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Gérard Cathelineau : poèmes

1er mai 2008

par Gérard Cathelineau

Une fleur de laurier rose,
Une feuille de bananier,
Dans le vent du soir.
Six moineaux sur la pelouse
Et là-bas,
Le cheval, sous les poiriers.

Un prélude à Leipzig,
La mer, entendue, devinée,
Le vent d’est sur les moissons,
Le chant du merle sur les frênes,
A la nuit, le cri de la chouette.

Un effluve de seringa,
Un parfum de magnolia,
L’odeur des vielles roses,
Et le sang de l’herbe fauchée,
Aux portes de l’été.

****

Chanson pour les bois morts

Les rivières dominicales flottent les bois morts
De l’hiver finissant.
Les rivières d’incertaines venues, mères obscures,
Des océans de cuivre,
Vont nonchalantes et sûres, couleuvres de boue,
Coucher l’odeur des sources vives
Et leur teint de prés d’hiver,
Aux rivages granit et silex.
Les rivières feignent, menteuses, le sommeil
Et l’oubli douceâtre
Des après-midi lourds d’espoirs trop mûrs .
Les rivières, flottent le corps mort
Des noyés d’aventure.
Ventre de barque chavirée d’angoisse,
Ouverte à l’eau verte et mouvante,
La charrette funèbre verse aux mers
Des pirates, la course molle de l’homme abandonné .
L’œil, jaune immobile, de nénuphars secrets ,
Guette aux rives des sous-bois violets la caresse
Dernière de main d’homme
Et son geste d’ultime tendresse.
L’anneau d’amarres anciennes
Et de péniches maladroites,
Fixe l’arc et le trait du gibier
D’eau souterraine. Le croc d’abordage
Tranche l’habit d’algues douces,
Lascives au mort déporté.
Poisson, retourné d’antan,
L’homme étouffé d’amour
Et d’écluses fermées, entre glorieux
Dans les portes opimes du temps décharné.
C’est un dimanche d’hiver,
L’eau d’ailleurs, flotte ici les bois morts
De l’hiver en allé….

Canal Saint –Martin

Roucoulements doux amers
Aux pieds des charmes
Et des chênes, dans la fraîcheur
Des matins de printemps,
Les pigeons du jardin chantent à voix grave
L’humeur acide et glacée
De la primevère et des fruitiers
En fleurs .

L’homme en ses villes désertes
Pousse le chariot quotidien
De ses charges désolées.
L’enfant danse au trottoir
La venue de quelque espoir.
Le chien folâtre hésite
Ses allées et venues,
Pour d’autres chasses
Succulentes.

Les canaux bruns d’eaux roulées
Portent l’écume du voyage
Aux écluses des vies sédentaires.
L’odeur ancienne des peupliers
Lointains court légère aux
Aux vagues superficielles des plans
Fluviaux immobiles. Les barques
Et péniches lourdes et graves
Approchent l’heure du bonheur
Domestique.
Hommage à quelques fleurs entrevues

Les nomades sont gens de peu,
Sans feux, ni lieux.
Les nomades vont au long des chemins
Comme les bêtes à leurs chasses
Quotidiennes.
Aventuriers, pirates, hommes de main,
Hommes de peines, hommes de rien,
Chemineaux d’hier,
Ils marchent l’hiver
Comme l’été
Toute l’année.
Les nomades aiment les fleurs,
Boutons d’or, colchiques
Chardons, bleuets sous l’aubépine
Au printemps dans les Pâques
Mauves des terres endormies.
Ils passent au long des fenêtres
Saluant la rose et l’ancolie
L’œillet, le camélia et le pauvre souci,
Qu’ils voient dressés
Au creux des vases choisis.
Ils passent fiers, d’un silence de fer,
Et détournent les yeux
Des fleurs interdites,
Passent leur chemin
Dans l’ombre dorée
Des bois très anciens.

Un soir, à la nuit, les nomades
Posent doucement leur tête pleine
Et de fleurs et de rêves,
Sur la pierre grise,
A la croisée des lendemains.
Puis, fermant les yeux,
Ils emportent avec eux
L’errance douce et triste
De toutes les voies lactées.

C’est ainsi que meurent les nomades,
A ce que l’on dit…..

Dessins à l’encre de Chine de Gérard Cathelineau.


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