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Gösta Ǻgren, Une vallée dans la violence.

1er février 2006

par Anne Mounic

Gösta Ǻgren, Une vallée dans la violence. Traduit du suédois (Finlande) par Christina Thorn. Édition bilingue. Gardonne : Fédérop, 2004.

J’ai entendu pour la première fois la poésie de Gösta Ǻgren, poète finlandais de langue suédoise, par la voix de sa traductrice, Christina Thorn, lors d’une lecture de poésie à laquelle nous participions, Vivienne Vermes et moi, l’an dernier, à la Maison de l’Europe, dans le cadre du Printemps des Poètes. Tout de suite, je me suis sentie en accord avec ce poète qui s’interroge sur l’existence, l’être et son inquiétude, qui se montre sensible au « drame d’une vie » (p. 93), conscient de sa cruauté et de son extrême incertitude :
« Notre vie
est raide comme un cri
ici, où une fois le papillon était vrai. » (p. 55)

L’attitude de Gösta Ǻgren à l’égard de l’existence est religieuse, au sens libérateur du terme, qui désigne ce qui, loin des contraintes accessoires, nous conduit à l’essentiel :
« Se servir de la vie
C’est la renier. » (p. 111)

Certaines remarques fondent une philosophie existentielle, telle celle-ci, sur « Le grand-père » :
« De sa force il reste encore
son calme. » (p. 101)

Ou bien encore, « Exister » :
« Il ne sert à rien de tourner
comme un moteur
féroce. Je l’ai enfin
compris. Ce qui est important
ne tourne pas, mais attend
comme l’ombre attend
son corps. » (p. 93)

En parlant de la violence qui apparaît dans le titre, et dans le poème « L’instant » (p. 135), le poète établit ce paradoxe :
« Si la force consiste à ne jamais
céder, mais toujours
se battre, ceci veut dire que la force
est un tel fardeau, qu’il faut
une grande force. » (p. 83)

Gösta Ǻgren, d’ailleurs, paraît amoureux du paradoxe :
« Voyager
c’est réduire le Pérou
en réalité. » (p. 79)

L’auteur de ce recueil y affirme aussi une poétique. Son émotion va à la rencontre de l’autre jusqu’à s’y fondre :
« Après l’écriture de ces poèmes
je sais que l’homme anonyme
seulement est visible. Épuisé par l’effort
j’ai rédigé un livre sur lui. » (p. 137)
Là encore, nous rencontrons le paradoxe :
« Oui,
la forme est un moyen
de lutter contre le sens.
La ligne de feu de notre civilisation
passe par des livres pas très épais.
L’œuvre générale
de mort et de famine
dans laquelle nous vivons
ne peut être transformée que par la rigueur
de la forme. » (p. 125)

Cette « vallée dans la violence » semble, dans « l’instant », constituer le paysage de notre existence quotidienne, l’instant lui-même, « le dernier moment / entouré de lumière / où nous ne sommes pas / morts ». Christina Thorn conclut l’ouvrage par une postface qui nous éclaire sur le contexte poétique : « ... ce sont les poètes finlandais de langue suédoise qui ont introduit le modernisme dans la poésie suédoise. » (p. 147)
Ne lisant pas le suédois, je n’ai pas accès au dire original de ce « maître » de langue, et « maître très personnel » (p. 150), mais Christina Thorn nous y donne, en français, merveilleusement accès. La traductrice, peintre et romancière, vit dans le Jura.
A.M.


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