

« plus je vais de silence en silence
plus je suis plein de toi
et je ne trouve pas assez de silence
pour tout te dire » (p. 85)

Le je, le Tu, les visages, les rires et les choses dansent dans ce recueil sur un rythme « bondissant », comme le dirait G.M. Hopkins, et concourent à la joie en pleine conscience de la douleur.


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