Temporel.fr

Accueil > à l’écoute > Revues > Gravesiana

Gravesiana

29 septembre 2007

par Anne Mounic

Gravesiana, The Journal of the Robert Graves Society. Volume III, Number 1, 2007.

Comme l’exprime Patrick Villa (Bristol) dans son éditorial, « c’est un plaisir de présenter le nouveau numéro de Gravesiana » après un si long silence éditorial, le dernier numéro remontant à 2001. Celui-ci, qui bénéficie de l’introduction, extrêmement sensible et personnelle (au sens d’un attachement aux personnes et d’un respect pour elles) de Frank Kersnowski (San Antonio, Texas), se souvenant de Deià, est très riche. Il s’ouvre sur une évocation de Beryl Graves par Paul O’Prey (Roehampton University), évocation accompagnée d’une photo de Beryl et Robert Graves en 1954, avec leurs chats, ces derniers ayant l’air très vif et véhément. L’auteur de ce qui fut la rubrique nécrologique, parue dans le Guardian, de celle qui mourut le 27 octobre 2003, souligne les qualités intellectuelles de cette dernière, son ouverture d’esprit, sa force de caractère et son sens de l’humour. C’est bien ainsi, en effet, que nous nous souvenons de celle qui nous avait si chaleureusement accueillis à Canelluñ.
Suit un poème de Brian Patten pour Beryl, puis l’évocation par William Graves de Paul Hogarth, illustrateur et écrivain, ami de Robert Graves. Robert J. Bertholf (State University of New York at Buffalo) évoque le poète Robert Creeley qui, dans les pages suivantes, se souvient de son voyage à Majorque dans les années cinquante. Julia Simonne, la dernière « muse », se souvient de ce « lien indissoluble fondé sur la réflexion poétique » (p. 24) et définit sa relation avec le poète comme « ayant trait non seulement à son inspiration poétique, mais aussi au partage d’un mode de pensée ».
Parmi les études critiques, on trouve d’abord une évaluation, par Grevel Lindop (Manchester) de la relation entre Charles Williams, poète lui-même versé dans les mythes gallois, et Robert Graves. Celui qui fut chargé de l’édition de 1997 (Carcanet) de The White Goddess met en valeur le commentaire que fit Charles Williams sur le poème de 1927 de Graves, « The Avengers », comme prélude à l’ouvrage élaboré pendant la seconde guerre mondiale et publié en 1948. Michel Pharand envisage ensuite la « genèse, la logique et la réception des Mythes grecs », montrant que ce livre se situe dans le prolongement de La déesse blanche. Roger Bourke (University of Western Australia), à partir de la ballade élisabéthaine « Chanson de Tom o’Bedlam » que Graves considérait comme parfaite illustration de ses assertions, place en vis-à-vis le mythe gravesien et le culte d’Elizabeth I institué par Walter Ralegh et repris par Spenser dans La reine des fées (1590-96), insistant sur le rôle central du mythe lunaire dans le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Carla Billiteri (University of Maine) s’intéresse en détail à la collaboration entre Robert Graves et Laura Riding, notamment dans A Survey of Modernist Poetry.
Dunstant Ward (University of London in Paris) envisage le rôle de Laura Riding dans la poésie de Robert Graves à partir de la critique génétique dont il est spécialiste, l’écriture de la « muse » apparaissant dans les manuscrits des poèmes de Graves, notamment « To Evoke Posterity », ici étudié. Derek Roper (Sheffield) montre que le célèbre roman d’Orwell, Animal Farm (1945), avait un précédent chez Graves dans un poème publié vingt années plus tôt, « The Figure-Head », les deux auteurs n’étant pas complètement dissemblables : « Orwell se consacrait à la politique, Graves à la poésie ; les deux pourtant avaient beaucoup en commun. Tous deux étaient des individualistes résolus, en rupture (en des sphères différentes) avec l’ordre ancien auquel ils se sentaient encore liés affectivement. Tous deux croyaient passionnément en une prose claire et directe. » (p. 120) Geoffrey Alvarez établit les correspondances entre The White Goddess et la pensée musicale.
Suivent des notes de lecture sur divers ouvrages ayant trait à Graves ou aux poètes de guerre : Once : As It Was de Griselda Jackson Ohannessian ; Siegfried Sassoon : A Study of the War Poetry, de Patrick Campbell ; Wilfred Owen : A New Biography, de Dominic Hibberd ; Len Lye : A Biography, de Roger Horrocks ; Alms for oblivion : A Poem in Seven Parts, de Bryce Milligan. John Woodrow Presley (Illinois State University) fait un compte rendu détaillé de l’ouvrage de Frank Kersnowski : The Early Poetry of Robert Graves : The Goddess Beckons (Austin : University of Texas Press, 2002). L’auteur de cet ouvrage montre que le mythe et la muse se trouvaient déjà dans les premiers poèmes et essais critiques. Frank Kersnowki écrit aussi que « ce n’est qu’au moment où nous acceptons ses écrits comme l’expression directe, non rhétorique, de sa réalité spirituelle, que nous pouvons appréhender la crainte et la terreur qui habitent l’œuvre de Graves ». (p. 133)

Ce numéro, dû à la collaboration éditoriale de Lucia Graves, Patrick Villa et Dunstan Ward, ouvrira, peut-on espérer, un renouveau des études gravesiennes. Il est en tout cas à l’image de la Robert Graves Society, si intelligemment dynamisée par Dunstan Ward, son président – le rassemblement de personnes d’horizons divers, désireuses de mettre en valeur une œuvre variée mais cohérente qui n’a pas encore tout à fait la place qu’elle mérite, et de défendre, à partir de là, une certaine idée de la vie et de la poésie.

(Patrick Villa – Secretary/Treasurer – Robert Graves Society – 50 Ham Green – Pill – Bristol – BS20 0HB UK)