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Gustave Roud : Rythme de la marche et réversibilité du temps

9 mars 2007

par Anne Mounic

Rythme de la marche et réversibilité du temps


L’auteur du Petit traité de la marche en plaine (1932, seconde édition, 1950) cite Rousseau en exergue de son poème en prose qui est une méditation sur le sens existentiel et ontologique de la marche. « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans les voyages que j’ai faits seul et à pied… Je dispose en maître de la nature entière. » On reconnaît là le fameux passage du Livre IV des Confessions où Rousseau quitte Paris en quête de Mme de Warens. Se souvenant du plaisir qu’il a toujours pris à marcher, il regrette « de n’avoir pas fait des journaux de [ses] voyages » (CI, p. 201).
Gustave Roud (1897-1976) reprend cette idée de maîtrise fondée, chez Rousseau comme chez lui, sur l’identification aux objets croisés au cours de l’errance. On se souviendra, en lisant ces lignes du Petit traité, de cette communion, durant la Cinquième promenade des Rêveries, entre le rythme du monde et le rythme intérieur : « Ce n’est pas moi qui habite l’espace, c’est l’espace qui habite en moi, et le temps lui-même, et ils dorment à mes pieds. je suis le maître. Qu’aimes-tu le mieux : le soir, le matin, l’été, l’automne ? Par où veux-tu surprendre la ville, l’est, l’ouest, choisis ! Il y a un sentier qui la domine, viens ! » (EI, p. 142) On notera ici que le lien avec le tout autre, espace et temps, nommés à la troisième personne, engage un dialogue intérieur, Je-Tu, en corrélation de subjectivité, pour reprendre les termes de Benveniste. Le sujet se fonde dès lors dans l’expérience et le langage tout à la fois, en opérant par la parole un renversement : imitant grâce au rythme de ses mots le rythme de la marche, il se plaît à acquérir sur l’inconnu une maîtrise qui constitue le miracle de l’œuvre. D’ailleurs, marche et langage se confondent dans cet appel qui s’adresse à l’oreille : « C’est le merle de février, c’est le coup de vent nocturne dans les nouveaux feuillages, c’est un nom de village soudain refleuri dans le noir,
MISSY !
Les murailles croulent. L’ancien prisonnier aveugle, sans se retourner vers ces ruines derrière son dos, une main dans la basse branche du tilleul, touche déjà la terre entière. » (Id., p. 102)

A l’origine de ce qui sera plus loin nommé naissance, et qui est ici déjà rupture de l’enfermement, de l’emprisonnement, donc délivrance, se trouvent le son, la voix, le rythme. D’ailleurs, Gustave Roud cite Claudel, qui, dans sa Préface de juillet 1912 (Œuvres, p. 514), parle de Rimbaud comme d’un « marcheur » : « Le monde et lui-même se découvrent l’un par l’autre. » (Id., p. 518) Gustave Roud se situe donc dans cette lignée de poètes qui font de l’œuvre et de l’existence une quête épique, mais en toute modestie : « J’ai vu, comme des notes distraites d’un accord, comme des lettres séparées de leur phrase, les choses m’apparaître une à une dans l’effrayante inanité de leur isolement. Un dahlia seul, surgi de la vapeur chatoyante, le paisible dahlia des
jardins d’octobre, sur un tronçon de tige flottant comme un nénuphar perdu dans l’abîme aquatique, la grappe de mûres mûrissantes que le pied écrase et fait saigner dans la boue, la touffe de marguerites qui lève quatre petits visages anxieux et glacés, posent à eux seuls et d’un coup toute l’énigme de l’existence – comme l’auraient fait quatre faces humaines ou un peu de sang humain répandu. Comment reconstruire un univers aussi décomposé ? » (EI, p. 164) Ce marcheur de Suisse romande avait une grande admiration pour Emily Dickinson, qui fut aussi le poète de la vie menue.

Gustave Roud dit, dans ce traité, que la marche, comme la parole, en leur rythme recomposent le monde livré, sans ordre et dans une solitude disjointe, à l’esprit. « On aurait tort d’ailleurs d’imaginer l’échange avec le monde comme une opération jamais suspendue, un geste aussi régulier que celui d’une cueilleuse de fleurs jusqu’à la corbeille remplie. […] Il faut attendre, des années peut-être, et la phrase peu à peu s’illumine. Quelquefois cependant vous touchez une sorte de miracle : le temps devenu réversible ; une minute éblouissante transfigure une longue file de démarches à tâtons dans le noir. Nul ne saurait peindre l’ivresse de cet instant. » (Id., pp. 133-4) Le poète parle de « ce furieux renversement de tout l’être, la réponse donnée dans le temps même où la bête aussi va succomber ». La marche imprime au monde un rythme qui est connaissance (et co-naissance au sens claudélien du terme) : « Votre marche est un tissu imprévisible de sursauts, d’acquiescements, de dérives plus fructueuses que des poursuites. Une succession de contacts dont chacun de l’autre diffère imperceptiblement ou dans sa totalité. Source étrange de connaissances, hasard maître des merveilles ! » (Id., p. 130) Il s’agit bien de : « Naître ! » (Id., p. 135) Cela ne se produit pas tout à fait dans le temps linéaire (« Croire au temps linéaire, c’est croire à la plus rassurante des illusions. » Id., p. 171), mais dans ce temps réversible dont parle le poète dans le passage cité plus haut, temps de l’esprit, du retour sur le passé ménageant dans l’avenir ses épiphanies. « Tu pars, une sorte d’attente te transfigure. » (Id., p. 138)

Transfiguration et réversibilité sont des notions contiguës chez Gustave Roud. Celui-ci emploie le mot « réversibilité » par trois fois dans son Journal, où il prend un sens précis. Il concerne, en 1926, le lien au lecteur. L’illumination peut-elle se partager ? "Mais cet art d’effusion est-il réversible ? Qu’il faut être au plus aigu de soi-même pour goûter les proses d’illuminations ! On ne peut requérir du lecteur la permanence d’un état, par nature, si fugitif. Alors des contacts si rares avec le lecteur, justifient-ils l’œuvre entrevue ?" (Journal, 13 avril 1926, p. 147) Le terme est employé en son sens théologique en 1929, le jour du Vendredi-Saint, la communion au monde se substituant au lien personnel, l’être se faisant vecteur des métamorphoses :
Traversé par un groupe de sentiments, puis d’autres, je suis comme un paysage sous le ciel changeant, si différent à chaque instant de moi-même que je ne me reconnais plus. Vision du Calvaire, puis de mon pays. Traversé d’amour mystique, puis des larmes à la pensée de cette solitude qui ne trouvera jamais son repos, sa nourriture. Sentiment de l’authenticité terrible des Evangiles, comme on reconnaît une note juste, ou qu’une voix est sincère : tout contrôle serait superflu.
REVERSIBILITE. "Hodie eris mecum in Paradiso", justification éblouissante de ce dogme. De quel sursaut spirituel il peut être l’origine. (Id., p. 177)

Aspects littéraire et spirituel se mêlent dans la notation de 1935 : "Dimanche après-midi j’ai terminé mon poëme, composé tout entier – ou presque – dans le petit sentier au long du ruisseau des Combes. J’y descendais avec un plaisir profond – ou plutôt, ce sentiment d’une paix que l’on retrouve, d’un lieu où l’on peut vraiment vivre. Mais quelle tristesse, une fois le poëme transcrit ! Je ne savais plus y découvrir aucune réversibilité." Id., p. 278)
La définition théologique du terme est la suivante : "1797. Principe selon lequel les souffrances et les mérites de l’innocent profitent au coupable, et ceux des Saints à toutes les âmes en état de grâce (Communion des Saints)." (Dictionnaire Robert) La réversibilité implique incarnation et intercession. Je cite l’article "Théologie" de l’Encyclopédie Universalis, signé par Henri Dumeny, Claude Geffre et Jacques Poulain : "… le discours d’un Dieu incarné ouvre l’espace logique de la réversibilité des opérations existentielles : il indique la possibilité pour le croyant de participer à l’existence en Dieu et les modalités cognitives et opératoires de l’accession à cette participation." [1] Quant à la Communion des Saints, c’est un article de foi datant du cinquième siècle, "fondé sur la notion néo-testamentaire de koinonia, communauté ou communion, qui exprime la communauté de foi qui unit, dans la célébration eucharistique, le chrétien avec le Christ et les chrétiens entre eux. […] la communion des Saints comprend aussi l’union avec ceux qui nous ont précédés dans la mort et avec les anges." (Encyclopedia Universalis, C.D. Théologie, p. 17.) La communion symbolise cette participation, divinisation de la chair et illumination de la matière, appartenance à une communauté spirituelle. Gustave Roud ne semble pas avoir oublié cet aspect, qu’il transfère à la poésie, le poète se faisant lui-même intercesseur : "Hodie eris mecum in Paradiso" (Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis").
Cette attente est désir d’une présence, qui s’atteint grâce à la faculté de l’émerveillement. Toutefois, celle-ci peut aussi nuire à cette communion que permet la réversibilité des choses humaines : « Imagine encore, ombre, cette communion singulière qui s’établira entre le monde et lui, et, simultanément, cet isolement sans analogue. Songe que son émerveillement qui transforme toute chose créée en miracle, et plus encore, en l’amorce d’un autre miracle, enlève du même coup à cette chose la fin que les autres hommes lui reconnaissent et qui leur permet de la nommer. Pour lui un arbre cesse d’être un arbre, un visage devient un temple et un abîme. » (EI, p. 153) Le poète, se référant aux Géorgiques de Virgile parle alors de « beauté seconde » (Id., p. 166) ; celle-ci se manifeste quand on ne considère plus un objet selon son utilité ou sa fin, mais selon un rapport : « Elle [cette chose] ne cesse pas de se relier à quelqu’un et à quelque chose, d’être indéfiniment vivante. Je sais qu’en laissant sur elle errer quelques instants mon regard, une main de laboureur naîtrait de l’air, se poserait sur l’une des cornes, une forte main dorée, tachée de terre, avec l’anneau d’or usé comme un tesson de verre sur le sable de la grève, et qu’un sabot de cheval s’enfoncerait soudain dans le sillon commencé. » (Id., pp. 167-68) De la chose contemplée émane la présence : « Ici comme ailleurs il y a le spectateur et puis l’acteur ; celui qui écrit les Géorgiques et celui qui se contente de les vivre. » (Id., p. 169) Le bonheur, écrit Gustave Roud, se sépare « de la conscience qu’on en pourrait acquérir » (Id., p. 168).

Le rythme, toutefois, rétablit l’équilibre entre l’individu et le groupe. Le poète prend pour exemple le rythme de la marche militaire, « soustraite au « rubato » individuel » (Id., p. 106) et qui « fait subir à l’individu une sorte d’organisation mathématique » : « Qu’en résulte-t-il ? Un appauvrissement, un enrichissement ? Nous dirions l’établissement, l’incorporation à la chair d’un étalon mental, d’un principe de comparaison qui lui permet de sentir tout de suite la ressemblance ou la dissemblance des rythmes extérieurs parmi lesquels les siens se développent. » Nous retrouvons là le paradoxe de la singularité et de la ressemblance que décrivait Rousseau dans le monde végétal de l’île Saint-Pierre, et qui indique bien ici que l’être est un rapport, comme le pose Kierkegaard au premier chapitre du Traité du désespoir : « … c’est un rapport qui se rapporte à lui-même et, ce faisant, à un autre. » (K, p. 352) Le rythme approche en sa pulsation la réalité existentielle. A la cadence militaire, le poète oppose l’oscillation d’une branche dans le vent et s’écrie : « Adorable liberté rythmique ! » (EI, p. 107)

Si le rythme est l’écho de ce « rapport qui se rapporte à lui-même et, ce faisant, à un autre », il est, dans le temps, reprise par l’esprit des données du réel : « Rien ne vaut la seconde où l’on devine que cette fête se prépare ou s’est accomplie. » (Id., p. 122) et, dans l’espace, ébauche de lieux de cristallisation de la mémoire, lieux sacrés quasiment : « Le problème des retours ne se poserait même pas, tant cet état de surprise est naturellement celui du voyageur en plaine, si la mémoire ne cristallisait en quelque sorte, aux lieux où nos sursauts spirituels furent les plus féconds, le fantôme de ces sursauts. » (Id., p. 132) Cet art de la mémoire conduit, dans l’esprit, à une perception « dans ce paradis de l’allusion, décantation du monde » (Id., p. 126) pour une vision de la parfaite réversibilité : « Le même éclair annonce une faux et la flaque frappée par le vent. La longue tache fauve qui s’éveille tout à coup veut dire peut-être un rosier touché par le soleil, mais aussi la chair nue du faucheur penché sur la fontaine. C’est la même chose. Il n’y a pas confusion, mais identité poétique : à votre muraille se joue la preuve de toute poésie. Je vous donne le secret. »

C’est ce mouvement de l’esprit dans son rapport à lui-même et à l’autre, rapport que le langage manifeste dans la distribution pronominale, Je-Tu pour la subjectivité, Il-Elle pour ce qui échappe, que ménage ici le rythme de la marche dans ce dialogue entre l’Homme et le Reflet : « Moi je te ressemble moins et mieux tout ensemble, et chacun de tes regards accroît mon existence. Le dernier m’a doué de la parole : maintenant je puis le dire, il y a entre nous une merveilleuse ressemblance, et une différence plus subtile encore. Nous sommes deux. Vous êtes deux. » Un autre dialogue, celui du Corps et de l’Ombre, est domine par l’idée de choix nécessaire entre « accepter cette terre comme un séjour très aimé » (Id., p. 151) ou bien « y chercher les matériaux d’une autre demeure, et la quitter – en esprit tout au moins » (Id., p. 152).
Cependant, la présence, comme cette « beauté seconde » qui se manifestait par l’imagination de la main ayant utilisé l’outil, ne devient réelle que par le toucher : « J’ai touché une présence humaine, je puis retourner au royaume des signes et des ombres. » (Id., p. 191) Dans le lien à l’autre, l’existence s’incarne comme réalité tangible : « J’ai quitté le monde des signes ; j’entre dans l’univers des choses. Je touche enfin : je cueille une pomme ; j’éprouve de la pointe des doigts les dures petites prunelles dans les haies et les roses de chien que les gels vont blettir. Tout est vivant. La terre est un vrai corps livré aux profondes charrues, travaillé par les socs et les crocs ; livré aux bêtes. Oui, ma main va se refermer sur quelque chose, comme celle des hommes qui m’entourent. » (Id., p. 185)
Le poète connaît, en cette rencontre avec l’homme qui vit dans la réalité terrestre, le paysan (il vit parmi des « machines » qui « ont gardé toute l’humanité de l’outil », id. p. 188), le « bonheur d’une certitude humaine » (Id., p. 189) qui l’éloigne de la tentation mallarméenne du symbole exilé du réel : « Certaines formes de vie, ah de plus en plus je m’en persuade ! fondées sur un accord entre l’homme et le monde, sur une acceptation sans cesse renouvelée, engendrent autour d’elles une sourde sérénité. Ce mot de symbole tout à l’heure était ridicule, qui plus est : dangereux, car toute imagerie est haïssable, et je veux garder à ce grand garçon bleu qui surveille mon verre avec le coup d’œil amical qu’il donne à ses blutoirs tout l’irremplaçable de l’individu. » Mais cet individu lui-même s’inscrit dans le temps : « Une chaîne indéfinie d’hommes reçoit l’un des droits les plus nobles, celui de participer. » (Id., p. 190) L’individu est à la fois lui-même et tous les autres. Nous revenons à Kierkegaard, cette fois-ci dans Le concept de l’angoisse : « Dès que la génération intervient, aucun homme n’est superfluité, car chaque individu est lui-même et le genre humain. » (K, p. 207)
Ce nouveau rapport au temps contredit le désespoir initial : « Le pas s’ajoute au pas qu’il annule sans trêve, la pensée se déduit de la pensée qu’elle tue aussitôt. » (EI, p. 149), et ouvre l’avenir : « Le secret sentiment d’un accueil commence à sourdre en moi. Le paysage où j’avance semble naître de mes désirs, mais ces désirs même naissent en même temps que lui. » (Id., p. 195) Chaque silhouette au monde se fait épiphanie, c’est-à-dire présence transfigurée : « Mais maintenant je pense un arbre dans le temps même où je le vois surgir au-dessus des prairies ; il comble en moi comme une attente immense, – mais cette attente, c’est lui qui me la révèle à l’instant qu’elle meurt d’être comblée. Comment te peindre cette marche magique vers une vaste certitude de bonheur ? » (Id., pp. 195-96)

Le poète atteint cet état de réversibilité (Hodie eris mecum in Paradiso) qui est à la fois la justification de son œuvre et sa présence au monde : « Tu existes. Tu es. Tu es ce que j’aurais pu être, et tu ne le sais pas. Je te donne ma joie, ma tristesse, ma force inemployée, mes rêves, ô innocent. Tourne la tête ! La lune se lève, tu fais sur le mur l’ombre d’un homme. Je n’en ai plus. » (Id., p. 201) Au terme du Petit traité de la marche en plaine, grâce au rythme de la marche et de la parole, la dualité du corps et de l’ombre, de l’homme et du reflet, s’est convertie en rapport, le rythme étant celui du cœur, le « rubato » individuel : « Une veine bat le temps tout près de l’oreille. Adieu, dit Aimé, il faut aller dormir. Viens à l’herbe avec moi demain matin, si tu sais tenir une fourche. Son ombre se lève avec lui. Je suis seul. Je ne suis pas seul. » (Id., p. 198)
S’adressant aux étoiles, Gustave Roud achève sa méditation par l’expression de ce que Kierkegaard nommerait « reprise » : « Tout est réconcilié dans la même absence. Que d’autres vivent ou cherchent à vivre. Il fallait se perdre pour vous retrouver. » (Id., p. 207)

La corrélation de subjectivité, entre différence et ressemblance, paraît, au seuil des seuils, aux rives d’outre-tombe, un défi à la mort : « C’était toi, c’est toi. Je t’attendais depuis toujours, je te reconnais enfin. Il fallait bien que ton existence me devînt certitude ; enfin je puis jeter ton beau nom comme une galette empoisonnée dans la gueule de l’affreux désespoir. Je touche une existence réelle. Il y a près de moi un homme qui vit et se sait vivre – et qui n’en meurt pas. Un homme dont le corps tout entier, et l’âme, et tous leurs gestes sont de perpétuelles réponses. » (Id., p. 200)
Je marche, donc j’existe, semble dire Gustave Roud au terme de cette dialectique qui noue enfin la parole et la vie. La figure de l’autre, ici nommé Aimé, est l’incarnation du poème comme marche, rythme, attente. Dans Essai pour un paradis (1932), le poète écrit : « Que deviendra la poésie ? Une seule chose est nécessaire. Parfois il me semble que tout en moi se désagrège et se disperse pour que la place tout entière soit rendue

à toi. »
(Id., p. 231)

Rousseau, Les Confessions. Première (1782) et seconde (1789) parties. Présentation par Alain Grosrichard. Paris : Garnier-Flammarion, 2002.
Paul Claudel, Œuvres en prose. Préface par Gaëtan Picon. Textes établis et annotés par Jacques Petit et Charles Galpérine. Paris : Gallimard Pléiade, 1965.
Gustave Roud, Journal. Préface de Philippe Jaccottet. Vevey : Editions Bertil Galland, 1982.
Gustave Roud, Petit traité de la marche en plaine. Ecrits I. Avertissement de Philippe Jaccottet. Lausanne : Bibliothèque des Arts, 1978. EI
Sören Kierkegaard, Miettes philosophiques, Le Concept de l’angoisse, traité du désespoir. Traduit du danois par Knus Ferlov et Jean-Jacques Gâteau. Paris : Gallimard, 1990. K
Anne Mounic, « Gustave Roud : "La secrète parenté du paysage et du poëme" », in Poésie : mobilité de l’esprit. Paris : L’Harmattan, 2003, pp. 109-132.

Photographies de la maison de Gustave Roud à Carrouge avec l’aimable autorisation de Françoise Subilia. Eté 2005. Guy Braun.

http://www.gustave-roud.ch/


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